Gare au gorille !

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Au-delà des mots passent des ressentis et émotions de toutes sortes. J'aime beaucoup lire mais aussi composer quelques oeuvres poétiques, formuler mes états d'âme du moment. Le verbe est un  [+]

" Au secours ! au secours !
Madame Laurent a perçu un hurlement. C'est le petit Ben qui, tremblant de tous ses membres, paraît terrorisé.
- Mais que t'arrive t-il mon garçon ?

Habituellement, Ben est un enfant calme, intelligent et bien dans sa peau. Faut-il qu'il ait vu quelque chose d'effrayant pour qu'il réagisse de la sorte !
Le jeune garçon a du mal à reprendre ses esprits et c'est chancelant qu'il se laisse emmener. Madame Laurent lui servira une tasse de lait bien chaud, ensuite, seulement après s'être remis de ses émotions, Ben se confiera.

- Alors mon petit, te sens-tu mieux ?
- Si vous m'écoutez madame, vous n'allez pas me croire, moi même, je me suis mis à douter de la véracité des faits et j'ai dû me pincer très fort pour m'assurer que je ne rêvais pas.

- Mais qu'as-tu vu Ben, de si épouvantable ?

- Pardon madame Laurent, ne m'en veuillez pas, mais je suis encore bouleversé par ce que je viens de voir sur la route.
Je rentrais à vélo d'une longue promenade à travers bois quand je fus témoin d'une aventure digne d'illustrer l'un des ouvrages de monsieur de La Fontaine.

- ???

- Vous n'êtes pas au bout de vos surprises madame Laurent. Je pédalais tranquillement quand vint me doubler une automobile. Celle-ci transportait à son bord des animaux à l'avant, et deux personnages un peu bizarre à l'arrière, que je ne distinguais pas très bien.
Un gorille se tenait au volant et conduisait le véhicule. A côté, à la place du passager, un ours s'adressait à lui.
Ils avaient l'air de se tenir conversation.
C'était impressionnant.
Je me pinçais à sang, pensant que j'allais me réveiller. Je ne rêvais pas, d'ailleurs vous pouvez constater que mon avant-bras est encore bleu.

- ???

- Attendez la suite ma brave dame. Le véhicule a ralenti, puis a stoppé sur le bas côté. Le conducteur est descendu, suivi de ses acolytes. J'ai laissé mon vélo à l'abri des regards, me suis approché furtivement et me suis tapi derrière un bosquet. J'ai pu voir de plus près l'étrange animal.
De la stature d'un homme, il se tenait debout. Il était grand, costaud et velu de la tête aux pieds... il s'agissait bel et bien d'un gorille. Se dirigeant vers l'orée du bois, le monstre me tournait le dos. Je ne bougeais pas d'un pouce, respirant à peine de peur d'être découvert. Comment avais-je eu le front d'arriver jusqu'ici ? Envahi de regrets, j'étais coincé, je ne pouvais faire un pas. Je décidais de rester blotti dans les herbes jusqu'à leur départ. De cet endroit, j'ai pu observer le grand singe. Il se tourna pour vérifier qu'il était seul. Je n'en menais pas large, car il roulait des yeux énormes et j'ai eu peur qu'il ne m'aperçut. Le monstre s'est dirigé vers un des arbres et là... jamais je n'aurais imaginé son geste. Face au vieux chêne, l'anthropoïde se soulagea d'un besoin naturel. C'est à ce moment que l'ours et les deux passagers à l'arrière, descendirent pour le rejoindre. J'ai pu voir leurs visages de près. Il s'agissait d'un shérif et d'une indienne. Pour un village du coin où tout le monde se connait, ils paraissent sortir tout droit d'un western. L'ours à son tour les a rejoint, il se tenait droit sur ses pattes. Le shérif s'est adressé à l'orang-outan, celui-ci a effectué un mouvement comme pour réajuster un vêtement imaginaire, puis a baragouiné quelque chose qui aurait pu faire penser à un grommellement.
A partir de ce moment, j'ai pensé que mon cerveau me jouait des tours et je me suis bouché les oreilles pour ne plus entendre.
Les hurluberlus sont enfin repartis, empruntant l'allée qui mène au château de Wances.

- Effectivement mon garçon, cela paraît pour le moins étrange. Le château de Wances est à deux pas d'ici et de l'endroit où tu te trouvais... j'aimerais bien y faire un tour, qu'en penses-tu Ben ?

- D'accord, passez en premier madame Laurent, je vous suis.

Plus que quelques mètres avant de s'engager sur l'allée. L'imposante masse qui se dresse tend à rendre l'atmosphère plus lugubre encore. Brave, mais non téméraire, Ben serait prêt à laisser la brave dame, poursuivre seule son chemin, quand, venant de l'arrière du bâtiment, un brouhaha inopiné leur fait tendre l'oreille. Il y a de la musique dans l'air. Des éclats de rire finissent par détendre l'atmosphère. La cadence de cette batterie n'est pas faite pour faire danser quelques animaux, aussi doués soient-ils. L'on verrait mal un ours ni même un gorille se déhancher sur cet air là, même en admettant qu'il ait pu conduire un véhicule, ce qui n'est déjà pas courant.

- Sauve qui peut ! madame Laurent, voici le monstre qui emprunte l'allée qui mène jusqu'à nous.

- N'aies pas peur Ben, je commence à comprendre. Ce gorille et ses passagers ont bien traversé le village et vois qui les rejoint ? Une marquise, un évêque, ce bouffon du roi et ce petit chaperon rouge... Je ne serai pas étonnée que le loup et la grand-mère se trouvent à proximité ! Cette manifestation n'est autre qu'un bal costumé. Certains sont partis de chez eux pour se rendre directement au château et à cette heure, ils font la fête ! ha! ha! ha!
Cette peau de bête surplombée d'un casque intégral donne vraiment l'illusion de se trouver face à un orang-outan.
Comme quoi, la tournure que peut prendre un événement ne dépend... que de son narrateur. Gorille ? Orang-outan ? peu importe. Ben a retrouvé son entrain et sifflote.
- Gare au gori i i i ille !
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michel jarrié · il y a
J'ai eu peur que la fin du voyage se situe à ....Brive la Gaillarde. Tout est bien qui finit bien ! Plaisante lecture.
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Chrys Demange · il y a
Merci Jarrié pour cet intérêt.