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Fan principalement de SF et de polars, mais pas que Je vous invite à lire ma nouvelle en lice sur le site aufeminin.com : L'Avertissement  [+]

Ils n'étaient encore que de petits hominidés pleins de poils, se réchauffant au coin du feu nouveau, commençant à élaborer les premières syllabes d'un vrai langage, auquel ils trouveraient un jour indispensable d'ajouter une multitude de règles de grammaire, et se régalant à grands cris malhabiles d'un délicieux cervidé grillé.
Puis l'un regardant le cercle rouge descendre tout là-bas au fond, derrière l'immense étendue verte composée de grands arbres qu'ils appelleraient plus tard forêt, eut un déclic inattendu dans une zone non identifiée de lui-même, si inattendu qu'il ne put garder cette chose pour lui :
— Oh ! Là-bas, cercle rouge, où aller ? Quoi autre côté arbres ?
Il faut être conscient que la traduction ne peut être qu'approximative.
Les autres le regardèrent et répétèrent :
— Autre côté arbres ?
— Rien ! Que disque rouge, précisa l'un d'entre eux, qui aurait pu être le chef.
— Abri disque rouge, pas pour humain, renchérit l'intello du groupe.
— Disque rouge manger humain si aller voir.
Après un long silence, où quand même crépitaient les flammes et crachotaient sans retenue les convives de petits os parfois coincés entre leurs grosses dents, un plus curieux ou juste plus fou que les autres riposta de son langage primitif :
— Moi pas d'accord : autre côté arbres, aller voir !
Ce qu'il fit, seul ou accompagné d'un autre fou de sa trempe, les autres ne les revirent jamais.

Bien des siècles plus tard, d'autres étaient allés voir un peu partout sur la grande planète bleue.
Une petite famille venait de s'établir dans une belle vallée prometteuse où ils savaient trouver tout ce dont ils auraient besoin : le gibier adoré, une belle rivière, de larges plats précédant des pentes douces, des variétés de grands arbres solides et droits pour les matériaux de construction et le chauffage. Assises sur un banc de roche, deux femmes se réchauffaient au soleil, admirant la montagne qui se dressait face à elles.
— Quant même, commença la jeune, je me demanderai toujours ce qu'il peut bien y avoir de l'autre côté.
-— Mais rien, ma belle, le monde s'arrête ici, ça se voit, non ? répondit la vieille qui avait pourtant parcouru pas mal de distance durant sa vie.
— Ah bon ? Et pourquoi le monde s'arrêterait-il ici, peux-tu me le dire à moi, qui suis ignorante ?
— Parce qu'il ne peut être infini, petite tête, c'est évident, et tout le monde sait que les mers et les montagnes en marquent les limites, précisa la vieille, gonflée de sagesse erronée.
— Pourtant, peut-être cela mériterait d'y aller vérifier ?
— Les quelques fous qui s'y sont risqués ne sont jamais revenus.
— Je crois que si j'avais été un homme, je serais allée voir...

Dorénavant, aucun coin de montagne ni de mers n'avaient été explorés. Au milieu de l'océan, un couple de passionnés effectuait le tour du vaste monde. Voilà un an, ils avaient quittés leur vie urbaine et confortable pour réaliser leur rêve de naviguer. Elle aimait par-dessus tout les moments d'abandon la nuit sur le pont. Elle fermait les yeux. Se sentir entièrement vivante ici et maintenant en se laissant bercer par le mouvement de l'eau et par le chant du bateau, rythme aléatoire formé par le cliquetis des cordes frappant les mâts et le claquement des voiles au gré du vent. Puis quand elle ouvrait les yeux, le ciel étoilé lui apparaissait alors, d'une pureté que l'on ne pouvait trouver qu'en pleine mer. Elle caressa d'une main son ventre arrondi et parla à ses bébés :
— Découvrirons-nous un jour ce qu'il y a là-bas, de l'autre côté des étoiles ? Pourrons-nous y aller voir un jour ? Pourrez-vous, y aller un jour, mes chéris ?

Son jeune corps se mobilisait pour concevoir, cellules après cellules, non pas un, mais deux futurs êtres humains tout neufs. Lovés dans leur poche enveloppante et nourricière, ils achevaient leur formation et se transformaient petit à petit en beaux bébés joufflus. Un peu à l'étroit, leurs pieds, leurs mains, leur tête, leurs petites fesses étaient à présent en contact avec la paroi protectrice.
— Dis-moi, commença l'un deux, que crois-tu qu'il y ait de l'autre côté ?
— De l'autre côté ? Mais rien ! C'est parfait ici, on est très bien, pourquoi voudrais-tu qu'il y ait un autre côté ?
— Je ne sais pas, mais en tout cas, je pense qu'il existe un autre côté et je me dis que j'ai bien envie d'y aller voir !
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