Folle d'elle

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L’impact des gouttes sur le métal rouillé de ce vieil objet qui n’avait jamais servi, comptait les secondes, les minutes, les heures.

Il faisait nuit, il pleuvait. J'étais sur le bord de cette falaise. Le contact de mes cuisses contre ces pierres sur lesquelles se déposait une fine couche de sable m'était particulièrement agréable. Mes mains caressaient cette surface graineuse. Je sentais, à l'intérieur de mes paumes, ces petits grains qu’on ne peut compter. Cette sensation, qui en temps normale n’est pas agréable, avait un effet apaisant sur moi. Je sentais peu à peu chaque muscle de mon corps se relâcher. Mes pieds, pendant dans le vide, alourdis par mes baskets se détendaient et se laissaient tomber dans le vide encore plus qu’ils ne l'étaient déjà. Ils entraînaient dans leur lancée mes tibias musclés et fatigués de l’effort qu’ils fournissaient chaque jour. Cependant, mes cuisses les retenaient, elles s'accrochaient à cette falaise, cette falaise qui ne voulait pas me laisser tomber, elle était peut-être la seule...

Je sentais maintenant mon torse, mon torse qui faisait oppression sur mon fessier, qui j'avais l'impression, s'enfonçait de plus en plus dans le sol. Pourquoi ? Parce qu’il se détendait peu à peu. Je ne sentais maintenant que mes bras soutenant mon torse et mon cou soutenant ma lourde boîte crânienne. Pour laisser du repos aussi à ses membres, je m’allongeai, lentement. J’avais du temps à perdre. Une fois mes cheveux , dont j’avais tant de mal à m’occuper, touchant le sol, mes bras et mon cou étaient à leur tour, inertes.

On ne pouvait voir les étoiles, mais je savais qu'elles étaient là, brillant de mille feux. Cette pollution gâche tout, encore une fois. Alors, je les imagine comme elles étaient les autres fois, ces fois où l’on venait avec mon frère, où l’on rigolait et où maintenant je le pleure. Je tournais alors la tête vers la droite, comme pour fuir cette vision. Mais j'aperçus cette chose, cette chose dont je ne m'étais jamais servie, je me relevai subitement. Mes battements de cœur s'étaient accélérés, tous mes muscles étaient à nouveau crispés et tendus, et de nouveau cette sensation désagréable et indéfinissable qui me poursuivait chaque jour.

J'observais alors, en face de moi, au bas de cette falaise, des milliers d'étoiles, des milliers de lueurs des milliers d'éclairages.
Aujourd'hui, c'est mon anniversaire ! Enfin, à 1h57, l'heure approche, cet objet à droite m’observe et m'appelle, il prête attention à moi, c’est tellement rare !

J’observe ce téléphone, j’observe l’heure de ce téléphone.

C’est l’heure ! Je saisis cette chose, place mon index dans cette encoche, le reste de ma main serre au plus fort ce manche. Quand je le soulève, les gouttes de pluie partent en passant sur les doigts, elles me fuient, elles fuient comme tout le monde devant moi. Je repose mon pouce sur les autres doigts, ainsi elle ne peut s’enfuir. Elle restera avec moi jusqu'à la fin. Je fais tourner une partie de l'objet pour le ranger. Je le lève au niveau de mes yeux, le rapproche de ma tête et pose son embout sur ma tempe droite, son contact circulaire est très agréable. C'est comme si des petites fourmis gelées se déplaçaient sur ma tempe. Toutes ces sensations sont agréables. Puis, j'appuie, rien ne sort. Alors, je rigole. Tant pis, ce sera pour l'année prochaine, peut-être.

Mais cela veut dire que... je dois les supporter encore, encore tous ces gens pendant au moins un an. Je suis prise d’angoisse , je remonte mes jambes pour les serrer contre moi, pour enrouler mes bras autour d’elles, pour me faire espérer qu’il y est quelqu'un. Mais il y a quelqu'un ! Il y a moi, moi et ma foutue imagination. Cette imagination qui me rend folle, folle de joie, folle d’amour, folle de peur, folle de tristesse, folle de courage, folle d’eux, de ces gens, de ces inconnus, folle d'elle...
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