Fafnir le chien de l’Apocalypse

il y a
2 min
489
lectures
20
Qualifié
Image de Eté 2016
Fafnir était le dernier-né d’une portée de chiots, il était le plus petit et le plus chétif, mais il devint rapidement le plus grand et le plus fort. Alors que les autres tétaient encore leur mère, il ressentit le besoin de nourriture solide. Il dévora d’abord ses frères les uns après les autres, puis quand il n’eut plus de frères, il dévora ses parents.
Après avoir mangé ses frères et ses parents, il dévora les maîtres de la maison, puis il dévora les animaux domestiques. À mesure qu’il mangeait, il devenait de plus en plus grand, de plus en plus fort et son appétit croissait en proportion de sa taille.
Finalement, il avait tellement grandi qu’il ne tenait plus dans la maison, alors il sortit pour chercher de la nourriture.
Fafnir dévora tous les êtres vivants qui croisaient sa route, ce qui le fit grandir au point que sa tête atteignait le ciel. Son museau se trouvait sur l’orbite de la Lune et, quand elle fut à sa portée, il la dévora d’un seul coup de mâchoire. Comme il la trouva bonne, il remua la queue de satisfaction, chassant les étoiles du firmament comme de la poussière.
À un moment, il eut soif, il se désaltéra en lapant l’eau de l’Abîme qu’il vida en quelques coups de langue. Puis il eut besoin d’uriner, il leva la patte et se soulagea sur le soleil qui s’éteignit en crépitant.
Il eut besoin de déféquer, il s’accroupit et sortit des étrons qu’il projeta loin derrière lui avec ses pattes arrières, les dispersant sur toute la Terre, et leur pestilence empoisonna le sol et l’air.

Il n’y avait plus un seul être vivant, Fafnir les avait tous mangés.
Il n’y avait plus de Lune dans le ciel nocturne, Fafnir l’avait dévorée.
Les ténèbres régnaient, Fafnir avait éteint le soleil en urinant dessus.
Il n’y avait plus d’étoiles au firmament, Fafnir les avait dispersées en remuant la queue.
Il n’y avait plus d’eau dans l’Abîme, Fafnir l’avait engloutie.
La Terre était stérile et l’air empoisonné à cause des étrons de Fafnir.

Alors Fafnir eut sommeil, il tourna plusieurs fois sur lui-même, faisant trembler le sol à des milliers de lieues alentour, au point que les collines et les montagnes s'effondrèrent, il se coucha et s’endormit.
Il dormit mille ans, puis il grogna. Il dormit encore mille ans puis il agita ses pattes. Il dormit mille ans encore puis il poussa une plainte.
Fafnir dormit mille ans, et mille ans encore, et encore mille ans des milliers de fois, tantôt grognant, tantôt agitant les pattes, tantôt poussant des plaintes dans son sommeil, et durant tous ces millénaires, la vie renaquit sur la Terre.
L’air et le sol s’assainirent, des êtres vivants recommencèrent à s’ébattre, l’Abîme se remplit à nouveau et les rivières se remirent à couler et les océans à se remplir. Une nouvelle Lune était apparue dans le ciel nocturne, les étoiles avaient repris leurs places dans le firmament et le soleil se ralluma.
Pour la première fois depuis très, très longtemps, le jour se leva, la lumière éclaira la tête de Fafnir, s’immisça entre ses paupières et le réveilla. Il se redressa et se gratta l’oreille avec sa patte arrière, faisant trembler le sol et la voûte céleste, puis il se leva d’un bond et se mit à japper en tirant la langue. Il avait faim.

20

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Face-de-Rat

Cléo Breheret

« Ce matin, Camille a téléchargé l’appli... ». Face de Rat n’a pas le temps de compléter sa phrase. Sans domicile fixe, il lui arrive de noircir des feuillets pour satisfaire son... [+]