Fille d'étoile

il y a
3 min
154
lectures
17
Qualifié
Image de Très très courts
La petite Lucie avait toujours voulu être une héroïne. Lucie détestait vraiment qu’on l’appelle « la petite Lucie » mais après tout, à neuf ans, elle ne faisait qu’un mètre quatorze, ce qui n’était pas énorme – à l’école, elle était parmi les plus petites de sa classe. Cela avait des avantages, bien sûr ; elle se faisait chouchouter, on lui donnait des bonbons et on la câlinait. Mais Lucie voulait être grande, et forte, et voyait sa taille comme un sacré handicap. Elle lisait beaucoup, ce qui lui permettait de rêver à des aventures toutes plus merveilleuses les unes que les autres. Un jour elle était sorcière, prête à enfourcher un balai magique ou à se battre contre un serpent géant. Le lendemain la voilà embarquée dans un autre monde en passant par la penderie de sa mère. Une autre fois encore, elle inventait une potion merveilleuse qui guérissait toutes les maladies de la planète. Mais malgré tous ses efforts et tous ses espoirs, Lucie attendait toujours que lui arrive cette aventure fantastique dont elle rêvait. La seule chose qui la rendait un peu différente des autres était la tache de naissance qu'elle avait derrière le genou et qui ressemblait vaguement à une étoile.

Lucie faisait de la gymnastique, dans le club de sa ville. Elle était l'une des plus fortes du groupe – mais tenant cette information de son papa en personne, elle n'était pas sûre de pouvoir lui faire confiance pour dire toujours la vérité.

Cependant, un jour, Lucie participa à une compétition à quelques kilomètres de sa ville. Elle rata sa prestation sur la poutre ; enfin, « rater » est un bien grand mot, elle avait juste un peu vacillé après son salto. Après la poutre, elle travailla le trapèze, et réussit avec brio. Ses parents applaudissaient à tout rompre, il y avait même un membre du jury debout pour la féliciter. Mais Lucie ne prit que la deuxième place de la compétition, derrière une fille de son groupe qui était plus grande et à ses yeux, plus gracieuse.

Alors qu'elle était sur le point de rejoindre les vestiaires, Lucie entendit quelqu'un l'appeler.

Psssst ! Petite étoile !

Elle se retourna, intriguée, et aperçut une tête qui passait par l’entrebâillement d'une porte.

Viens là, l'appela le garçon, qui avait des grosses joues rouges et une salopette rayée.

Lucie hésita. Ses parents lui avaient toujours dit de ne pas parler aux inconnus. Mais le garçon n'avait pas l'air méchant, en réalité on n'aurait même pas dit un garçon, plutôt un mélange entre un clown et un personnage de dessin animé.

Alors elle se décida à aller le voir. Il y avait beaucoup de monde dans le couloir, elle n'aurait qu'à crier en cas de problème. Lucie savait crier vraiment très, très fort.

Il y avait une autre personne dans la pièce ; une dame toute, toute petite, encore plus petite que Lucie, et celle-ci se sentit alors très contente de voir qu'elle était plus grande que quelqu'un. C'était une naine et elle était très jolie, avec des grands yeux bien maquillés et une robe rose bonbon.

Malgré tout, c'était une drôle de tenue pour venir assister à une compétition de gymnastique.

Qui êtes-vous ?

Je m'appelle Paolina, et voici mon ami Tobi. Nous faisons partie de la troupe Estrella.

Qu'est-ce que c'est ? Demanda Lucie, qui ne voyait pas du tout ce que ces gens lui voulaient.

Une troupe de cirque un peu... particulière, répondit Tobi, tandis que Paolina acquiesçait en hochant vigoureusement la tête. Nous sommes des enfants d'étoiles.

Des enfants d'étoiles ?

Il y a des millions d'années, neuf étoiles se sont éteintes dans le ciel, mais avant cela, elles ont envoyé des particules sur la terre, qui se sont cachées pendant quelques temps. Le jour de notre naissance, nous avons chacun été marqué par une de ces particules d'étoiles, qui a alors disparu.

Elles sont ici, maintenant, ajouta Paolina en posant la main au niveau de son cœur.

Lucie fronça les sourcils. Elle commençait à se demander si tout ça n'était pas qu'une immense plaisanterie qu'on lui faisait.

Pourquoi je vous croirais ?

Parce que toi aussi, tu fais partie de cette troupe, maintenant.

Lucie n'en revenait pas.

C'est n'importe quoi ! Je n'ai jamais fait de cirque, et je ne suis même pas la plus forte en gym, c'est Julie qui a gagné aujourd'hui.

Nous ne te parlons pas de ça. Regarde.

Tobi releva la manche de son pull et lui montra une tache qu'il avait au creux du coude. Paolina releva ses cheveux : elle avait la même sur la nuque, près de l'oreille gauche.

Tu n'as jamais vu cette marque, Lucie ?

Si, si, j'ai... J'ai la même derrière le genou, marmonna la petite fille, hébétée.

Tu vois ? Tu es comme nous, exactement comme nous. Tu es une fille d'étoiles. Tu fais partie de la troupe.

Mais, et mes parents ? Je suis une enfant, je vais encore à l'école, et je ne sais rien faire d'autre que de la gymnastique.

Ne t'en fais pas, tu apprendras. Paolina est magicienne, et moi je dresse toutes sortes d'animaux. Il y a aussi un jongleur, un clown, et d'autres artistes. Il ne manque que toi.

Nous sommes un cirque comme les autres, mais nous avons un pouvoir supplémentaire ; celui d'apporter le bonheur, l'amour et la tolérance dans la vie des gens. Nous les apaisons.

Lucie se pinça discrètement. Elle croyait rêver. Jamais, ô grand jamais, elle n'avait imaginé vivre CE genre d'aventures. Une fille d'étoiles ? Et puis quoi encore ? Elle avait ses parents, et elle ne pouvait pas les laisser.

Et mon père, ma mère ?

Ils viendront avec nous. Nous faisons le tour du pays, et ensuite nous partirons dans le monde, maintenant que notre troupe est au complet.

Je ne suis pas très sûre...

Allons, petite étoile... Vas-tu vraiment laisser l'aventure de ta vie s'envoler ?

Tobi avait visé juste. Lucie mourait d'envie de les suivre, de voir ce que ça faisait, de rejoindre un cirque d'étoiles. C'était la chance de sa vie.

Le seul problème, cela allait être d'annoncer à ses parents qu'ils devaient vendre la maison et vivre dans une roulotte. Mais n'était-elle pas une fille d'étoile ? Les sourires de Tobi et Paolina l'aideraient sûrement à convaincre sa famille.

- Je viens avec vous.
17

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,