Forgée pour l’éternité.

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J'ai toujours su qu'un jour je dirais NON Ce jour est venu le 1er octobre 2015 Voilà Il ne faut savoir que cela  [+]

Elle se réjouissait à l’avance. Le travail au champ finirait tard, mais elle savait que ce soir elle le verrait. Ils s’étaient donné rendez-vous à la clairière, à la croisée du chemin et de la route qui menait au château.

Adèle aimait Aurèle. C’était un jeune manant, mais il s’appelait comme un empereur. Il était son prince, son seigneur, son roi. En ces temps-là, la vie était simple mais dure. Le travail au champ, toute la journée, et l’extinction des feux au coucher du soleil, sous la flamme d’une chandelle de suif.

Malgré la fatigue du dos, des mains, et des bras douloureux d’avoir fait les foins pour l’hiver, elle ne rêvait que de s’évader vers lui. Elle le voyait déjà l’enlacer, lui faire décoller les pieds du sol, et la tourner follement sous les étoiles.

Aurèle n’était guère concentré sur ses betteraves. Cette journée n’en finissait pas. Combien fallait-il encore en sortir de terre, à la bêche, avant qu’elles ne pourrissent ? Il fallait faire vite avant le gel, sinon la récolte serait perdue.

Mais, ce soir, il devait passer voir le forgeron pour récupérer sa commande. Il lui avait demandé de forger une bague. Elle serait grossière c’est sûr, pas comme celles que les dames portent au château, mais ce n’était pas grave. Ce soir, il était résolu à la lui offrir, un genou à terre, pour la demander en mariage. Il en palpitait déjà d’impatience.

Le soir arriva enfin.

Adèle attendit de ne plus rien entendre dans la maison. Ses pauvres parents s’endormiraient vite, après toute une journée de labeur. Quand le silence se fit entendre, elle ouvrit le volet de bois de sa toute petite chambre, et sortit par les toits.

Aurèle prétexta d’aller voir si tout allait bien à l’étable, et il courut rejoindre sa bien-aimée.
Adèle s’aventura par la route. Aurèle emprunta le chemin. Personne ne devait les surprendre.

Au château, le seigneur désespérait de voir la dépravation de son fils héritier, ivre comme chaque soir. Ce fils que son épouse avait enfanté pour poursuivre sa noble lignée. Ce fils qui ne faisait rien, qui passait son temps à martyriser les pauvres paysans de son domaine, se faisant plaisir à collecter l’impôt pour organiser banquets, beuveries et orgies.

Adèle arriva la première à la clairière. Elle s’accroupit sous le grand chêne pour l’attendre. Aurèle la distingua de loin. Sans faire de bruit, il s’approcha d’elle. Elle sentit une présence et se redressa, tremblante d’interdit.
Il faisait noir, elle ne voyait rien. Aurèle avança jusqu’à se retrouver juste derrière elle. Il lui mit les mains sur les yeux. Elle souriait. Elle le sentait enfin, son souffle chaud dans sa nuque, ses bras puissants, tout son corps taillé de muscles graciles. Elle se retourna doucement et prit les mains d’Aurèle dans les siennes. Elle les fit glisser sur sa poitrine. Leurs regards se croisèrent dans la nuit, et le temps s’arrêta.

Aurèle recula un peu, posa son genou à terre, et lui tendit la bague. Elle sentit exploser son cœur. Elle hurla oui aux étoiles, et ils s’aimèrent.

Le temps avait dû filer, la lune était déjà bien haute. Il fallait rentrer. Après s’être encore serrés une fois, ils séparèrent leurs mains en se promettant la vie, sous la lune, unique témoin de leur union.

Aurèle reprit le chemin, et Adèle la route.

Le lendemain, les parents d’Adèle découvrirent sa chambre vide. Elle n’était jamais rentrée. Des recherches avaient été menées sans résultat pendant des heures. Un seul indice fut retrouvé au sol, au pied du château : une bague que le forgeron reconnut.

Le seigneur refusa de recevoir ses serfs quand il vit la tête de son fils. Ses chevauchées nocturnes étaient lourdes de conséquences, mais le droit de cuissage d'un seigneur ne pouvait être remis en cause.

Aurèle récupéra la bague, la mit à son doigt et disparut à son tour dans la clairière, suspendu au grand chêne, sous la lune.

Un millénaire plus tard, lors de la promenade dominicale dans le bois du château en ruine que son fils adorait pour l’aventure qu’elle offrait :

- Papa ! Papa !
- Quoi Aurélien ?
- Regarde ce que j’ai trouvé au pied de ce grand chêne !
- Montre-moi, mon fils
- Tiens Papa, on dirait comme un anneau
- Pas un anneau mon fils..., c’est une..., une bague !
- Tu crois qu’elle a une histoire Papa ?
- Toutes les bagues en ont une, mon fils
- Tu crois que je pourrai la donner à Adeline ?

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