2
min

Solidarité 5 étoiles

Image de XOFF

XOFF

2 lectures

0

Con, finement, c'est un exploit, un désir, une tentative. Un espoir.
Comme de s’émouvoir d’un rien. Encore.
Ou de pouvoir rêver.
« Quand le monde entier mon pays traversent une crise sanitaire d’une telle ampleur, chacun doit en prendre sa part. C’est tout. »Le directeur de l’Hôtel Intercontinental de Marseille a le triomphe sobre et modeste. D’ailleurs, il ne ‘triomphe » pas à proprement parler. Le regard posé au-delà des îles du Frioul, au large de la ville, il ajoute : « Certains de mes amis soignants et travailleurs sociaux – car j’ai des amis dans tous les milieux, voyez-vous... - m’ont prévenu de la saturation des capacités d’hébergements des sans-abris de ma ville, je n’ai pas vu d’autre moyen d’aider et de prendre mes responsabilités de citoyen. »
Avec ses talents de manager chevronné, il remobilise ses équipes en quelques heures à peine. Toute le monde est sur le pont. Les cuisines servaient déjà 100 repas/jour à la Clinique (privée) Bouchard : ne restait qu’à ouvrir les chambres, toutes vacantes. Équipées d’un ou plusieurs lits, les voici ouvrant leurs portes aux SDF phocéens, dont certains en famille. Ceux-ci, conscients du standing inouï dans lequel ils étaient accueillis, montraient des égards dont l’homme de la rue (!) ne les aurait peut-être pas cru capables. À n’en pas douter, certains dont la vie est totalement inconnue aux personnes qui les accompagnent au quotidien, avaient, voilà longtemps, reçu la meilleure éducation !
Les chiens eux-mêmes, dont leurs maîtres n’auraient su se séparer, partageaient par paires (au moins) les suites plus spacieuses. Pour s’assurer de la plus parfaite cohabitation, un temps avait été donné aux canidés pour qu’ils puissent faire connaissance sur les pelouses en contrebas de la spacieuse terrasse de la brasserie.
Confinement oblige, le respect le plus strict des précautions sanitaires dues au contexte est partout de rigueur, épousant naturellement l’architecture du palace, qui renoue ainsi avec sa vocation première. Aucun marseillais n’ignore en effet que demeure sous le maquillage hôtelier la majestueuse silhouette de l’Hôtel-Dieu érigé en 1753. Ses hauts plafonds, ses larges escaliers et l’ample volume de tous les espaces communs, abondamment aérés et baignés de soleil font merveille en la circonstance. Jusqu’aux restaurants de la maison, reconvertis en salles à manger communes... les commensaux restant éloignés d’un mètre au moins : il y a suffisamment de place pour ne prendre aucun risque.
Si toutes les équipes n’étaient pas convaincues de la validité de l’expérience voilà quelques jours à peine, tous les personnels arborent sous leurs masques distribués par le Gouvernement un sourire du bonheur du travail retrouvé et du devoir accompli. « Fréquenter toutes ces personnes si correctes envers nous, si reconnaissantes de ce que nous faisons pour elles, aura sans doute été pour moi l’expérience la plus forte de toute cette période. Ça aura changé ma vie, c’est sûr » nous glisse même Violette, femme de chambre au deuxième étage.
Au plan purement commercial, les factures sont réglées rubis sur l’ongle par les Collectivités Locales, nous assure-t-on de source autorisée. Cerise sur le gâteau, la large publicité (gratuite) octroyée à l’hôtel est la plus opérante de l’histoire du groupe international.
L’audace récompensée pourrait même faire des émules...
Je me suis réveillé d’une bonne sieste. J’avais bien dormi et rêvé.
C’est déjà ça. C’est déjà ça...
Con, finement vôtre.
0

Vous aimerez aussi !

Du même thème

TRÈS TRÈS COURTS

160 kilos. Au bas mot. La balance à bestiaux n'est pas d'une haute précision. Pour l'heure, elle se repose. Je vois ses ventres remuer sous la poussée de sa respiration aillée. Ses paupières...

Du même thème