Faits d'hiver

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"L'art lave nôtre Âme de la poussière du quotidien" Pablo Picasso  [+]

Image de Les 40 ans du RER
Image de Très très courts
C'était vendredi, j'avais dû traîner au bureau pour boucler 2, 3 dossiers avant de partir. Il était 20 h, il faisait froid, fatiguée de cette longue semaine je me hâtais de rentrer chez moi.
Clac clac faisait le bruit de mes talons aiguilles sur le pavé du métro parisien.
Il y avait beaucoup de monde, les gens allaient et venaient dans tous les sens. Glissant dans le flux des passants je m'engouffrai dans une rame du RER déjà bondée.
Les passagers ne se regardaient pas vraiment, chacun s'appliquait à porter un masque qui rendait le tableau impersonnel et froid.
Nous venions de démarrer quand de l'agitation se fit entendre à l'autre bout du wagon, on percevait des voix.
-... état... vol...
-... non...
Passé l'effet de surprise, les visages des passagers redevinrent impassibles.
C'est alors que je sentis une petite main se glisser dans la mienne, je baissai les yeux pour me noyer dans le regard le plus expressif qu'il m'ait été donné de voir.
Pas plus haute que 3 pommes, la fillette devait avoir 7 ou 8 ans. Ses grands yeux bruns me fixaient avec une telle intensité que je me sentis mal à l'aise. Les voix du fond parlaient plus fort, une tension presque palpable se dégageait à présent des lieux.
Des éclats de voix s'élevèrent puis plus rien. Je cherchai du regard d'où cela pouvait-il provenir tout en serrant un peu plus cette main rassurante.
Que se passait-il ? Prenant conscience de la scène je baissai à nouveau les yeux en essayant cette fois de dégager ma main de celle de la gamine mais celles-ci étaient comme rivées.
- Maman, laissa-t-elle échapper. Mon cœur s'accéléra, pourquoi cette gosse venait se coller à moi ? La panique commença à m'envahir, où était sa mère ?
Tu parles d'un vendredi soir pensais-je en soupirant, effarée à l'idée de devoir chercher la mère de cette petite.
Elle pressa un peu plus ma main et affirma en me fixant.
- Maman !
Ma tête se mit à tourner, c'était moi qu'elle appelait maman !
La femme qui se tenait en face de moi me jeta un regard suspicieux, je le soutins 3 secondes avant de tressaillir quand la gamine délaissa ma main pour refermer ses bras autour de ma taille.
Que faisait elle ? Un câlin !
Une envie presque irraisonnée de la repousser me saisit mais je n'en fis rien. Tétanisée, je sentais des regards me fixer, je sentais que l'instant était grave sans savoir dire pourquoi.

Le haut-parleur à la voix masculine annonça le prochain arrêt.
Du mouvement se fit entendre à l'autre bout du wagon, la rame s'arrêta, les gens commencèrent à descendre, la tension semblait s'évaporer. Je commençai moi aussi à avancer avec ce petit oiseau sous l'aile quand je la vis.

Encadrée par deux policiers une femme brune les mains liées dans le dos baissait la tête. Ils sortiraient avant nous.
La gosse frémit en me serrant un peu plus, machinalement je posai la main sur sa tête comme pour lui murmurer tout bas, ça va aller...
Ça va aller ! Mais pas du tout ! Comment pouvais-je faire un geste pareil !?
Le regard glacial d'un des policiers croisa le mien, un frisson me traversa le dos.
La main de la petite reprit sa place dans la mienne et nous descendirent.
Mon cœur battait la chamade, la scène finale de Midnight Express, à côté c'était du petit lait !

Les deux hommes rejoignirent un groupe sur le quai, il y avait des chiens.
Ils arrêtaient les gens sans papiers ou des trafiquants de drogue ou des terroristes ou... Mes pensées défilaient trop vite.
Je pressai le pas, tirant la gamine par la main baissant légèrement la tête lorsque nous passions devant eux. La gosse suivait s'était impressionnant, clac clac faisait mes talons, cela me rassurait de les savoirs là.

