Fabienne

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écrire pour se vivre encore et encore, pour jouer avec ses miroirs et ses mémoires. Ecrire pour se voir dans l'autre, pour voir l'autre en soi  [+]

Niort, le 21.8.61 (Tiens !... plutôt 21.08.90)
Tu vois, Fabienne, la clé n’est pas seulement dans les jeux d’arcade ou dans le cellier, près du compteur. Pas seulement non plus dans nos mémoires incertaines. La clé pour toi sera dans ta façon de t’approprier ce qui va émerger immanquablement demain, après-demain et après-après-demain.
Ta façon de te lancer puis de te freiner, de saisir au vol les symboles puis de taquiner ta conscience pour te rabattre sur ton quotidien, ta façon d’aimer aussi, combat intérieur où se mêlent le monde social, tes enfants, tes souvenirs et l’interrogation d’aujourd’hui, ton envie d’être là et ailleurs en même temps, ton acceptation des dissonances pour tenter d’en faire l’impossible synthèse, ta volonté plus ou moins affirmée d’être aimée dans la passion, ta confrontation avec l’alchimie émotionnelle pour valider un éventuel parcours, ta sincérité, bref je peux me gourrer mais je vois cela chez toi aujourd’hui.
Je ne t’ai pas dit hier que je devenais amoureux de toi. Je ne te l’ai pas dit parce que notre histoire a commencé par un coup de foudre (sans doute nos mars conjoints en balance...) et qu’il y a longtemps que je n’ai plus pratiqué la science du tonnerre. Un coup de foudre, ce n’est pas rien. Ça te grille d’un rien ou bien ça disparaît sur un cillement des yeux. Ce serait grave (et c’est pour cela que je me suis tu) que je t’annonce ma passion naissante pour toi et qu’ensuite – injuste sanction des virages de la vie – nos chemins puissent se séparer. En somme je ne voudrais pas te faire du mal. J’ai sans doute aussi besoin – autant que toi – d’affronter l’autre et de lui faire confiance. « Ne plus avoir peur, ne plus avoir peur... quelle connerie, la peur ! » m’avait-elle dit, elle, un jour, il y a un siècle, pour m’expliquer les lois du mouvement et de la vie.
Aujourd’hui, et pour cinq siècles, j’ai compris l’harmonie du monde à partir d’un prénom : le tien. Ça pourrait se faire, et pourtant je ne crois même pas que tu puisses me prendre pour un fou. Le fait que je puisse simplement te dire tout ça prouve à lui seul qu’il s’agit bien d’un coup de foudre et d’une tendre complicité. Quand bien même ce serait difficile à gérer.
Pour le difficile et pour la gestion, rien ne presse finalement. Je vais prendre le temps d’y réfléchir – surtout pour ne pas t’imposer de rêves qui pourraient être détruits ensuite. Et aussi parce que toi-même tu ne veux pas me faire du mal. Le savais-tu que nous étions deux goëlands, tous les deux ? Des âmes blessées regardant toujours vers le ciel et tentant d’ ébattre ce qui reste de leurs plumes. Deux sportifs amoureux d’une certaine fusion avec le monde qui les entoure. Deux signes de feu qui pensent parfois aux froides soirées d’hiver ou qui pianotent sur les touches des rivières à kayaks ? Deux amoureux énamourés à la recherche du scintillement de la chandelle de la vie. Deux poètes en mal d’écriture, quoi. Nous deux.
Nous avons tant de choses à rêver et construire ensemble. Indépendamment de la géographie. Je te, Fabienne.
Michel.
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