Expiation

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J'ai des mots qui trottent dans ma tete, des histoires qui chuchotent a mes oreilles, de la poesie en musique de fond. J'aime ecrire, lire, dessiner, vivre tout simplement et surtout etre une maman  [+]

Expiation : fait d’expier, souffrance acceptée comme une purification, comme un remède, après une faute.

Voila, la définition de sa vie, maintenant.
Il l’a trahi.
Elle l’a quitté avant qu’il ait pu lui demander pardon.
Il doit vivre avec la culpabilité de son acte et de ses conséquences.
C’est dans la douleur qu’il a choisi d’expier sa faute, même si il sait qu’il se voile la face, que ce qu’il cherche en vérité, c’est l’oubli.
Mais dans un monde, ou la solitude se conjugue à tout les temps, il continue à s’accrocher aux limbes de ses souvenirs.
Il n’a plus de nom, plus de vie.
Il lui reste quelques brindilles, fragiles, de mémoire, qui le bercent, quand la peur souffle trop fort sur lui.
Même Son nom n’a plus d’écho. Il s’accroche à une image écornée épinglée au fond de son crane.
L’oubli fait mal, et se rappeler encore plus.

Alors il est là, assis sur le bord de son lit, à attendre.
Il n’a même pas essayé de dormir, à quoi bon, ses jours sont les copies de ses nuits, il y a juste plus de lumières sur ses cauchemars, c‘est tout. Il refuse d’ouvrir les yeux, au moins, encore pour quelques instants, tant qu’il peut se souvenir encore de son image.
Il tend le bras machinalement pour La toucher, mais il n’y a que le mur froid sa chambre.
Il sourit, amer, son cercueil ne sera pas si différent, en fin de compte, exigu, puant et froid.
Il aimerait pouvoir ouvrir son hublot, mais il est soudé, la pollution dehors est impardonnable, elle le tuerait en quelques heures.
Il presse le mur, juste à côté de cette vue imprenable sur la désolation du monde. Un cabinet de toilette en émerge, il pue la javel et la pisse.
Le miroir en face de lui, lui renvoie une image de désespoir, de son désespoir. Ses joues creuses et grises accentuent la finesse morbide de sa bouche, qui a oublié comment on faisait pour sourire. Ses yeux ternes, d’un bleu qui n’a plus aucun sens, le défient, le défigurent, lui le fantômes qui hante ses propres souvenirs.
Ses cheveux étaient si beaux autrefois, noirs et brillants, Elle aimait tant passer sa main dedans, cela le faisait frissonner à chaque fois. Maintenant ils se raréfient et ne ressemblent plus à rien, ils sont juste un tas graisseux jaunâtres et sans allure.
“douche” il ne reconnait même plus sa propre voix, il ne reste que des notes rocailleuses pour dire les mots nécessaires à son quotidien, rien de plus.
Un jet de particules oranges lui fouettent le corps. Il doit retenir sa respiration.
Aujourd’hui le simple fait de respirer est risqué, mortel même.
Alors il porte un masque, quand il sort de sa cellule, c’est obligatoire. Cela le coupe, juste un peu plus, des autres.
Il n’a pas besoin des autres, il n’a besoin que d’Elle.
Le jet s’arrête dans un sifflement désagréable et pendant quelques secondes, à peine, il y a un silence doux qui le caresse, comme Sa main sur joue qui lui apportait un peu de répit.
Une autre ouverture s’opère dans le mur, une combinaison grise sort du néant, désinfectée de la veille.
Quand il l’a met ça lui brule la peau, lui arrache des cris de douleurs, qu’il ne peut se permettre, alors il les garde pour lui, dans ce vide qu’il ressent au fond de lui.
Il n’a pas droit à la parole, pas le droit de refuser, pas le droit d’imposer ses idées ou de s’imposer aux autres. Ça fait parti de son contrat.
Il les a lu, tout ces petits mots noircis sur des pages cousues d’alinéas, de clauses, de règlements. Il s‘en fichait a l‘époque et aujourd‘hui encore.
Il ne regrette pas son choix.
Apres Sa mort il n’était plus personne, il ne restait rien de lui. Une simple enveloppe remplie d’une tristesse insupportable, d’une solitude démesurée, avec un cœur fatigué au milieu.
Alors, oui, il a fait ce choix, celui de s’engager, d’aller en Amérique, pour exiler sa douleur dans un travail inhumain.
Tout ne tournait plus rond dans sa tête, il devenait fou de toute façon et il était trop faible pour faire ce qu’il fallait pour La rejoindre.
Aujourd’hui, il a perdu son humanité, sa voix, son identité pour essayer de se racheter ou du moins pour essayer de l’oublier.
Il enfile son exosquelette dont des pointes de connexions se plantent dans sa colonne vertébrale. La douleur est bien sûr insupportable, elle lui rappelle qu’il est encore en vie.
Au milieu de milliers d’autres comme lui, il commence son travail à la chaine, il est devenu une machine-outil humanoïde, la dernière grande invention des grandes compagnies, pour plus de profits. C’est moins cher de remplacer un homme qu’une machine entière, il parait.

Il pensait se perdre en venant ici, que sa trahison serait payée, que sa souffrance tomberait en cendres.
Il sait, maintenant qu’il avait tord. Il ne pourra jamais racheter sa faute, comme il ne peut pas effacer Son souvenir, ni la douleur de l’avoir perdue.
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