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Fragiles

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Dada daho

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Je marchais insouciante, dans cette rue qui n’en finissait plus. Je commençais à me lasser de ce chemin pavé que je foulais chaque jours dans les deux sens. Le parcours me semblait interminable et rien ne s’y passait.
La rue descendait vers le coeur de la ville, étroite et biscornue. Au loin, on devinait la silhouette d’une chaine de montagnes qui s’étendait à l’infini, tantôt lumineuse, tantôt sombre selon l’emplacement du soleil.

En cette fin d’après-midi, les lueurs dorées se reflétaient sur ses flancs, offrant des dégradés de vert et d’orangés, obscurcis çà et là par quelques petits nuages gris.

La pente, un peu trop raide décourageait les passants qui se faisaient rares. Mais ce soir, alors que je rentrais, épuisée par une journée de travail éprouvante, le rue s’était animée de façon inhabituelle. Cette ambiance légère me permis d’échapper pour un court instant à mes préoccupations. Alors, je décidai d’en apprécier les bienfaits, m’exaltant du rire d’un enfant, du roucoulement des pigeons amoureux, de l’odeur de la dernière fournée de pain frais, sortant tout juste du four du boulanger du coin.

C’est alors que je l’ai entendu. Surgissant de nulle part. Son cri déchira l’espace, l’air et stoppa la course du temps. Je ne la voyais pas encore mais ses sanglots me transpercèrent au plus profond de mon être. Je ne pouvais que l’entendre. Sa complainte effaça la foule et résonna au-delà de tout. J’observais autour de moi et ne vis rien. Plus personne. Le ciel semblait s’être obscurcit, tandis que je cherchais, désemparée, l’origine de ce chant de détresse. Attirée par les sanglots, je me laissai guider jusqu’à parvenir à ses côtés. Cette femme, grande, brune, d’apparence si solide, se laissait glisser contre le mur d’un immeuble, n’ayant même plus la force de retenir son portable qui s’écrasa au sol dans un fracas. Le silence s’abattit sur scène, tandis que je la vis s’effondrer sur elle-même, le souffle coupé par la douleur.

Démunie face à cette dame qui, dans un autre contexte m’aurait paru si forte, je sentis à mon tour mes membres me lâcher. Son désespoir était contagieux. L’atrocité évidente de sa situation se propageait.
Mon corps tremblait de toutes ses cellules, tandis que je recevais la douleur de cette femme comme les éclats d’un obus.
Lentement, seule dans une foule qui n’existait plus, je m’accroupis près d’elle et posa ma main sur la sienne. Je n’eus pas de mots, mais la chaleur de ce contact libéra la vague de chagrin qui déferla violemment. Dans un spasme bruyant, elle reprit son souffle et hurla de plus belle.
Lorsqu’enfin elle se calma, elle leva vers moi ses yeux noircis par son mascara coulant sur son beau visage.
« Il est mort... » lâcha-t-elle dans un sanglot, en s’effondrant contre moi. Sans même le réaliser, je lui ouvris mes bras, et la serra dans une étreinte sincère et chaleureuse. Nous restâmes ainsi un long moment sans rien dire de plus.

Son monde s’écroulait en cet instant et tandis que je sentais naître en moi une peur irraisonnée, incontrôlable. La conscience de l’inévitable fragilité de l’être aimé.
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