Fille au ruban dans les cheveux

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Écrivaine à temps partiel qui partage un peu de ses modestes créations par ici ! Certains textes ont été écrits sur d'anciens blogs que je tenais et republiés ici par la suite  [+]

New York, été 1965

Assis sur un banc en plein cœur de Central Park, je repense au désastre d’hier soir. Cette fille, ce pub, moi. Une bière, puis deux, puis trois, puis encore une, et encore... Je me souviens de tout ou presque, malheureusement. La phrase de trop, les allusions et invitations coquines complètement déplacées, bref, un fiasco complet.

Will est là, à côté de moi, les lunettes sur le nez, avec cet air déconfit qu’il a toujours les lendemains de fêtes trop arrosées. Il tient mieux l’alcool que moi, c’est une certitude, mais la mine qu’il affiche systématiquement le jour d’après ne laisse aucun doute quant à ses occupations de la veille.

Nous sommes là, tous les deux, le regard dans le vague, prenant l’air, échappant ainsi à la chaleur étouffante de notre appartement sur la 72ème. De toute façon, je ne supporte pas cet endroit, sorte de symbole éclatant de la culpabilité paternelle. Il m’en fit cadeau pour mes 21 ans comme pour s’excuser de ses absences ou me remercier d’avoir été pendant si longtemps son alibi lors de ses rencontres extra-conjugales. J’hésite encore... Enfin, comme dirait Will « Pauvre petit fils à papa ! ». Et il n’a pas vraiment tort au fond...

Des rires derrière nous me sortent de mes pensées. Pourquoi les gens se sentent-ils obligés de crier au monde leur bonheur alors qu’une sorte d’infâme marteau piqueur est en train de faire son œuvre dans ma tête ? De l’aspirine, pitié !

Des rires encore. Je finis par me retourner.

Cette fille, ce ruban, ses yeux. Je ne vois qu’elle au milieu de cet attroupement de jeunes demoiselles en fleurs, Elle ne rit pas. Elle semble ne pas être vraiment là, avec ces autres. Elle rêve sans doute. Ou divague peut être. Repense t-elle elle aussi à sa soirée d’hier ou n’arrive-t-elle pas justement à s’en souvenir ? Trouve-t-elle ses amies agaçantes avec leurs gloussements intempestifs ? Elle ne pense peut être à rien en fait, bloquant simplement sur ce grand saule, là, à quelques mètres ? Et si elle était triste ? Pourquoi ? Quelqu’un l’aurait-il blessé ?

La seule chose dont je suis sûr à cet instant c’est qu’il ne m’a jamais été donné de voir une fille aussi envoûtante de toute ma vie. Je suis sous le charme, je ne maîtrise plus rien, je ne me l’explique absolument pas. Je n’arrive pas à décrocher mon regard de ce visage aux traits si parfaits, de cette bouche si délicatement dessiné. Et pourtant, je n’ai à l’instant même qu’une seule envie, qu’une seule idée en tête : m’approcher d’elle, lui prendre la main, lui demander ce qui ne va pas, ce qui semble monopoliser son être tout entier. Non, je ne lui dirais pas toutes les inepties que j’ai pu dire à cette belle rousse au pub. D’ailleurs elle me semble maintenant si insignifiante. Alors qu’elle...

Ce n’est pourtant pas mon genre, j’ai toujours préféré les brunes ténébreuses aux blondes platine qui se la jouent « Marilyn ». Mais elle a ce « je ne sais quoi » qui la rend à la fois intouchable et si fragile. J’ai ce besoin fou de la rejoindre pour la protéger.

Elle sort alors un instant de ses divagations, ses yeux semblent reprendre vie. Elle esquisse un sourire à cette amie un peu boulote à côté d’elle. Elle pose sa main sur son épaule comme pour apporter son approbation quant à la discussion en cours.

Puis, elle me regarde, cette fille, ce ruban, ses yeux. Un regard que je ne saurais interpréter. Pourtant, à partir de cet instant, je sais que plus jamais personne d’autre ne pourra prendre sa place. Je serai là pour elle, je ne sais pas comment, ni pourquoi, je le sais, c’est tout.

(texte librement inspiré de « Girl with hair Ribbon » ou « Fille au ruban dans les cheveux » de Roy Lichtenstein)
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