Extrait de la nouvelle "Le courrier"

il y a
2 min
31
lectures
9

J'écris par passion mais surtout pour m'amuser, flâner, rêver. Si le cœur vous en dit, vous pouvez me retrouver sur Amazon où sont publiés mes romans et mes recueils ainsi que sur Facebook "Les  [+]

Niègles le 3 décembre 1953,
Cher Armand,
Depuis ma dernière lettre, ma vie s’est un peu plus enfoncée dans l’hiver qui est très tôt et très vif par ici.
J’ai découvert un petit vent que les gens d’ici appellent la Burle. Il prend les corps, les âmes, dans un tourbillon glacial et les fige sur place. En quelques secondes, il recouvre champs et routes d’une épaisse et solide couche de neige qui par endroits, se transforme en congères. Ainsi, villages et hameaux, sont faits prisonniers et coupés du monde. C’est un spectacle bien étrange que celui de la burle soulevant le manteau neigeux, le secouer dans tous les sens puis le laisser choir sur les toits, sur les bêtes, sur les hommes.
Un ciel lourd, gris, plane incessamment au-dessus de nos têtes crachant un épais brouillard qui se faufile dans les frêles ruelles du bourg engourdi.
Hier soir, alors que je fermais ma classe et que je m’apprêtais à rentrer au chaud chez moi, un paysan et son fils m’attendaient devant le portail de l’école. Je reconnus malgré la lumière faible du lampadaire, Marcel Descours. Ce n’est pas un de mes meilleurs élèves, mais il est toujours prêt à me rendre service, ce qui bien souvent, l’entraîne après les cours, dans des bagarres dont très vite les participants oublient le pourquoi des coups de poings.
D’un ton sec accompagné de « R » roulés comme des serpentins, son père m’invita à les suivre jusqu’à leur ferme. Vaste maison courbée sous un toit de lauzes énormes et située sur un plateau surplombant le bourg. Un long chemin rude, caillouteux tracé par les attelages mène vers cette grande bâtisse trois fois centenaire.
Je fus reçu gracieusement par la mère qui vêtue d’une robe et de bas noirs s’activait à la cuisine. Son visage coiffé de beaux cheveux blancs que deux peignes larges tiraient en arrière, était animé d’un sourire franc, serein, comme peuvent en faire les gens de la terre. Elle était aidée dans ses tâches ménagères, par une de ses filles qui semblait tout aussi sympathique qu’elle. Il me fut offert un bon verre de vin rouge, une large tranche de jambon déposée sur une aussi large tranche de pain. Sur la cuisinière à bois, mijotait la soupe dont l’odeur avait envahi depuis longtemps la pièce de vie. L’on me présenta une chaise qui se trouvait juste à côté de celle du père, je m’assis et tous m’imitèrent dans un silence quasiment religieux. Le repas fut bon, l’ambiance conviviale, et c’est repus et empli d’une bonne joie de vivre que je rejoignis mon logis. Marcel fut désigné pour me raccompagner. Il m’abandonna devant le portail de l’école, me salua très rapidement et tout en me criant un «  à demain monsieur » disparut aussitôt dans le noir de la nuit et du village endormi.
Cher Armand, il faut que tu viennes, il faut que tu vois, c’est un monde si
étrange !
Voilà mon cher ami, je ne pense pas t’écrire de nouveau car les vacances de Noël approchent et je serai bientôt chez nous et parmi vous.
Prends soin de toi, amitiés,
François.
9

Un petit mot pour l'auteur ? 15 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Atoutva
Atoutva · il y a
Dans le froid, une autre époque, un instant de vie bien chaleureux. Jolie écriture.
Image de Albane Charieau
Albane Charieau · il y a
Merci beaucoup Atoutva
Image de Fleur A.
Fleur A. · il y a
La burle glaciale... courageux les instituteurs de l époque
Image de Albane Charieau
Albane Charieau · il y a
Ils y croyaient
Image de Dolotarasse
Dolotarasse · il y a
Belle écriture. On y décèle toute l'importance du rôle de l'instituteur à une certaine époque.
Image de Albane Charieau
Albane Charieau · il y a
Absolument. l'instituteur, le médecin et le curé étaient un triangle primordial dans la vie des villages. Comme des sentiers tracés pour que chaque âme se sentent soutenue. Un autre temps.
Image de Georges Saquet
Georges Saquet · il y a
Beau texte ... Belle lecture ! Mon vote.
Image de Albane Charieau
Albane Charieau · il y a
Merci infiniment Georges.
Image de Ginette Flora Amouma
Ginette Flora Amouma · il y a
Une chronique de vie aux travaux simples et réconfortants .
Image de Albane Charieau
Albane Charieau · il y a
Travaux simples c'est vrai mais si importants pour les gens des bourgs isolés. Réconfortant est le mot juste. Ces travaux étaient une base solide pour une vie saine. Merci Ginette
Image de Long John Loodmer
Long John Loodmer · il y a
Lettre d'un temps où les humains l'étaient encore
Image de Albane Charieau
Albane Charieau · il y a
Absolument. un temps où les saisons comptaient dans la vie, dans les travaux agricoles, où chaque jour était un don du ciel que l'on respectait. merci Long John.
Image de Long John Loodmer
Long John Loodmer · il y a
Si tu n'as pas lu, car ces textes sont anciens https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-battages
Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Jolie scène d'une vie ordinaire à la campagne où simplicité et chaleur étaient de mise autrefois...
Image de Albane Charieau
Albane Charieau · il y a
vous avez tout à fait raison Joëlle et j'ai eu la chance de connaître encore un peu cette ambiance là dans mes montagnes du Velay. de beaux souvenirs précieux comme des diamants.

Vous aimerez aussi !