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Fuis moi, je te suis

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Laura

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Elle était là. Il la sentait. Elle était revenue. Comment avait-elle fait pour s’échapper ?

Trente ans plus tôt

« 1, 2, 3, 4, 5, »... vite, Nicolas se dépêche de trouver une cachette. Il se dirige vers la salle de bain, ouvre la panière à linge pour s’y glisser, « Mais va-t’en, tu ne vois pas que c’est pris », lui rétorque son cousin. Dépité, Nicolas continue de réfléchir. Il va encore se faire prendre. A chaque fois il perd à ce jeu. Ses frères et ses cousins trouvent toujours des super cachettes. Pff, ce sera encore à lui de compter et de les chercher. Il n’aime pas être celui qui compte car il a peur quand il doit les trouver. « 30, j’arrive ». Nicolas regarde de tous les côtés. Où va-t-il se cacher ? Il entend les pas de son frère dans l’escalier. Soudain son regard est attiré vers la porte qui mène au grenier. Cette entrée est formellement interdite. Leur grands-parents ont toujours été clairs à ce sujet : ils peuvent jouer où ils veulent sauf dans le grenier. Tant pis ! Nicolas ouvre la porte. Il la referme tout doucement. Devant lui, une petite échelle en bois. Il y grimpe et se retrouve dans une pièce sombre, remplie de malles, de vieux objets et de tapis et tissus anciens. Il entend la voix de son frère à l’étage d’en-dessous. Vite, il se cache derrière une malle. Il sourit, pour une fois, il ne sera pas le premier à se faire prendre. Blotti entre la malle et un vieux tapis poussiéreux, il s’assoupit. Il est réveillé par des vibrations. Il s’assoit, la malle vibre. Inquiet, il se redresse et pose ses mains dessus. La malle vibre de plus en plus fort et murmure « ouvre moi, ouvre moi ». Tout doucement, avec ses mains d’enfant qui tremblent, Nicolas soulève le loquet de la malle et l’ouvre progressivement. Quand il l’ouvre en grand, une ombre en jaillit. Elle lui saute dessus. Nicolas hurle. Trou noir.

Sa tête est lourde. Il est fiévreux. Il gémit, tremble, transpire et s’agite. Il entend des voix familières, celles de ses grands-parents, de ses frères et même celle de sa mère.

Pendant une semaine, Nicolas vit dans un sommeil agité. Sa famille se relaye à ses côtés. Ses frères et ses cousins sont inquiets. On leur explique que Nicolas a attrapé une mauvaise grippe. Un jour, il sent une main se poser sur la sienne. Une voix lui murmure à son oreille qu’il doit se battre et se libérer de son emprise, qu’elle l’a choisi lui mais qu’il doit la faire partir. Et dans son corps, il entend une autre voix plus grave qu’il lui ordonne de ne pas écouter ces paroles, qu’ils peuvent très bien cohabiter ensemble et que grâce à lui, Nicolas n’aura plus jamais peur de rien et n’aura plus à subir les moqueries des autres. La dernière phrase le réveille. Alors oui, Nicolas est d’accord, il veut bien que l’ombre reste dans son corps. Le lendemain, Nicolas se réveille. Il est parfaitement bien. Sa fièvre est enfin tombée, il est pleine forme.

Nicolas change. Ses parents ne le reconnaissent plus. Il multiplie les bêtises. Lui qui n’avait été puni à l’école, connait les remontrances de son maître. Il maîtrise parfaitement les insultes qui fusent à l’égard de ses camarades et de ses frères.

Après avoir passé un moment d’euphorie où il s’est senti plus fort, Nicolas lui-même ne se reconnait plus. Il décide de revenir comme avant mais c’était sans compter l’ombre avec qui il cohabite. Cette dernière contrôle ses faits et gestes. Un jour, celle-ci lui ordonne de donner un coup de pied dans le vase préféré de sa mère. Il refuse. L’ombre continue de lui ordonner de le faire. Il résiste. Il a beaucoup de mal à se contrôler. Il s’éloigne du vase. Il souffle, il l’a vaincu. Soudain, il sent comme une bourrasque qui s’empare de lui, il se retrouve projeter contre le vase. Le vase tombe et se fracasse. Sa mère rentre aussitôt dans la pièce, elle est furieuse. Nicolas est puni. Enfermé dans sa chambre, il pleure. Il voudrait que l’ombre s’en aille. Celle-ci ricane, « c’est trop tard, il fallait y penser avant. ». Pour ne plus faire de mal à ses proches, Nicolas s’éloigne, ne parle presque plus pour ne pas blesser son entourage avec ses paroles et tente ne plus toucher à des objets fragiles.

