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Folie vespérale

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Amin Dufain

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La nuit a été douce, tendre, et passionnée. Alors ! Justine s’est dit que c’est le moment : « Je veux que l’on se marie mon amour ».

Il n’a pas répondu de suite, un silence hurlait dans la chambre. Un silence de quelques secondes, juste quelques secondes. Un temps infini pour elle, une attente impossible.
Elle a quitté le lit et s’est drapée de sa nuisette.
Son visage s’est transformé, ses yeux n’ont exprimé que le vide, et sa fine bouche demeurait ouverte d’effarement.
Et puis, d’un coup, le temps s’est figé. Son esprit a commencé à lui raconter une histoire, à lui trahir la réalité, hors de la chambre dans laquelle elle venait de passer la nuit.
Il ne répondait toujours pas, il était comme contraint. Elle a reculé et trébuché brusquement. Comme si un ‘non’ à son affirmation d’amour lui avait giflé le visage.
Elle a pris le verre de vin posé sur la table et l’a bu d’un coup sec. Elle s’est servie de nouveau jusqu’à vider la bouteille. Elle a crié en s’agrippant les cheveux mais il n’entendait pas, il n’entendait toujours pas. Il restait là, allongé dans le lit, sans même la regarder. Elle, qui l’aimait tant. Elle a cherché des objets partout dans la pièce comme une démente : un verre, un cendrier, un couteau, des vêtements, une revue. Peu importe ! Elle lui a jeté sa collecte à la figure, attendant une réaction.
Les pleurs de désespoir ont inondé son visage griffé par ses propres mains, son cou strangulé par sa propre folie était rouge-sang.
Elle s’est mise à crier et à invectiver dans ce petit appartement du septième arrondissement.
La porte s’est ouverte : sa colocataire Emma est arrivée.
Elle a trouvé Justine au sol, genoux à terre, se prenant la tête dans les mains, en pleurs et hurlant. Elle l’a prise dans ses bras et lui a redressé la tête pour croiser son regard. Justine avait les joues lacérées, les yeux exorbités, les mains sanguinolentes.
Emma n’a pas pu contenir son effroi. Elle s’est dirigée précipitamment vers la chambre : « Mon Dieu mais qu’est-ce que tu as fait ? », a-t-elle crié.
Justine a regardé fixement le lit, elle a ignoré et fait sombrer sa torpeur, et s’est approchée de l’homme de sa nuit. Elle lui a retiré le couteau qui lui traversait le cou et l’a enfoncé d’un coup sec sur son cœur.

Amin DUFAIN
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