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Garry Blaise

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Manelle Mançel

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L’impact des gouttes sur le métal des fûts d’acide et de détergents m’inquiétait quant à la solidité de mes chaussures noires qui baignaient dans les flaques. Ma mission s’arrêtait là. Dans cet entrepôt désaffecté. Une ancienne savonnerie dont personne ne se souciait et qui servait de lieu de rancart à notre groupe. J’avais rendez-vous à dix-sept heures trente avec mon contact Garry pour lui remettre les clés USB qui scellaient la mission en retour d’une enveloppe garnie d’oseille et d’un billet d’avion. Comme à mon habitude, j’avais garé ma Chrysler en contrebas, en bordure d’un terrain vague où quelques caïds du coin viennent régulièrement trafiquer. Ainsi mon véhicule passait inaperçu parmi les leurs, du moins c’est ce que je croyais...

Garry était toujours ponctuel. D’un naturel nerveux et pointilleux, il usait toujours les transports en commun fiables aux horaires et destinations .Un simple retard lui collait des crises d’angoisse terribles l’obligeant à prendre des anxiolytiques et moi, j’en avais toujours un peu, cinq... de retard.
Je flippais grave. Les bidons ordinairement bien empilés s’étaient malheureusement cassé la figure comme si la tempête de la veille était passée par là et rester faire le poireau était trop risqué car le hangar transpirait d’eau de pluie et un épais brouillard de vapeur d’acide se formait. L’endroit craignait. Mon chapeau en feutre morflait. L’air fort nauséeux difficilement respirable m’encrassait les poumons m’imposant un mouchoir de fortune sur le nez et la pénombre de la nuit tombée dessinait des ombres inquiétantes sur les murs obliques m‘obligeant à rester sur mes gardes. L’adrénaline me pulsait le cœur et Garry n’arrivait toujours pas. Je cogitais donc et cherchais des motifs à son absence inexpliquée. Mon esprit de déduction se remuait et je pensais à notre dernière conversation téléphonique, je revisitais le cheminement de nos emplois du temps, un élément important que je n’aurai pas cerné m’aurait peut-être échappé ? Mais je restais dans le flou total, carrément à coté de la plaque ! Ce qui était évident, c’est que cela sentait le roussi et qu’il fallait vite réagir. Je décidais donc de me rendre à ma voiture pour tenter de contacter Garry, je voulais téléphoner à Jack aussi, un de nos informateurs et surtout me tirer de ce trou à rats.
Mais en arrivant sur le parking, une bande de loustics fringués comme des princes dans leurs blousons en croute de vachette, lunettes noires et santiags en croco, frimait l’air hagard. Les types sur le qui-vive essayaient de m’impressionner en crachant au sol leurs salives répugnantes et semblaient bien excités par la musique électro des autoradios qui braillaient de leurs carrosses mélaminés tout vitres ouvertes et dont certains en faisaient vrombir les moteurs tandis que d’autres, encore plus menaçants en pointant du doigt crissaient les pneus avec mes jantes alliage neuves et vociféraient des insultes à mon égard. Une belle nana aux cheveux blonds style Marylin avec un tatouage des guns N. Roses dessiné sur son cou blanc s’est ramenée vers moi d’une démarche chaloupée, la bouche en cœur, une bière à la main. La fille assez bien foutue dans une minijupe fendue exhibait ses jambes fuselées dans des collants résilles et portait un caraco rouge et pulpeux, dans un genre gothique m’a demandé gentiment si je voulais boire une goulée de sa bière. J’ai d‘abord ricané puis la conversation s’est très vite enchainée. Ma caisse était super, ils m’avaient emprunté mes jantes. J’ai voulu allumer un havane mais comme je n’étais pas content, d’un ton bien vénère j’ai sorti mon flingue. J’ai senti le coup partir quand soudain j’ai surpris son branquignol de mec démonter une de mes roues pendant que la fille euphorique se vautrait sur le capot de ma Chrysler presque en kit,qu‘elle baratinait et que les questions fusaient : qu’est- ce que tu fiches par ici, t’es tout seul ? Qu’est-ce que t’es mignon ! çà te dit une course de bagnoles avec nous ? Et bla-bla-bla...

-Bref, restez dans le vif du sujet, qu’avez-vous fait à ce moment-là, agent Loose ?
- Euh... Ben, j’étais sous pression mais je me suis quand même retenu. J’ai rangé mon colt. J’étais seul et je m’inquiétais surtout pour mon collaborateur Garry. J’ai dit à la fille que j’attendais un ami et je suis retourné inspecter l’entrepôt ce qui je le rappelle n’était pas mon rôle dans cette mission.
- Bien et alors ?
- Rien d’anormal à première vue n’excepte les bidons renversés. J’ai grimpé à l’échelle pour atteindre la salle de torture. La cantine dans laquelle se trouvent les extracteurs de dents, sangles de cuir et tout le bataclan était parfaitement bouclée. Aucun danger donc puisque je suis le seul à en avoir les clés. Pas de sang frais non plus autour de la chaise, aucun bâillon. C’est en m’approchant de la baignoire que j’ai constaté les dégâts : des copeaux de chairs et d’oripeaux restaient encore, collés aux parois du bac. D’habitude le nettoyeur exécute parfaitement son job, il ne laisse aucune trace ! C‘est au pied de la baignoire que j’ai tout découvert.
- Ah ! enfin, nous-y voilà ! Qu’avez-vous trouvé, agent Loose ?
- La plaquette d’anxiolytique de Garry.
- Et rien d’autre ? L’argent, le billet d’avion ?
- Non rien d’autre ! Sinon je ne serais pas là, à vous faire ce rapport minable Numéro un !
- Bien ! et les clés USB, vous les avez ?
- Les voici.
- C’est bizarre mais le dernier rapport envoyé par nos enquêteurs stipule que Garry n’avait pas rendez-vous avec vous ce soir-là puisque l’agent Blaise se trouvait à plusieurs miles d’ici. Ce qui est encore plus étrange c’est qu’il est décédé assassiné à San-Francisco à l’heure à laquelle vous étiez supposé avoir ce rancart avec lui. Lisez ce message reçu de nos informateurs :

« Nous avons découvert l’agent Blaise égorgé dans les sanitaires d’une chambre d’un grand hôtel de San-Francisco. La baignoire dégoulinait du sang et l’impact des gouttes sur le métal clinquant neuf de la robinetterie chromatique de la salle d’eau endommagée ont alerté le personnel hôtelier. Garry est mort. »
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Et le piège si bien monté se referma d'un coup sec !
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Manelle Mançel · il y a
Merci, Patricia ! Oui, la fin clos le sujet .
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Zérial · il y a
re-vote!
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Manelle Mançel · il y a
Merci, Zérial ! d'avoir apprécié de nouveau ce texte retravaillé, il est plus long et c'est la correction finale ( que j'avais promis) du "jet" participant au prix "court et noir".
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