Flop Art

il y a
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Un livre ? Nadja, André Breton. Un texte ? Première soirée, Arthur Rimbaud. Un film ? Trainspotting, Danny Boyle. Une chanson ? I am the walrus, The Beatles  [+]

On dénombre dix fois plus d'étoiles dans l'univers que de grains de sable sur toute la terre. Cette information devrait nous faire réfléchir sur notre modeste existence. Mais l’œuvre d'art que je découvre en levant les yeux me laisse perplexe. L'artiste est en vogue, l'espace contemporain. Et là, je ne suis pas loin du torticolis en essayant d'observer un tableau curieusement accroché au plafond. Disons qu'il s'agit plus exactement d'un grand miroir en forme d'étoile intitulé « There's no star except me », en toute simplicité. J'aperçois ma silhouette vue d'en haut et j'ai envie de dire que l'art a cette incroyable faculté de nous parler immédiatement, de nous faire rêver, de littéralement nous transporter ou pas.

Me sentant légèrement dépassé par ce concept assez perché, je décide de rejoindre Nina et tout un groupe d'illuminés en train d'écouter la visite guidée. La directrice du centre d'art, robe rose et cheveux roses, se charge des explications de manière survoltée et particulièrement bruyante : avec son exposition « Reality », Vladimir Packett interroge notre regard sur le monde qui nous entoure bla bla. Un reflet, un trognon de pomme ou un escabeau viennent nous rappeler que notre réalité n'est pas celle que nous imaginons, car elle est soumise à nos propres illusions culturelles bla bla bla.

J'ai soudain l'impression d'être enfermé dans un reportage d'Arte où pourrait surgir à tout moment une harpiste végétarienne, histoire de faire une pause musicale en dégustant une petite salade de bambou. Nina me lance un large sourire. Elle semble totalement conquise par le travail de l'artiste. Mais lorsque j'entends le personnage de manga indiquer à son auditoire qu'en se frottant au travail de Vladimir « la friction dépasse la réalité », je ressens comme l’irrésistible envie de fuir cette vaste plaisanterie.

J'observe alors les gens autour de moi pour essayer de me sentir moins seul. Juste à côté, un jeune couple ébouriffé a les yeux qui brillent. Cependant, je n'arrive pas à savoir si c'est à cause d'un surplus d'émotions ou d'un excès de substances illicites. D'après leur look rasta-cool-man, tout porte à croire qu'ils vont régulièrement en Ardèche rejoindre un élevage de chèvres et qu'ils aiment se rouler collectivement dans l'herbe. En face de moi, une vieille dame trépigne sur place en demandant pour la dixième fois à sa voisine si c'est bientôt l'heure du buffet. Cette dernière, au regard de chouette, semble prête à s'envoler pour aller becqueter de la terrine de crevettes aux épices. « Avec Packett, on repart avec du dream dans les pockets », ajoute la panthère rose qui ne cache même plus son goût prononcé pour les blagues indigestes.

En poursuivant la visite de ce monde parallèle, je me retrouve nez-à-nez avec la création principale de l'artiste. Tout devient plus clair. Il existe bien deux réalités. Celle où des gens montent sur un escabeau pour peindre des murs. Et celle où des gens posent un escabeau entre quatre murs pour monter une expo. Dans l'immédiat, je trouve qu'il y a comme un grain de sable dans l'engrenage. Je devrais peut-être voir la vie en rose moi aussi, me déguiser en lapin Duracell et proposer une initiation au tambour chamanique, histoire de montrer à Nina que je suis prêt à tout pour lui faire plaisir.

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Utilisateur désactivé · il y a
Récemment un artiste contemporain, sic, a vendu pour la modique somme de 120 000 euros, une simple banane plaquée par du ruban adhésif, ça laisse songeur. Et quid, toujours dans le contemporain, du fameux sapin équivoque place Vendôme, face au ministère de la justice. L'art contemporain s'apparente plus à la décadence de la société de consommation et à une relative mais certaine dégénérescence qu'à un esthétisme vertueux et constructif personnel. L'art contemporain est aussi éloigné de L'Art qu'Empyrée l'est de la Terre. Et bien entendu les acheteurs sont complices... bien à vous!
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Nicolas Juliam · il y a
j'ai vu ça... évidemment je me moque dans ce texte d'un milieu mais personnellement j'apprécie certains travaux d''art contemporain.
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Utilisateur désactivé · il y a
Effectivement aux vernissages y a souvent à boire et à manger. Après, c'est comme le goût et les couleurs, une affaire de ressentiment personnel... bonne journée Nicolas! : )
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Nicolas Juliam · il y a
C'est comme l'art en général, il y a à boire et à manger !
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Utilisateur désactivé · il y a
J'aime beaucoup merci
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James Wouaal · il y a
Bon, j'ai pas tardé à revenir te visiter. Par contre difficile de choisir un texte, tu es tellement recommandé, qu'on s'attend presque à devoir signer un papier après t'avoir lu. La finesse de ton humour est un enchantement. Et comme disait l'autre : Je reviendraaaaaaaai !
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Nicolas Juliam · il y a
Oui d'ailleurs je te fais parvenir le document à signer dans les plus brefs délais avec accusé de réception à remplir...
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Guy Bellinger · il y a
Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour l'être aimé ? Y compris se fader des élucubrations contemporaines dont le pire réside dans le commentaire abscons et auto-satisfait des "spécialistes". Mais l'amour a-t-il jamais réussi à faire passer Jeff Koons pour Georges de la Tour ou Cy Twombly pour Van Gogh ?
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Laurence Delsaux · il y a
et inversement ?
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Guy Bellinger · il y a
Certes § Pour la petite histoire, je me suis farci un Koons et deux Twombly au centre Pompidou Metz cet après-midi.
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Laurence Delsaux · il y a
Amusant à deux ans de distance :-) Je vais aller faire un tour chez vous !
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Didier Poussin · il y a
Flâneurs de musée
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Mog · il y a
Les goûts et les couleurs ! Et les émotions ... comme celles que j'ai ressenties en lisant votre texte ... Excellentissime.
Si vous le souhaitez : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/mot-d-amant

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Déborah Locatelli · il y a
Excellent Nico, comme toujours!
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Aurianne Baclet · il y a
C'est cette histoire qui m'a donné envie de voir ce que vous écriviez d'autre. Conquise ;)
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Nicolas Juliam · il y a
Et moi touché ! A+ sur d'autres textes alors...
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Geny Montel · il y a
Hé hé ! Le monde de l'art ! Bravo pour cette fine observation ! Je vous conseille également d'aller voir l'oeuvre d'art de Décar (peut-être l'avez-vous déjà admirée) :
http://short-edition.com/oeuvre/strips/les-tres-nouvelles-aventures-de-coin-coin-episode-24-coin-coin-s-expose-a-la-fiac

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Aliénor Oval · il y a
Très bien vu comme toujours et très drôle. A bientôt. ;)
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Nicolas Juliam · il y a
Hey ça faisait longtemps... Merci et à bientôt Aliénor.

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