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Gaspard Bonhomme

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Je suis adossé au mur. Le banc de pierre calé sous les fesses, le soleil d’hiver réchauffe mon visage. La flotte tranquille et inexorable des nuages envahit lentement le ciel. Le bleu cinglant disparaît, mangé par le plafond noir. Les ombres des arbres s’adoucissent. Leurs branches s’élèvent en fourches dérisoires faces aux forces moutonnantes. Devant moi, s’étale le gravier crissant et lumineux de l’étendue bordée d’arbres, mi-allée, mi-esplanade.


Au loin des statues figées, et de longues balustrades de pierre blanche. Encore plus loin, les grilles de fer du jardin, d’où parviennent les bruits de la ville et le choc frénétique et sourd d’un marteau-piqueur qui s’active. Dans cet univers minéral, les promeneurs comme des I mobiles, font lentement crisser le sable sous leurs pas.


Je ferme les yeux. Ce crissement me rappelle une petite musique. La musique de mon train électrique. La salle de jeu était située à côté du garage. Au centre trônait le circuit, fixé sur une planche montée sur deux tréteaux, il comportait tout l’attirail du parfait modéliste.


Je passais des heures, lors de mes temps libres, à peaufiner le décor et les commandes électriques de ce monde miniature. Levé tôt le matin, avant que le petit-déjeuner soit prêt, je descendais, en pyjama dans le froid et l’humidité de la pièce obscure, mettre en route la circulation des trains. Dans le noir et le bruit, les feux avant des locomotives tournoyaient autour du village, sagement éclairé au centre du décor. J’étais hypnotisé par ce tourbillon. Souvent, de faux contacts faisaient hoqueter les machines dans des gerbes d’étincelles, arrêtant le manège brutalement.


J’allais alors piquer dans le garage l’alcool à brûler au parfum d’interdit ainsi que les vieux chiffons polis nécessaires au décrassage. Je refaisais ensuite l’obscurité et relançais la machine. Le crissement régulier des roues sur les rails me berçait de voyages et de pays imaginaires.


Ces voyages, les vécus, les rêvés, les miens, ceux de mes proches, tous ces parcours de vie... Je vagabonde, aurais-je imaginé en ce temps ?...


– Oh, il fait plus frais !


J’ouvre les yeux. Les ombres disparaissent, le vent forcit, il est temps de rentrer.

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Jean-Michel Palacios · il y a
J'aime toujours autant.
Merci de cette poésie.

Cela fait du bien de voir des gars qui font des zéro et des uns à longueur de journée se montrer aussi humain, si loin des machines qu'ils côtoient trop souvent.

Tiens au fait, j'ai été un cheminot militaire pendant deux ans à Versailles dont six mois comme chef de détachement (Capitaine) à Fourchambault près de Nevers sur l'embranchement particulier de l’Établissement de Réserve Générale du Matériel - Équipement (réparation notamment des engins du Génie et des Locotracteurs).

J'ai réalisé un album photo en Noir et blanc assez unique qui contient toutes les opérations de réfection de voies ferrées sur les 12 kilomètres que comptent la circulaire de l'établissement.

Encore des souvenirs. J'ai débordé, Désolé. Mais cela fait du bien.
ATeLire
Amitiés
JM

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