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Fin du monde

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Oliv Yeah

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Il y avait eu trois bugs planétaires.
Il y avait eu la grande épidémie.
Il y avait eu quatre guerres mondiales.
Chaque fois le monde s'était reconstruit.
Et puis il y eut la Brume.

Tout le monde savait mais ne faisait plus rien. La pollution avait atteint un tel niveau qu’il était devenu impossible d'imaginer revenir en arrière. Au mieux, on pouvait la ralentir partiellement mais le mal était profond. Irréversible. Les hommes furent incapables de préserver leur si magnifique planète et ils allaient en payer le prix.

La Brume apparut au même moment dans plusieurs grandes capitales. Les gens comprirent assez vite qu'il ne s'agissait pas d'un vulgaire brouillard. Blanchâtre, la Brume avançait lentement, épaisse et opaque, silencieuse et inodore. Telle une coulée de lave, rien ne semblait pouvoir l'arrêter. Elle s'étalait recouvrant les grands boulevards, les places et les avenues. Elle s'introduisait partout, dans les métros, les parkings souterrains, les caves, les magasins. Mais ce qui effraya le plus les gens fut que la Brume dévorait et digérait ses victimes. On envoya des drones qui analysèrent la composition chimique de ce brouillard maléfique et le résultat fut sans appel : extrêmement toxique et hautement acide. Tout contact provoquait la mort et une décomposition immédiate.
Une réaction typiquement humaine fut de pousser l’expérience en jetant différents animaux dans la Brume. Là encore le résultat fut stupéfiant. Seuls les humains semblaient sensibles aux effets mortels. Les animaux s'en sortait au pire avec quelques légères irritations.

La panique s'empara de la population. Le premier réflexe fut de se réfugier dans les étages supérieurs des immenses buildings. Très vite la situation dégénéra. Les appartements furent pris d'assaut avec une extrême brutalité. Il y eut des pillages et des émeutes se déclenchèrent dans les cages d'escaliers. Il y eut beaucoup de morts qu'on jeta par les fenêtres. Puis vint la famine. Le piège se refermait lentement mais sûrement.

Une minorité décida de prendre la direction des montagnes. La Brume ne semblait pas pouvoir s'élever. Cependant personne n'avait de certitude sur ce point. Lucius, un jeune agriculteur, faisait partie de cette minorité. Mais contrairement aux autres et n'ayant plus aucune famille, il préféra voyager seul. Il était sûr d'avoir pris la bonne décision. Les autres, qui se déplaçaient en groupes, furent victimes de gangs et de bandes armées. Ils furent dépouillés, battus et pour la grande majorité abattus comme des bêtes.

Lucius n'emporta que le strict minimum ainsi qu’une arme ayant appartenue à son défunt père. De plus, il savait se nourrir de ce que la nature lui offrait lorsqu'elle n’était pas polluée : fruits, plantes, fleurs et tubercules variés. Il choisit de gravir la montagne qui lui semblait être la plus haute. Après plusieurs heures de marche, il s'arrêta sur un promontoire et contempla avec effroi la grande plaine en contrebas entièrement recouverte par la Brume. Celle-ci commençait à lécher les premières pentes des montagnes.

Après trois jours d’ascension, harassé, Lucius atteignit enfin le sommet. Malgré cela, il s'était fait une raison : la mort était inéluctable. Il faisait très froid. Il alluma un feu et prépara ce qui devait être son ultime dîner. La Brume était proche. Il n'éprouvait plus la moindre peur. Il s’allongea et s’endormit.

Il fut réveillé par une étrange lueur. Il ouvrit de grands yeux ébahis : à quelques mètres au dessus de lui se trouvait un gigantesque vaisseau étincelant de milliers de lumières multicolores. Une trappe s'ouvrit et il fut aspiré sans pouvoir opposer la moindre résistance. Il eut juste le temps d'apercevoir la Brume vaincre à son tour le sommet et perdit connaissance. Le vaisseau s'envola dans la nuit à une vitesse vertigineuse.

Sur le pont principal du vaisseau deux créatures conversaient.
- Sauf votre respect, Commandeur, vous croyez encore à ces... humains ?
- Mon si fidèle ami, penses-tu que je t'obligerais à me suivre aux confins de la galaxie si je ne croyais pas en eux ? Ma mère et avant elle mon grand père, se sont battus afin d'aider certaines espèces à évoluer. Certes, je t'avoue que concernant les humains ce sera ma dernière tentative. Tous ces échecs m'ont épuisé !
- Les étoiles vous entendent.
Le Commandeur esquissa un sourire plein de lassitude et tapa une série de symboles indiquant une destination sur l'écran holographique.
- Pendant un instant, j'ai bien cru que vous alliez de nouveau leur offrir une de nos magnifiques planètes de niveau 10.
Le Commandeur s'esclaffa.
- Souhaites-tu que je me fasse encore malmener lors de la prochaine assemblée galactique ? Une planète de niveau 5 suffira et comblera leurs besoins.
- Je loue votre grande sagesse Monsieur.
- Sachent-ils en faire bon usage cette fois, soupira t'il. Va te reposer mon ami, quand à moi, je vais rendre visite à nos passagers.

La porte de la cabine se déverrouilla et s'ouvrit. Allongé sur sa couchette, Lucius se leva d'un bond. Le Commandeur entra et avança vers son hôte. Le jeune homme était pétrifié. Il observa longuement cette créature qui malgré ses presque trois mètres de haut, ressemblait beaucoup à un humain, mise à part un nez proéminent et de longues oreilles sur lesquelles retombaient de longs cheveux fluorescents. Ses yeux noirs n’empêchaient pas son visage d'exprimer une grande bonté.
- Qui êtes-vous ? demanda Lucius la voix tremblante.
- Je suis le Commandeur Sanaak. Je suis anthropologue.
- Qu'allez vous faire de moi ?
Le géant marqua une pause. La profondeur de son regard impressionna le jeune humain.
- Je vais t'offrir une seconde chance, déclara t'il d'une voix grave.

