Face à la mer

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Le temps est calme, l’eau est pure.

Tel Narcisse, je peux admirer mon reflet en fixant le bleu ensorcelant de la mer. Les légères ondulations du remous marin provoquent une subtile déformation de mon visage comme si l’eau avait accès à mes pensées, jamais en paix. Je m’approche de toi puissant élément ! Force tranquille de la nature, approche-toi de moi ! Le bout de mon nez effleure maintenant l’image que tu me renvoie. Voilà que nous ne faisons qu’un !

A travers l’écho aquatique de mes yeux, tu m’offres un accès direct au plus profond de mon âme. Quelle bonté tu as de me les représenter purs. Eux qui sont emplis de la noirceur propre à ma condition, tu as la miséricorde de me montrer mieux que je ne le suis. J’en ai besoin, cela sera plus facile pour moi de me confesser. C’est pourquoi tu me vois ainsi recourbé sur ma barque tel un intru en plein milieu de ton territoire hostile.

Avant tout indomptable étendue d’eau, j’aimerais m’excuser au nom de tous mes semblables de souiller ainsi ta demeure. Nous ne te provoquons nullement, crois-moi quand je te dis que c’est plus de la bêtise que de la présomption. Si un moyen plus simple s’offrait à nous de nous débarrasser ainsi de ce que nous jugeons comme inutile, nous l’aurions fait depuis bien longtemps. Tiens, ne serait-ce pas l’étrange sensation d’être observé que je ressens soudainement ?

Majestueuse mer, j’aimerais aussi te demander pardon pour te priver ainsi de tant de tes enfants. Vois-tu sur la terre ferme, nous nous sommes auto-proclamés au même rang que le Créateur lui-même. Notre appétit et notre envie sont insatiables, il n’y a qu’en dévorant encore et encore ton peuple que l’écho de notre suffisance se calme temporairement. J’ai comme l’impression que le vent se met à souffler plus fort.

Sache que nous regrettons aussi de détruire le cycle naturel de ton écosystème avec nos constructions navales et nos exploitations pétrolières. Et nous avons aussi besoin de nous défendre, alors nous testons les armes que nous construisons nous-même et qui ont pour but de nous détruire nous-même. C’est pourquoi tes entrailles sont si souvent mises à l’épreuve, car elles peuvent l’encaisser. Tiens, il me semble que le temps se couvre et qu’une légère pluie tombe du ciel.

Une légère pluie ?
Par mes aïeux, c’est un véritable déluge qui s’abat sur moi si soudainement ! Et voilà que des colonnes d’eaux explosent tout autour de moi à présent, c’est comme si les abysses me crachaient à la figure. D’incommensurables vagues se déchainent tout autour de moi. Ma barque s’est faite balayer et me voilà maintenant en train de tenter vainement de me maintenait à la surface. Mes cris de détresse sont couverts par la symphonie funèbre des monstres marins qui m’entourent. Je sens sur mes jambes la froideur de leurs souffles.
Quel courroux ai-je provoqué ! Il me semble qu’un tourbillon est en train de se former devant moi, un vide vient se former au sein l’eau pour laisser la place à... LUI ! Le titan de l’abîme ! Le colosse de l’océan ! Léviathan ! Les mots pouvant décrire cette gigantesque difformité n’existent pas encore. Il me fixe de ses immondes orifices, il se délecte de ma peur.

Je comprends ta réponse étendue maritime, nous avons bien mérité la colère de ton vengeur. Il a bien le droit de prendre sa revanche. Qu’il en soit ainsi ! Je me comporterai comme Hermès ! Je me livre à toi mer, et je délivrerai le message qui tu souhaites nous faire parvenir. Je resterai droit... face à la mer !
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