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Fin de travaux

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Hervé

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– Comment ça, t’en as marre ? Marre de quoi ? demande Agis qui ne comprend rien à ce que lui raconte son ami Hercule.
– Marre. C’est quand même pas compliqué à comprendre ? J’en ai marre qu’on me prenne pour une brute sanguinaire. Marre que les hommes me jalouse. Marre que les filles ne me voient que comme une bête de sexe ! Marre qu’on m’envoie sauver Thèbes toutes les cinq minutes. J’en ai maaare je te dis ! ! !
– Je te comprend pas. Comment peut-on en avoir assez d’être un demi dieu ? Tu es l’homme le plus craint et le plus envié du monde, c’est génial !
– Je viens de te le dire, crétin ! s’emporte Hercule, tu m’écoutes quand je parle ?
– Mais bon sang, tu as une vie de rêve ! Le respect, la gloire, les femmes... qu’est-ce que tu veux de plus ?
– La paix ! Je veux qu’on me foute la paix. voilà ce que je veux. Et qu’on arrête de me faire chier à sauver le monde ou réaliser des exploits débiles. Une vie de rêve tu dis ? Ça se voit que c’est pas toi qui te cogne les travaux ! J’ai passé toute l’année dernière à poursuivre cette putain de biche de Cérynie ! Un an je lui ai couru après ! Ça te parle, un an ? Tout ça pour quoi ? Pour que sitôt rentré, Eurysthée me renvoie direct, tuer les oiseaux du lac de Stymphale ! Moi je veux pas tuer d’oiseaux ! J’adooore les oiseaux ! capice ?
– Oui je comprends. Mais c’est l’oracle qui l’a dit, tu dois le faire. C’est ton boulot.
– Mon boulot ? Et ben tu sais quoi ? Je démissionne.
– Mais tu peux pas faire ça, t’es Hercule, fils de Zeus !
– Ouais, alors lui, tu le laisses où il est d’accord ? T’es au courant qu’il a chopé ma mère en se faisant passer pour son mari, parti à la guerre contre les Taphiens ? Alors me saoule pas avec un enfoiré pareil.
– Ouais bon... En tout cas il vaut quand même mieux être le fils de Zeus, que celui du crevard du coin.
– Mouais, admettons...
– Et ça t’as pris comme ça ! relance Agis. Un matin tu t’es levé et tu t’es dit : Je ne veux plus réaliser d’exploits, plus être l’idole de tout un peuple ?
– Pas du tout ! La vérité c’est que moi j’ai jamais voulu ça. J’avais rien demandé. C’est l’aut’ con qui m’a obligé !
– L’aut’ con ?
– Ben Zeus, mon père.
– Ah oui pardon.
– Il m’a refilé entre les mains des plus grands guerriers du royaume. Et vas-y pour le maniement d’armes, et pour la conduite de char, le tir à l’arc... J’étais un enfant, je ne savais pas. Je voulais faire plaisir, mais j’ai jamais aimé ça. Moi je voulais simplement être comme tout le monde.
– Ah ben là c’est raté, c’est sûr ! ironise Agis
– Tu sais quoi ? Moi ce que je voudrai, c’est être décorateur. Agencer les belles villas du bord de mer. Choisir les tissus, les soieries, dessiner des espaces, chiner les meubles sur les marchés...
– Mais qu’est-ce qui t’arrive Hercule, t’as pété un essieu ? s’exclame Agis sidéré. Qu’est-ce que tu racontes ? Décorateur ? Et pourquoi pas coiffeur tant que t’y es ? T’as viré ta cuti ou quoi ? D’ailleurs qu’est-ce que c’est que cette nouvelle dégaine ? Ton chiton est beaucoup trop long. Tu t’habilles comme une gonzesse maintenant ?
– Je ne m’habille pas comme une gonzesse, je m’habille comme j’aime, c’est différent. Depuis ma naissance, j’ai fait ce qu’on m’a dit et j’ai été ce qu’on a voulu que je sois. Aujourd’hui je ne veux plus de cette vie là. Je veux être moi-même et vivre comme je l’entends. M’habiller comme j’aime et faire ce qui me fait plaisir à moi. Tu comprends ? Tu es mon ami, tu devrais te réjouir pour moi.
– Je me réjouis pour toi Hercule. Si c’est la vie que tu veux, je suis à fond derrière toi. Enfin... je veux dire... avec toi. En fait, ça ne m’étonne pas tant que ça, continue Agis l’air pensif.
– Ah bon ? Tu avais deviné que j’étais...
– Du bâtiment ? Non pas du tout. Par contre mon pote Lucius, il t’avait repéré direct.
– Lucius ? Connais pas.
– Mais si, celui qui bosse dans les arènes ! Et ben il m’a dit que les mecs bien baraqués, avec des gros bras et des muscles partout, c’étaient tous des tafioles !
– Ah bon ?
– Il est catégorique. Tu me diras, il est bien placé le Lucius. C’est lui qui donne à bouffer aux gladiateurs, alors des baraqués, je te prie de croire qu’il en voit quelques-uns. Et il m’a dit que... quand ils sont pas en train de se foutre sur la gueule, ils font pas que jouer aux osselets les gars ! Si tu vois ce que je veux dire...
– C’est con que tu me dises ça que maintenant, répond Hercule soudain rêveur, parce des mecs avec des muscles partout, j’en ai croisé un paquet. Puis redevenant sérieux : Enfin bref, c’était pas le sujet. Ce que je veux dire, c’est que je ne veux plus me battre contre personne. Que Zeus et les grecs se trouvent un autre héros. Moi je veux vivre ma vie et non plus vivre celle que Zeus m’a assignée. C’est décidé, dès demain, je m’installe comme décorateur.
– Je ne suis pas certain qu’à Thèbes tu sois très crédible en décorateur. Ici tout le monde te connaît et connaît tes exploits. A ta place j’irai plutôt m’installer dans un coin où personne sais qui je suis. En Phénicie ou mieux, en Gaule ! Là-bas ils habitent dans des cahutes en torchis, tu pourras leur apprendre ce qu’est une maison moderne. En plus ils sont fringués comme des clodos, avec leurs braies et leur tresses, on dirait des tafio... Enfin... ils ressemblent à rien quoi ! Tu ferais un malheur, j’te jure.
– C’est une excellente idée Agis. Après tout, nul n’est prophète en son pays. Et puis tu as raison, m’éloigner d’ici, ne peut m’être que profitable. J’ai déjà soixante deux enfants, dont cinquante rien qu’à Thespies, je te dis pas ce qu’il m’en coûte. Personne n’ira me chercher en Gaule, pas plus Zeus que mes épouses. Tu es un génie Agis, va pour la Gaule !
– Tu iras avec ta deux chevaux ?
– Oui. Enfin... non. Je n’ai pas encore eu le temps de t’en parler mais je viens d’acheter le dernier modèle, une quatre chevaux. Un attelage de folie, je te raconte pas, c’est une bombe !
– Et bien tu vas me le faire essayer!
– Dis-moi Agis, avant que je ne parte, tu crois que ton Lucius pourrait me présenter à ses potes gladiateurs ?

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