Une fois devant l'ascenseur je la regardai et lui demanda d'une voix basse.
- Comment t'appelles-tu ? C'est ta maman que la police a amenée ?
- je suis Éva, ma mère elle est morte, là-bas, rajouta-t-elle plus bas en montrant du menton le groupe de flics, c'est Irina elle m'a acheté l'autre fois.
Le ciel venait de me tomber sur la tête. Acheter ! Mes jambes avaient du mal à me maintenir debout. Ça existait donc, j'eus soudain l'impression d'être dans une de ces émissions glauques diffusées le soir à la télévision.
- Tu viens d'où ? Demandais-je d'une voix plus douce.
- De derrière les montagnes.
Mes doigts effleurèrent le contour délicat de son visage, c'était vague comme réponse. J'étais pensive, l'assistance publique peut-être ou la police, je ne savais vraiment pas comment gérer cette situation.
- Papiers... Juste derrière moi des gens se faisaient contrôler.
J'avais des bourdonnements dans les oreilles, la peur me tordait à nouveau le ventre.
- Contrôle d'identité, vos papiers.
Pendant que l'annonce classique dénonçant les pickpockets résonnait une voix ferme et féminine m'interpella.
- Madame, papiers s'il vous plaît !
Avec les mains tremblantes d'une coupable, je cherchais ma carte d'identité dans mon sac. Une fois celle-ci en main, je la lui tendis en répondant du bout des lèvres.
- Tenez.
Elle examina mes papiers puis tout en me les restituants elle poursuivit.
- C'est votre fille ? C'était incroyable mais la gamine me ressemblait, elle avait les cheveux châtains et le teint clair comme moi.
- Oui répondis-je d'une voix blanche, je n'ai pas ses papiers.
Elle nous fit un demi-sourire avant de conclure.
- Attention, il devient dangereux de ne pas avoir ses papiers. Ça ira pour cette fois mais pensez-y c'est important !
J'opinai d'un mouvement de tête faisant ainsi comprendre à mon interlocutrice que je retenais la leçon.
Elle poursuivit ses contrôles et moi je pus enfin respirer. Eva me regardait les yeux pleins de gratitude, je lui souris faiblement en lui disant.
- Allez, viens.

Les portes de l'ascenseur se refermèrent enfin, j'avais mon compte pour la soirée. Demain serait un autre jour, je prendrai la décision qui s'impose mais pour l'heure, je tenais ma fille par la main.
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Jenny Guillaume · il y a
J'aime bien votre texte et je trouve que vous n'en faites pas trop. Pour moi, le personnage principal est la femme et du coup je ne me suis pas du tout mise dans la peau de la fillette qui cherchait sa mère, les informations sur sa vie ne m'ont pas manqué. Effectivement, selon sa personnalité, on peut très vite se sentir "maman" :). Bravo et à bientôt
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Grenelle · il y a
L'histoire est sympathique, l'émotion un peu forcée. J'ai souvent l'impression en lisant vos textes qu'un personnage en cache un autre. Dans celui-ci on cherche la maman (c'est le contraire de d'habitude souvent ce sont les parents qui cherchent leurs enfants). On finit par en trouver une mais ce n'est pas la bonne. Alors où est la vérité ? La maman est-elle vraiment morte ou va-t-elle réapparaître au prochain chapitre ?
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> Mila < · il y a
Je ne sais pas où est la vérité, je ne sais pas où est sa mère, morte ou pas.. Ce qui est sûr c'est qu'elle ne sera plus jamais là. Les adultes lui ont dit qu'elle était morte et elle le croit et moi aussi du coup. :)
C'est justement ce qui m'intéressait d'exprimer dans cette histoire. Apres tout, pourquoi et comment tout savoir ? Une gosse perdue, avec comme seule attache cette femme malhonnête qui ne lui convient pas, elle sait qu'elle a été achetée..
Pourquoi ? Là aussi je ne sais pas vraiment, ce qui est sûr, c'est qu'elle est considérée comme un moyen à fort potentiel...
Dans mon idée, l'envie de vivre prime pour l'enfant. Elle profite de la situation, ose et tente sa chance car elle veut échapper à un réseau, prostitution, vol, drogue ... peu importe, son intuition et son espoir la pousse à choisir et à vouloir adopter ou se faire adopter par cette femme.
Concernant la pseudo maman qui ne vit que pour son travail et sa plante verte, je veux croire dans cette histoire en la générosité et aux liens du cœur. Tout est possible.
Voilà, j'espère avoir répondu à vos interrogations. Il me faut aller consulter... ^^

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Grenelle · il y a
Mes interrogations traduisaient plutôt mon ressenti. Je vais leur apporter mes propres réponses. Mais c'est ce qui fait le charme d'une œuvre, que chaque lecteur puisse la vivre différemment personnellement. Je crois que mes réponses étaient bien différentes des vôtres et je préfère les miennes puisque ce sont les miennes.
Demain dernier jour de la semaine.

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Petitpoizonrouge · il y a
beaucoup d'émotion, bravo
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Elena Moretto · il y a
j'aime beaucoup, mes 5 votes avec plaisir
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M. Iraje · il y a
Une belle émotion dans cette adoption forcée ...
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> Mila < · il y a
Merci à tous pour votre visite !
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Arlo G · il y a
Superbement bien réussi. Une petite fille très attachante dans une histoire peu banale. Vous avez les votes d'Arlo qui vous invite à découvrir son poème *sur un air de guitare* retenu pour le prix hiver catégorie poésie. Bonne chance à vous. http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/sur-un-air-de-guitare-1
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Keith Simmonds · il y a
Bravp pour cette histoire touchante ! Mes votes ! Mon “Gros père Noël” est en compétition pour le Grand Prix Hiver 2018. Une invitation à le lire et le soutenir si le cœur vous en dit ! Merci d’avance !
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Nualmel · il y a
Que faire en effet ? Merci pour votre histoire émouvante.
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Joëlle Brethes · il y a
Il s'en passe, des choses, dans le RER. Merci pour cette émouvante histoire !
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> Mila < · il y a
Merci beaucoup d'avoir pris le temps de me lire. Merci ^^