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Folle de consommables à me consumer

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Je viens d'avoir une sorte de crise très violente qui m'empêchait de respirer, j'avais l'impression de me noyer, j'ai eu beaucoup de mal à retrouver mon souffle, je n'ai même pas paniqué, ça m'a fait bizarre de me dire que tout peut s'arrêter comme ça, et pourquoi pas ?

Bon j'ai eu bien mal quand même un long moment alors je me demandais si ça allait s'arrêter, oui puisque j'écris, c'est que tout ne va pas si mal.
Je ne fume pas, je ne bois pas, j'aurais plutôt une vie saine si je n'étais pas obligée d'avaler toutes ces drogues pour calmer mes douleurs, ces brûlures surtout qui me laissent de moins en moins de répit. Parfois je ne les prends pas, je ne vois guère de différence, alors pourquoi continuer à m'empoisonner  ? Ou alors j'ai tout faux peut être que fumer un bon pétard et descendre quelques verres me feraient le plus grand bien...beurk j'aime pas la fumée et l'alcool pas assez pour m'enivrer... Dommage, j'ai toujours été trop sage !

Je me bats de toutes mes forces pour encore m'émerveiller mais même ce qui pourrait être beau me paraît souvent sali.
Je repense au malaise que j'ai ressenti lors de mes dernières vacances qui pourtant ont été les plus belles peut-être de toute ma vie. C'était un soir, avant de rentrer à nôtre hôtel situé il est vrai dans une banlieue, mais pas très grande ni très inhumaine, pas encore touchée par les violences, enfin je suppose...
J'ai senti un mal-être envahir tout mon corps, c'était physique, j'en avais des vertiges et la nausée, un sentiment de gâchis qui m'a anéantie. J'avais passé une journée superbe sur une des nombreuses îles encore vierges de la pollution toxique des villes. Le choc m'est tombé dessus comme ça, d'un coup, pourtant je ne découvrais rien de nouveau en soi, mais je crois que jamais je n'ai autant pris conscience d'à quel point je déteste de plus en plus la société dans laquelle je vis.
On cherchait un magasin pour acheter quelque chose à boire et à manger avant de dormir, on était fatigué d'avoir randonné toute la journée et juste envie d'un petit truc à emporter au calme dans notre chambre.
On tape magasins sur la tablette tactile de notre petite Clio, c'est bien fichu ces trucs là, elle nous indique le chemin de zones commerciales à proximité. Donc c'est parti pour ce petit détour. On venait à peine de quitter la plage, des sentiers côtiers encore sauvages d'une beauté époustouflante.
Il y avait là soudain comme une anomalie : un concentré d'enseignes commerciales immenses de toutes sortes, où que mon regard se portait, je pensais mais qui va aller dans tous ces magasins? Mon côté optimiste me faisait penser qu'au moins ça créait des emplois, mais qui a besoin de tout ça? Je ne sais pas traduire le sentiment de dégoût qui m'a submergée, tous ces panneaux commerciaux qui défigurent le paysage, y a pas assez d'un L. qu'il faut un C. à coté puis juste en face un Hyper machin truc...et un garage par ici un garage par là, un magasin de bricolage puis deux autres à peine plus loin, trois ou quatre magasins d'ameublement, de chaussures et vêtements, des fast-foods juxtaposés, des B. et des C. Grills main dans la main, des pizzerias, des kebabs.....j'en oublie sûrement, la tête m'en tournait ! Je me suis fait la réflexion que notre monde était devenu fou, j'ai eu une réaction étrange : je me suis engouffrée dans ma voiture et j'ai fermé les yeux, mis mes mains sur mes oreilles sans même en avoir conscience comme un enfant qui pense qu'en faisant ce geste il échappe à ce qui lui fait peur.
J'ai demandé à mon mari si vite on pouvait partir, je voulais quitter cet endroit qui me donnait envie de vomir, on pouvait bien se passer d'un repas pour un soir. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'ailleurs et pas forcément toujours si loin de moi des tas de gens n'ont ni à manger ni à boire. Soudain cet étalage me paraît comme une indécence, pourquoi précisément à cet instant, c'est une chose que je savais déjà pourtant, mais la violence de ces images était comme une vague qui me noyait.
Sensation bizarre, quelque chose me dérange, heurte ma conscience avec une telle violence qu'elle me submerge.
C'était pas le ressenti de mon mari, il s'est moqué de ma réaction et nous voilà dans la galerie d'un magasin aussi immense qu'un boulevard. Il m'est depuis resté ce sentiment que l'homme ne vit plus que pour consommer des choses dont avant on n'avait même pas idée. Je sais, j'écris en ce moment sur mon windowsphone et je parle de ce qui nous est nécessaire ou pas, c'est vrai que c'est très paradoxal. En fait c'est l'abondance, cet excès de TOUT qui m'a gênée : trop d'offres pour si peu de besoins (et moyens aussi) en face, ça m'a paru tellement extravagant que ça m'a mise mal à l'aise. C'est un sentiment personnel qui s'est insinué en moi et ne m'a plus quittée. Ca m'a rappelé mes cours d'économie au lycée, la loi de l'offre et de la demande, là on sait immédiatement de quel côté va pencher la balance !
J'ai commencé à écrire sur mon mobile pour arrêter de pleurer de n'avoir personne avec qui papoter (parce que oui écrire ça me soulage parfois), je ne pensais pas du tout parler de ça, puis j'ai eu mon malaise physique qui m'a refait penser à ce dégoût.
Comme quoi le physique et le moral ainsi que la perception de notre société sont vraiment indissociables.
Je parlerai donc de mon mal au coeur par ailleurs, enfin je l'écrirai, c'est déjà pas si grave Docteur puisque tant que j'écris c'est que je vis.
Je préférerais discuter mais parler seule c'est quand même pas toujours évident ni follement amusant ! Enfin follement sûrement...
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Lange Rostre · il y a
Si ça ne tenait qu'à moi, des tas de magasins qui ne servent à rien peuvent fermer.....
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Diamantina Richard · il y a
Bonjour Lange, comme je vous comprends ! Merci de votre lecture. Au plaisir
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Flore · il y a
La société ce consommation qui fait déborder les containers quand certains crèvent de faim...je suis moi aussi révoltée, ces grandes surfaces (en ville, il n'y a pas d'autres choix), cette valse de caddies...de promos et Cie...C'est grave...Et au moment des fêtes....un cauchemar...
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Diamantina Richard · il y a
Bonjour Flore j'ai travaillé il y a longtemps pendant un an dans un supermarché, on était obligé de mettre à la poubelle un tas de denrées périmées et parfois par exemple un gros baril de lessive juste parce qu''il avait un petit trou....bien sûr on pouvait pas mettre en rayon mais ne pouvait-on pas au moins le donner à des personnes qui ne peuvent pas vivre décemment...ça m'avait tellement écoeuré que j'ai préféré démissionner et j'ai milité pour qu''ils donnent plus souvent à des banques alimentaires...notre société est une société de consommation ou l'humanité se consume...Merci de votre lecture Flore. Bon week-end
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