Après avoir traversé plusieurs trous de ver à une vitesse inouïe, l'imposant vaisseau approchait de sa destination. Le Commandeur contempla la petite planète aux reflets bleus avec une vive émotion. Il posa une main sur l'épaule de son lieutenant.
- Pose le vaisseau dans une région tempérée.
- Bien Monsieur.
Il ordonna ensuite à deux membres d'équipage d'aller préparer les « passagers ». Peu après, il rejoignit la zone de débarquement. Le jeune homme et une jeune femme étaient assis côte à côte. Ils semblaient inquiets. Ils étaient vêtus de combinaisons blanches légères. On leur avait fourni deux sacs remplis de vivres, d’eau et d'un nécessaire de soin. Lucius se leva et s'approcha du Commandeur.
- Qui est-elle et pourquoi ne parle t'elle pas le même langage que moi ?
- Elle ne vient pas du même monde que toi jeune humain. Mais vous apprendrez vite à vous comprendre. Il en va de vôtre survie.
- Vous ne restez pas avec nous ?
- Cela ne fait pas partie de ma mission mais je reviendrai peut être d'ici quelques millénaires rendre visite à vos descendants, dit-il adressant un discret clin d'œil au jeune homme.
Une large porte s'ouvrit et une passerelle se déplia jusque sur le sol. Lucius prit la jeune femme par la main et l'invita à le suivre. Elle tremblait et des larmes roulaient sur ses joues exsangues. Le Commandeur s'adressa à elle dans une langue que le jeune homme ne connaissait pas. Elle parut plus détendue. Une fois hors du vaisseau, ils échangèrent un signe de la main avec le géant Sanaak. La grande porte se referma et le vaisseau fila dans le ciel.

Lucius respira à plein poumon l'air vivifiant et parfumé. Il tourna la tête vers la jeune femme et lui offrit un magnifique sourire. Elle lui sourit à son tour et prit la direction d'un champs parsemé de fleurs multicolores et d'arbres fruitiers. Il sortit une petite barre vitaminée de son sac et se dépêcha de rejoindre celle qui serait bientôt sa compagne. Tout en marchant, il mit le petit rectangle sucré dans sa bouche et jeta l’emballage. Il ralentit le pas et observa le morceau d'aluminium froissé planer un instant avant de se poser dans l’herbe. Il hésita un bref instant puis haussa les épaules.
Plein d’insouciance, il courut vers sa nouvelle amie.

PRIX

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Oliv Yeah · il y a
Merci Richard !
Ca me touche beaucoup après l'essentiel pour moi et de pouvoir m'exercer et même si ça ne plaisait qu'à une personne ce serait déjà une belle récompense. Même pour certains ouvrages édités à grande échelle, on se pose parfois des questions sur la qualité...

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Loodmer · il y a
Et rebelote
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Jenny Guillaume · il y a
La chute est bien trouvée et donne de la profondeur à l'ensemble du texte. Le deuxième paragraphe "tout le monde savait.." a ralenti ma lecture, je ne saurai vous dire exactement pourquoi... à mon avis, on pourrait s'en passer :) Bonne année à vous !
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Oliv Yeah · il y a
Merci beaucoup Jenny pour cette critique constructive... Et meilleurs vœux également !
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Richard Laurence · il y a
Un très beau texte !
Si vous souhaitez un commentaire précis et argumenté, n'hésitez pas à demander (en précisant bien "avec" ou "sans" critique) et, de même, ne vous gênez pas pour venir commenter, critiquer ou même détester ma "Frontière de brumes"...
Tous mes vœux pour cette nouvelle année !

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Oliv Yeah · il y a
Tous mes voeux également et allons jeter un oeil à cette frontière de brumes
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Francine Lambert · il y a
Une histoire très joliment contée dont la chute ne manque pas de faire réfléchir sur la nature humaine. J'ai aimé votre style fluide qui rend la lecture agréable et l'atmosphère que vous avez su créer dans ce récit. Au plaisir Oliv Yeah !
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Oliv Yeah · il y a
Merci Francine je suis touché !
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Marie · il y a
Je ne suis pas fan de SF mais là j’ai apprécié. D’ailleurs le début est à peine de la SF ! Quant à la fin, elle souligne avec éclat combien l’humain est inéducable.
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Oliv Yeah · il y a
Oui l'humain peut etre aussi brillant que tragique...
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Keith Simmonds · il y a
Une belle histoire bien conçue et bien exprimée, mais inquiétante ! Mes votes ! Une invitation à partir en voyage sur ma “Croisière” si vous ne craignez pas la brume en mer ! Merci d’avance et bonne année !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/croisiere-2

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Oliv Yeah · il y a
Merci Keith, mes votes'en retour pour votre croisière tout aussi étrange !
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Keith Simmonds · il y a
Bonjour Oliv ! Vous avez voté une première fois pour “Croisière” qui est en FINALE pour le Prix Imaginarius 2017. Je vous invite à le soutenir de nouveau si vous l’aimez toujours. Merci d’avance et bonne journée!
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/croisiere-2

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Keith Simmonds · il y a
Un grand merci, Oliv Yeah !
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Yann Olivier · il y a
J'aime. Je vote.
Je suis aussi en compétition :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ainsi-soit-il-2

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Béatrice Gloda · il y a
Désespérant l'homo sapiens quand même....... !
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Abigail · il y a
Non, mais non! Quel idiot ce Lucius!
Bravo pour ce texte bien amené.

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Oliv Yeah · il y a
haha, merci Abigail !
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