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Fausse Alerte

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En compétition

Suis-je dans le noir ou ai-je les yeux fermés ? Peut-être les deux, car, à chaque fois que je prenne l’avion, au cœur d’une zone de turbulence, j’ai toujours du mal à rimer ces deux-là : noir et yeux fermés. En parlant d’avion, je déteste voler. Je suis un humain de la terre ferme. Point barre. Si ce n’était pour me rendre d’urgence aux funérailles de mon frère, Menzel Joseph, jamais je n’aurais pris ce satané d’avion. Après tout, qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour sa famille !
« Calmez-vous Monsieur, tout va bien ! En cas de manque d’oxygène, prenez le masque au- dessus de vous », m’a rassuré la belle hôtesse de l’air avec un sourire plein d’épices. Dans ma panique intérieure, mes yeux l’ont pris pour Marilyne Monroe : Dieu seul sait ce que ma pensée perverse a fait d’elle. À côté de moi, il y avait une femme ordinaire dans les quarantaines tenant un bébé entre ses mains fermes et qui n’a rien dit depuis tout à l’heure. Elle m’a rappelé cet article que j’ai lu dans le Journal haïtien « le Nouvelliste » ce matin; expliquant ainsi que les femmes sont mieux placées pour garder leur sang-froid et cela même dans l’œil des plus grandes catastrophes chauffées à blanc.
« Un peu de thé chaud, Monsieur ? Cela vous aidera à vous calmer », affirma l’hôtesse de l’air voyant ainsi mon agitation précaire comme si j’avais une sorte de démangeaison. Avec un oui de la tête, j’ai acquiescé immédiat son offre. En essayant de prendre mollement la tasse blanche, la manche m’a échappé des mains et s’est renversée sur le bébé de la femme, assise à côté de moi. Panique. Fureur. Peur bleue.
« Mais quel idiot que je suis, merde ! Je suis sincèrement désolé, Madame ! Vite un médecin....Vite ! Vite ! »
—Mais...non ! non...ne vous inquiétez surtout pas ! Il n’y a pas de mal. Rassurez-vous, lança-t-elle, mon bébé va bien. C’est tout ce qui compte. Allez...ne faisons pas tout un plat pour un tout petit accident, Monsieur !
—Vous en êtes sûre, Madame ? Questionna l’hôtesse d’une voix contrariée. On pouvait lire le dégoût que mon geste démesuré a fait glisser sur son beau visage.
—Oui, enfin, acquiesça-t-elle promptement. Alors du coup, je n’ai pas pris le thé. Elle n’a pas vu un médecin pour son bébé que j’ai failli....bref. Durant tout le vol à destination de Chili, je me suis senti coupable. Il y avait une petite boule d’amertume qui n’arrêtait pas de bondir dans mon for intérieur. Alors j’ai tenté une approche pour amortir le gêne:
« Euh....vous...vous appelez comment déjà...Madame? » lui demandai-je timidement

Silence candide.

—Euh...madame ?
Elle se retourna la tête en ma direction avec regard foudroyant pour ainsi cracher sa colère sur mon visage :
—Mêlez-vous de vos affaires, espèce d’idiot!

Un long silence.

L’avion a atterrit dans les environs de huit heures du soir. Depuis mon arrivée à l’aéroport, des policiers se sont mis à me regarder de loin et, en les voyant se rapprocher de la ligne de débarquement dont je me situais, j’ai eu une soudaine envie de fuir. Mais mes deux jambes étaient trop responsables pour fléchir devant le devoir d’un homme. Alors je n’ai pas bougé d’un pouce. J’ai fermé les yeux un instant pour accueillir dans le noir ce qui allait m’arriver et là...plus rien. Les agents se sont dirigés de préférence vers la femme en question qui était assise à côté de moi, avec son bébé entre ses mains bien fermes. Le temps de voir où les flics l’emmenaient, Marie Camelle, ma chère cousine, était déjà là avec sa voix d’orage; capable de réveiller même un mort. Le lendemain de cette mésaventure, assis dans mon fauteuil devant la télé, je me suis senti encore ronger par l’incident. Assis, seul devant les images en HDMI qui se défilaient dans le journal de 20 heures, j’ai augmenté le volume juste avant que le journaliste ait déclaré foncièrement :
« La brigade d’intervention de la Police Chilienne a arrêté hier soir une femme âgée de quarante sept ans avec son bébé. Selon les déclarations du directeur de la Police, Monsieur Rodriguez Carmelito Vesta, le bébé en question était mort depuis plus de cinq semaines et la femme l’avait embourré avec de la cocaïne pour traverser les frontières sans se faire prendre... »

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Fodé Camara · il y a
Bravo ! J'ai adoré vous lire. Vous avez mes 5 voix.
Je vous invite à découvrir mon texte et le soutenir si vous avez le temps 👇👇
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lerrance-spirituelle-1

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Eric diokel Ngom · il y a
C'est juste magnifique . Ton style est particulier. Tu a l'envie tu a les voix. Pour me soutenir voici le lienhttps://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/au-commencement-etait-lamour-2
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Lucia Pierrepaul · il y a
Je t'aime mon fils
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Staellalovelie Dantilus · il y a
Waww. Bon travail Ar
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Jeannette Pierre Louis · il y a
Congratulations
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Lamercie Maximin · il y a
Bon travail
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Ozias Eleke · il y a
Belle plume Ar. Vous avez mes voix. Votez aussi pour mon texte https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/homme-tas-le-bonjour-dalfred
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Valgo Jean · il y a
La chute est intéressante. J'aimerais lire un triller inspiré de cette nouvelle. Genre la façon dont le bébé est mort, sûrement macabre, n'est-ce-pas ?
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Love Christina Dachmyr Sabbat · il y a
Très beau texte. Toutes mes félicitations
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Suzenie Jean Mary · il y a
Toujours un plaisir🔥🦋💪❤️