Un jour qu’il est chez ses grands-parents avec sa famille, Nicolas profite d’un moment d’inattention de ces derniers pour se rendre au grenier. Il retrouve la malle qu’il avait ouverte. Il tente de l’ouvrir, impossible. Elle est trop lourde. L’ombre se moque de lui, « tu crois vraiment que j’ai envie de retourner dedans ! ». Nicolas comprend que c’est l’ombre qui l’empêche de soulever le couvercle de la malle. Il force. Il est décidé à s’en débarrasser. Un combat commence entre les deux. Il lutte contre elle, quand il arrive à soulever le couvercle, l’ombre la referme. Nicolas commence à faiblir, des gouttes de sueur perlent sur son front. Il est prêt à lâcher, l’ombre le cherche, « Alors, on abandonne ? ». Non. Nicolas refuse de se laisser faire. Il profite d’un moment d’inattention et ouvre la malle d’un coup. L’ombre est d’un coup absorbé. Il ferme la malle d’un coup sec. Il la pousse dans le fond du grenier, pose une autre malle dessus et les recouvre d’une couverture. Il descend quatre à quatre les escaliers, referme la porte et souffle de soulagement. Il sourit, il est libre, débarrassé de cette ombre !

Trente ans plus tard :

Nicolas ressent cette emprise. Il entend son rire diabolique. Il est fiévreux, mal en point. Il tremble. Son patron voit qu’il n’est pas bien et lui propose de rentrer chez lui. Sur le trajet du retour, son corps frissonnant, Nicolas réfléchit à comment l’ombre a pu s’échapper. Quand il ouvre la porte de chez lui, il voit la malle grande ouverte. Sa femme tenait absolument à ramener une malle de la maison de ses grands-parents chez eux. Elle a pris celle qu’il lui avait dit de ne pas prendre. Il est perdu. Il gémit tout en tremblant de plus en plus fort. Il entend un rire diabolique. L’ombre. Elle s’approche de plus en plus près de lui. Soudain elle s’abat sur lui dans un rire diabolique. Il s’écroule par terre. Noir.

PRIX

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Reveuse · il y a
L'histoire se lit avec plaisir et le dicton "la curiosité est un vilain défaut "se vérifie .c'est bien écrit et on aimerait savoir ce qui va arriver à Nicolas ensuite.vous avez mes 5 votes et si le cœur vous en dit vous pouvez aller lire mon texte L'ombre de Baptiste .au plaisir de vous lire de nouveau.
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Laura · il y a
Merci beaucoup
J'ai découvert votre texte que j'ai beaucoup aimé également. Bonne journée

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Chantal Noel · il y a
J'ai bien aimé l'originalité de ce récit. Mes voix et bravo !
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Laura · il y a
Merci beaucoup!
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Sabrina Guerreiro · il y a
J'ai bien aimé l'idée et c'est bien écrit ! Très bon texte! Bravo
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Laura · il y a
Merci pour votre commentaire!
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Ginette Vijaya · il y a
C'est un récit qui a une emprise ombresque sur les mots ! Et cette ombre sait se manifester à travers les âges !
Une invitation à découvrir "la fontaine aux bulles" en lice également . Merci beaucoup .

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Laura · il y a
Merci beaucoup pour votre vote!
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Jusyfa · il y a
Un très bon texte, votre plume est prometteuse.
Mon soutien +5*****
Si votre temps vous le permet :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-nuit-des-ombres

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Laura · il y a
Merci! Je vais à mon tour lire votre texte, merci pour le partage
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Keith Simmonds · il y a
Une œuvre bien écrite, captivante et glaçante ! Mes voix ! Une invitation à venir
découvrir “Sombraville” qui est également en lice pour le Prix Imaginarius 2018.
Merci d’avance et bonne soirée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/sombraville

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Laura · il y a
Merci, Bonne journée à vous!
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Patrick Peronne · il y a
Mon soutien. Bonne chance à vous !
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Laura · il y a
Merci!
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Louisa · il y a
une ombre maléfique qui s'empare des corps pour le faire souffrir. Texte intéressant et prégnant
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Laura · il y a
Merci pour votre commentaire!
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