Fragment - Le métro

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Image de Eté 2016
Deux lueurs blanches apparaissent au fond du tunnel. Des wagons sortent puis s'arrêtent au bord du quai. Les portes en métal s'ouvrent. Des gens montent à bord, d'autres descendent. Les portes se referment. Moi, je ne bouge pas. Les wagons se remettent en marche, accélèrent puis disparaissent dans un autre tunnel. Je me déplace sur le quai vers le coté d'arrivée de la rame du métro. Je pense au dessein dont moi seul détiens le secret. Je regarde les gens autour de moi. Tous sont évidemment insupportables (peut être ne le sont ils pas objectivement, mais mon sentiment là dessus est sans ambiguïté). Peu importe, seul compte mon dessein. Me voilà au bon endroit, un endroit qui me convient. Plus loin, la barrière de sécurité m'aurait gêné. Ici, je peux bien observer. Au bord du quai, quelqu'un téléphone. Une fois que mon regard s'est posé sur lui, je ne le quitte plus de vue. Il se balance d'un pied sur l'autre juste au dessus des rails. Celui-ci m'a l'air bien, pour ne pas dire parfait. Je m'avance vers lui, un peu, beaucoup. Du fond du tunnel, le bruit d'un moteur se fait entendre de plus en plus distinctement. Je sais qu'il le faut maintenant ! Je me lance... Quoique non, peut être est-ce trop tôt. Tant pis, c'est déjà fait ; je frappe du pied l'individu assez fort pour le projeter en contrebas. Il s'écrase sur les rails comme une merde, cela n'a pas manqué. Son téléphone, par ailleurs, a voleté je-ne-sais-où d'une façon qui n'était pas non plus très élégante. Le bruit de la rame s'intensifie. Ça ne sera probablement pas beau à voir. Le pauvre gars se relève péniblement, me regarde en émettant un drôle de râle. Ça devait être de la surprise à n'en point douter. Le bruit approche mais la rame n'apparaît toujours pas. Il est certain que j'ai mal estimé la durée du passage. Tant pis. Ma victime a l'air trop sonnée pour s'en tirer à temps. Quelque chose cloche tout de même. Je jette quelques regards autour de moi. Les gens ici ne prêtent pas la moindre attention à ce qui vient de se produire. Ils ignorent même le plus totalement du monde les appels à l'aide du pauvre type sur les rails. Certains s'avancent au bord du quai. Ceux là ont simplement aperçu la rame de métro et se préparent à monter avant les autres. Dès ce moment là, je sens que je ne peux rester sans rien faire. Les lueurs blanches apparaissent, il n'y a plus beaucoup de temps avant que l'engin émerge du tunnel. Je me jette en avant sur le rebord du quai. Le pauvre gars, tout paniqué, tente de grimper mais glisse et trébuche à chaque tentatives. J'espère que mon élan de courage (car c'en est un, il faut bien l'admettre) ne sera pas vain. J'attrape fermement son bras, et tente de le tirer. L'enfoiré pèse sacrement lourd (ou bien je ne suis pas costaud, je n'ai pas envie de le savoir). Toujours est-il que je donne vraiment du miens pour le sortir de là. Les lumières blanches nous éclairent tous les deux. Le choc va arriver d'un moment à l'autre. J'essaie une dernière fois de tirer de toutes mes forces. Et là, chose assez incroyable (qui m'a en tous cas impressionnée) ; juste au moment où les wagons s'apprêtent sans le moindre état d'âme à nous balayer moi et mon pauvre gars, je parvins à hisser ce dernier jusqu'au quai. À cause de cet élan désespéré, nous nous sommes tous deux retrouvés plaqué sur le sol, violemment, mais certainement beaucoup moins que si nous avions heurté la rame de métro. Celle-ci vient de s'arrêter et les portes s'ouvrent à présent. Mon compagnon d'infortune se relève, regarde autour de lui, l'air hagard. Je fais de même, mais sans regarder autour de moi et sans adopter un air particulier. De fait, je me relève juste. À présent, il va bien falloir dire quelque chose, je le sais bien, et cela me gêne passablement. Je commence à réfléchir sur quoi je pourrais m'exprimer. Visiblement, cela n'est plus nécessaire, l'individu semble s'être remis de ses émotions et se presse à présent pour entrer à temps dans le métro. Les portes en métal se referment juste derrière lui. Les wagons disparaissent dans l'autre tunnel. Sur le quai, de nouvelles personnes remplacent les précédentes. Moi, je suis resté là, à réfléchir un moment. Au fond de moi, il était très clair que cette aventure était l'une des plus stupides jamais vécues.

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