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Fumer peut nuire à votre santé et à celle de votre entourage.

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Du fond des tranchées, au mitan de la nuit, jaillissait souvent le désespoir sous les traits d’une flamme qui gerçait l’obscurité en quête de quelques tabacs à enflammer. De l’autre coté du charnier claquait alors la détonation des canons opposés qui crachaient leurs postillons à la figure des suicidés. Les agiles chevrotines ouvraient des brèches entre les doigts salis, délogeaient les dents gâtées, disloquaient les mâchoires et les hémisphères. Aussitôt les casques s’évanouissaient sur les dépouilles couchées à l’endroit de leurs tombeaux de boue.

Assis sur le banc sous la tonnelle, j’interrompis mon geste pour m’assurer qu’aucune ombre tapie ne me considérait avec intérêt, avant de frotter l’allumette qui embrasserait mon Américaine. Celle-là ne me tuerait pas, la prochaine peut-être.

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Joëlle Brethes · il y a
Texte court avec un premier paragraphe "violent" où la mort pour cause de tabac (!!!) est aussi "risible" que dramatique.
J'aime bien votre façon d'écrire.

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Corinei · il y a
Cela rime presque un poeme.... J'aime bien.
Vous pouvez me donner votre sur http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/brume-verte. 1ere publication

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Sylvie Franceus · il y a
L'incandescence est ici utile et sa brûlure est presque une amie. Elle brille dans la nuit de la vie et c'est joli. On dirait une luciole dans le chaos. On dirait un mirage qui ressemble au clignotis d'un phare sur la grève. Elle dit les hommes qui tombent comme des moustiques grillés par une lumière suicidaire. Fumer peut nuire, oui, on nous le répète assez, maintenant, on le sait mais fumer, c'est aussi un souffle qui résiste dans la mare pouilleuse du pire. C'est une aspiration. Un lambeau de respiration qui se débat dans la boue du pire. Une entrée pulmonaire chaude qui fait frissonner l'intérieur transi. C'est une ingurgitation qui prend ce qu'elle peut pour tenir encore. Encore une seconde. Avaler la mort est une manière de résister. Cracher les glaires poussiéreux ne fait même pas peur. C'est un geste. Un mouvement. Un battement qui signe encore un peu de courage. L'avenir est sous la tonnelle après le fracas et s'il part en fumée, il fabrique un nuage qui flotte dans l'air et le reste n'a pas d'importance.
Je vous remercie.

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De l'encre sur les doigts · il y a
Vous ne lisez pas seulement entre les lignes, mais aussi devant, derrière, au-dessus, en dessous. Voici un rare exemple de commentaire qui dit encore mieux que le texte lui-même. Vous êtes redoutable. Merci.
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Sylvie Franceus · il y a
Oh merci beaucoup mais vos mots suscitent cette lecture et je ne supporte pas les gens qui font semblant de lire et qui commentent en mendiant des voix. Du genre : je dis que je te lis et je ne te lis pas mais surtout vote pour moi parce que je veux le podium et voici mes voix et donne moi les tiennes !!!!
J'ai lu et j'ai aimé.

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