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Éveillée

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Sandra Malarme

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Endormie dans la chambre, mon lit à un mètre de celui de mon petit frère, je rêve d’un monde tranquille et merveille. Lorsque je suis soudain réveillée par des coups frappés à la porte au rez-de-chaussée. Mon père qui lui a sa chambre en bas, n’ouvre pas tout de suite, alors les coups se font plus frénétiques, et les voix se font pressantes, plus fortes, plus présentes. Des rires se font entendre, sur les cinq personnes endormies dans la maison, j’ai l’impression d’être la seule éveillée.
J’ouvre les yeux, lorsqu’enfin j’entends la porte se déverrouiller, et la voix grave de mon père inviter nos invités nocturnes à entrer. Des bruits sourds se font, de verre, et de chaises qui raclent le sol. Des éclats de rire me parviennent alors qu’ils sont tous entrés, la porte se refermant enfin. J’essaie de me rendormir, m’enroule dans ma couette et écoute la respiration régulière de mon frère.
Puis, je succombe au sommeil. Cependant, presque dix minutes plus tard, je suis à nouveau réveillée en sursaut. Une chaise vient de tomber, et le bruit sourd que la chute a créée et remonté jusqu’au premier. J’ouvre les yeux dans le brouillard, me tourne mon Alex, mais il dort encore. Il a de la chance... Je reste un moment les yeux ouverts, fixant le plafond et attendant dans l’espoir que nos invités disparaissent pour rentrer chez eux.
Sauf que rien n’y fait, et plus j’y pense, plus je tente de m’endormir moins j’y parviens. Alors, je me redresse m’apprête à allumer ma lampe de chevet quand je remarque que la porte de notre chambre s’entrouvre. La lumière s’infiltre à travers l’embrasure, laissant ainsi apparaître la silhouette de notre cousin, Louis qui dort dans la chambre en face. Je ne distingue que sa longue silhouette fine.
Une fois, tout le monde entré, il repousse la porte, et je ne le vois presque plus. Seule son ombre m’indique encore qu’il est présent. Au début, il ne dit rien, se place aux pieds de nos lits, et nous observe. Je fronce les sourcils essayant de voir les traits de son visage, mais n’y parvient pas. Alors, je fais comme lui, je le regarde en silence, tous deux concentrés sur le bruit qui nous parvient à travers le plancher.
Voyant que nos invités ne sont pas décidés à partir, et entendant de temps à autre la voix de mon père parmi les leurs, je me recouche. Et je garde le regard sur l’ombre de mon cousin. Celui-ci se déplace, d’abord plus près du lit d’Alex, il pose ses mains sur son lit, puis il recule et se cale sur la commode au fond de la chambre. Sa silhouette me paraît plus grande que d’habitude, mais il fait si sombre que mes yeux peuvent me jouer des tours.
Dans un nouvel éclat de rire, j’entends Louis soupirer et grogner. Alors je me redresse, et pose les mains au-dessus de la couverture pour mieux m’installer, le dos poser contre le mur. Je me tais, et observe Louis qui lui, s’est relevé et a le regard plongé sur moi. Il ne dit rien pourtant, je remarque que sa respiration se fait plus forte et plus lourd, presque tendue. Comme si la présence sous nos pieds le dérangeait.
— Tu ne dors pas ? lui demandé-je devant l’évidence même.
— Non. Et toi non plus, me répond-il avec sérieux.
Le silence se réinstalle un moment entre nous, et j’ai l’impression qu’il est pesant. Je me demande quand même qui est chez nous en ce moment, et pourquoi Louis n’est pas descendu avec mon père pour discuter. Il est plus vieux que nous... Cependant, il reste là dans le coin de la chambre, la tête tournée vers la porte. Je suis son regard, mais je ne vois rien. Alors, je l’examine.
Il est là posé devant moi, je crois remarquer qu’il a encore grandi, même si je sais que c’est impossible. Pourtant, je remarque qu’il a le dos voûté, les mains dans ce que je crois être ses poches, et les jambes droites sans un pli apparent. Sa silhouette est étrange, différente de celle que je connais de lui. Mais ça ne peut être que lui, car personne d’autre ne dort au premier, sous les combles à part, Alex, moi et notre cousin.
— Tu sais qui est là ? demandé-je alors pour détourner mon attention de la forme de son corps.
— Non, me répond-il.
— Tu n’as pas reconnu leurs voix en passant par la pallier ? l’interrogé-je encore.
— Non, me dit-il une fois de plus. Je n’ai pas reconnu ces voix, conclut-il.
— Mais tu es bien passé devant les escaliers ? Tu ne les as pas vus ?
— Non. Et toi, pourquoi tu n’irais pas voir ? me réplique-t-il sur un ton froid.
— Je ne comprends pas, si tu viens de ta chambre, tu es forcément passé par le pallier. Alors tu as dû reconnaître quelqu’un... dis-je dans un murmure.
— Non. Mais vas voir par toi-même, me dit-il encore.
Je fronce les sourcils, ne comprenant pas très bien où il veut en venir. Surtout, qu’il connaît toutes les personnes que côtoie mon père. Alors pourquoi devrais-je me lever pour aller voir ? Je me redresse encore, écarte la couette de mes jambes. Je les sors du lit, pour mettre mes chaussons. Puis, je tente d’allumer la lumière, mais celle-ci en a décidé autrement. Je soupire, et fixe mes yeux vers Louis.
Il n’a pas bougé. Il est toujours debout près du lit d’Alex. Je me lève, chausson aux pieds, passe entre le lit de mon frère et le mien. Je me retrouve aux côtés de l’ombre qui représente Louis, et la frôle en passant entre elle et le sommier de mon frère. Je m’approche de la porte poussée par un encouragement de l’ombre. Je la regarde une dernière fois avant de passer la porte, elle est plus près encore des pieds d’Alex.
Sur la pointe des pieds, je me place au-dessus des escaliers, je me penche un peu en avant essayant de reconnaître les voix qui fusent juste en dessous de moi. Je crois qu’il y a la femme d’un ami proche de mon père. Et son mari, dont la voix est reconnaissable, entre mille. En me redressant, je me demande même comment Louis a fait pour ne pas se douter de l’identité des invités nocturnes.
Au moment où je m’apprête à faire demi-tour pour retourner me coucher, la porte en face de moi s’ouvre. C’est la chambre de Louis, et il est venu seul pour quelques jours, alors je m’arrête et fronce les sourcils en voyant la personne qui sort de cette pièce. Je me rapproche de la lumière, montrant ma présence. Et je le reconnais tout de suite, mais je ne comprends pas très bien.
— Qu’est-ce que tu fais là ? demandé-je sur un ton sceptique.
— Je viens voir qui nous réveille en pleine nuit, me répond-il en grognant.
— Mais... soupiré-je en suspendant ma question.
— Mais quoi ? m’interroge-t-il.
— Tu n’étais pas dans la chambre avec nous ? le questionné-je commençant à paniquer.
— Pourquoi j’irais dans votre chambre ? Je dormais, moi ! râle Louis en répondant à ma question par une autre.
— Alors qui est entré avec nous, si ce n’est pas toi ? lui demandé-je d’une voix chevrotante.
— Personne.
Personne ? Mais c’est impossible. À qui est-ce que j’ai parlé si ce n’était pas Louis qui était là dans la chambre. Je ne comprends pas, fronce les sourcils, crois que mon cousin me fait une blague. Pourtant, en observant ses yeux, je remarque qu’il est autant perdu que moi. Dans une hésitation totale, je me retourne et me dirige vers ma chambre. Pièce que j’ai quitté pas moins de cinq minutes plus tôt laissant mon frère seul avec l’ombre.
Louis me suit, et lorsque nous entrons dans la chambre, il allume automatiquement le plafonnier. Ce qui nous permet de voir Alex, recroquevillait sur son lit en pleurs. En revanche, il n’y a pas l’ombre d’une trace. Il n’y a personne dans la chambre. Cependant, une question hante mes pensées à cet instant. Qui était là ? A qui est-ce que je me suis adressée ? Est-ce que c’est une blague ? Mais surtout, pourquoi est-ce qu’Alex pleure ?

