Fièvre d'un soir

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Auteur du blog https://leschroniquesduridic.wordpress.com/ je souhaite partager avec vous ma passion des formats courts. Pour le meilleur... et pour le rire. Bonne lecture à tous  [+]

Le cul posé sur une chaise en rotin aux tresses esseulées, mes yeux admirent les quatre murs de cet antre exigu. Posté à l’entrée, un ersatz de Cassius Clay avait exigé que je patiente. Ce à quoi j’avais répondu par un large sourire narquois, qui le mit dans tous ses états.
De l’autre coté du tiroir teinté, j’étais observé.

Tandis qu’une caméra enregistrait, une voix me somme tout à coup de décliner mon identité. Pas farouche mais d’humeur taquine, j’assène un « mon nom est Personne, abrutis de Polyphème » à mes geôliers invisibles.
Je soupçonne alors leur flegme qui se mue en hilarité quasi incontrôlable.
Un type aux allures de dandy bureaucrate s’empresse d’ouvrir la porte avec une indiscutable véhémence. Visiblement, mon humour ravageur n’a pas fait mouche. Rabat-joie.
Balançant un dossier sur la table métallique, il m’explique je suis soupçonné de « violences en bande organisée, vol et recel de pierres semi-précieuses ». Avec un ton épris de mépris à mon égard, il ajoute que « le leader de la bande porte d’innombrables bracelets aux perles colorées et plusieurs pendentifs ». Des signes distinctifs qui ont permis de m’identifier, et de ce fait, m’appréhender.

Hagard l’espace d’un pas grand-chose face à cette invraisemblable aberration, je me ressaisis. Le buste dressé, j’entame un chant frénétique aux sons insaisissables en guise de contestation. Comme pour conjurer le mauvais sort.
Il aurait été inutile d’insister pour obtenir des explications de ma part.
Car si je suis piqué au vif, trois réponses s’offrent à moi. La dénégation par dérision, l’accès de rage intense ou le néant du silence. J’ai opté pour la première option. Je suis perdu.
Alors que je pensais avoir atteint le paroxysme de l’absurde, une étape supplémentaire me prouve le contraire. L’investigateur, saisi de bougeotte aiguë, entame un twist endiablé, bientôt suivi d’autres hommes vêtus de noirs qui entrent dans la salle d’interrogatoire.
Comme si ce joyeux bordel était tout à fait normal, je prends part aux festivités.
Transmués en unité du n’importe quoi, nous gesticulons comme des pantins désarticulés. Dans un rythme effréné, mes jambes frétillent. Et mon cœur... danse.

Pris d’un sursaut, le front chaud et les cheveux humides, je me réveille. Cloué au lit, je prends conscience que ce scénario rocambolesque était une résultante de ma température corporelle élevée. Mon bon sens se révèle rassuré. Ma soif insouciante de bouffonneries infantiles, elle, reste sur sa fin.
En fermant les yeux, j’entends encore les semelles qui claquent de pas endiablés. Debout sur la table, j’endosse le rôle de Travolta le temps d’une fièvre d’un soir.
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