Fabien

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Mère au foyer, j'écris pour me distraire. Je suis auteur auto éditée sur Amazon d'un livre pour enfants de 9-13 ans qui s'intitule "Le Chant de la Mangrove". Si cela vous tente, vous pouvez me  [+]

De son doigt long et brun, il composa le numéro de téléphone du commissariat de l’arrondissement à 11H très exactement. Lorsqu’il eut un interlocuteur en ligne, il annonça en déguisant sa voix qu’une bombe exposerait à 11H30 dans l’école située rue de Bièvre. Il raccrocha.

Marie-Jo était institutrice à l’école maternelle Sainte Marie depuis bientôt deux ans et dans sa classe, les petits s’amusaient bien. Tout était à la taille des occupants : des petites tables, des petites chaises, des portemanteaux à un mètre du sol. Un désordre sympathique régnait dans cette classe où les jouets étaient éparpillés un peu partout et où des dessins d’enfants étaient accrochés aux murs.
Le petit Arnaud, quatre ans, essayait de convaincre Emilie, quatre ans elle aussi, de lui prêter son jouet. Quentin observait qu’en lâchant son ours, il tombait toujours par terre alors que Fabien s’appliquait à mettre dans une grande boite tous les objets ronds qu’il trouvait. On entendit alors un grand cri. Arnaud venait de donner une claque à Emilie, qui refusait obstinément de lâcher son jouet. Marie-Jo sépara les deux terreurs.
A cet instant, Fabien aperçut par la fenêtre un objet rond très joli. C’était comme une grande sucette, avec un bâton et un rond rouge avec une barre blanche dedans. Il jeta un regard à la maîtresse qui consolait Emilie, pleurant sur ses genoux. Il se dirigea vers la porte, se mit sur la pointe des pieds, l’ouvrit et sortit dans le couloir. Il entendit des pas précipités qui venaient vers lui et se cacha dans un recoin.
Dès que la directrice reçut l’avertissement, elle alla prévenir les enseignants pour organiser l’évacuation de l’école. Elle se précipita dans le couloir et Fabien qui l’entendit et se cacha. La directrice entra dans une première classe, dit quelques mots. Aussitôt, l’institutrice rassembla ses élèves et les fit immédiatement sortir. L’évacuation commençait. La directrice parcourut ainsi toutes les classes de l’école maternelle et chaque fois la réaction était la même. Les institutrices essayaient de maintenir un semblant d’ordre, mais les enfants sentant que quelque chose d’inhabituel était en train de se passer, étaient tout excités.
Fabien, caché dans un coin, observait tout cela avec beaucoup d’amusement. Tout en marchant vers la sortie, les maîtresses comptaient et recomptaient le nombre d’élèves. Marie-Jo avait beau recommencer, il manquait toujours un petit.
A ce moment, la sirène des pompiers retentit. A 11H04, ils se garèrent devant l’école. La police arriva à 11H05, barricada la rue et l’interdit à la circulation.
Fabien, dissimulé dans son recoin trouvait cela de plus en plus amusant. Ça lui rappelait le jeu qu’il faisait dans la cour de récréation où il fallait faire attention à ne pas se faire attraper par le chat, surtout quand on était la souris. Il sortit dans le couloir qui était vide, ouvrit un placard et se blottit à l’intérieur. Il n’aurait jamais cru obtenir un pareil succès. Il était sûr que tout cela était pour lui, tout le monde s’amusait à le chercher.
Lorsque la directrice apprit qu’un élève manquait, elle retourna dans l’école qui continuait d’être évacuée. Les enfants marchaient le plus vite qu’ils pouvaient avec leurs petites jambes. Les pompiers entrèrent dans le hall, prirent dans leurs bras les plus petits et les emmenèrent dans la rue, pour accélérer l’évacuation.
La directrice se précipita dans la classe de Fabien, l’appela, il ne répondit pas. Elle parcourut ainsi toutes les classes, il ne répondait toujours pas. Fabien, entrouvrit la porte de son placard, et vit passer la directrice. Il était content, il avait presque gagné, elle ne l’avait pas trouvé. Les pompiers se mirent à aider la responsable de l’école et à chercher le gamin. Il se blottit derrière une porte. Il était tellement mince, que même en la poussant à fond, on ne le touchait pas.
La police et les pompiers en même temps qu’ils cherchaient l’enfant, tentaient de localiser la bombe. Elle fut repérée à 11H10 dans le placard d’une classe de petits. Le service de déminage arriva à 11H15. On n’avait toujours pas trouvé Fabien.
Les parents furent avertis qu’ils devaient venir chercher leurs enfants. Bientôt la télévision arriva sur place. Elle filma l’évènement depuis le fond de la rue puisque celle-ci était interdite d’accès. La police faisait toujours évacuer le quartier.
Les spécialistes du service de déminage comprirent tout de suite la gravité de la situation. L’engin explosif était assez puissant pour souffler l’immeuble. Il était 11H18.
Fabien ne bougeait pas. Il était très fier qu’on ne l’ait pas trouvé.
A 11H23, le meilleur spécialiste national comprit que la bombe ne serait pas désamorcée. Pour cela, il avait besoin de matériel spécialisé qu’il n’avait pas avec lui. Il n’avait pas le temps d’aller le chercher. L’immeuble fut complètement évacué à 11H25. A 11H26, Fabien n’entendant plus rien, sortit de sa cachette. Il poussa plusieurs portes. A cet instant, le voyant rouge de l’engin explosif s’alluma. La mise à feu avait été déclenchée.
Fabien poussa une autre porte. Il aperçut au loin un objet volumineux avec un bouton rouge qui clignotait. Il se dirigea vers lui. Il était 11H27.
A 11H30, la bombe explosa.

Il y eut le bruit, le souffle, la fumée, les cris. Et une maîtresse d’école effondrée d’avoir perdu un enfant.
Quelques instants plus tard, un pompier marchait vers elle, un petit garçon dans les bras.
- J’ai trouvé ce gamin dans la rue, assis devant mon camion, il était fasciné par les clignotants qui s’allumaient et s’éteignaient. J’ai juste eu le temps de l’attraper avant que la bombe n’explose. Il est à vous ?
L’institutrice faillit s’évanouir de joie, c’était Fabien.
FIN
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