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Patrick Peronne · il y a
Un texte plein de qualités et qui, en dépit d'un format un peu long, reste intéressant de bout en bout. Mon soutien.
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Sandra Malarme · il y a
Merci pour votre lecture et votre soutien.
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Graziella · il y a
ça me fait des frissons!
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Sandra Malarme · il y a
Ah... Je ne sais pas quoi répondre à ça.. merci ? :)
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Graziella · il y a
oui évidemment!
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Virgo34 · il y a
Un récit plein de mystère... jusqu'à la chute.
Irez-vous visiter ma forêt d'Emeraude ? Je vous y invite.
https://short-edition.com/fr/auteur/virgo34

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Sandra Malarme · il y a
Merci et c'est avec plaisir.
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Virgo34 · il y a
Merci à vous.
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Cudillero · il y a
Je trouve cette ombre bien mystérieuse...
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Sandra Malarme · il y a
C'est vrai qu'elle est étrange...
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Jean-Claude Renault · il y a
Si les ombres se mettent à jouer, nous n'avons pas l'ombre d'une chance.
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Sandra Malarme · il y a
En effet.
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Shinji11 · il y a
C’est un mystère , un peu long à mon goût mais prenant.
Mes votes !
À bientôt

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Sandra Malarme · il y a
Oh... Merci d'avoir lu. :)
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Shinji11 · il y a
Mais de rien :-)
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Keith Simmonds · il y a
Une histoire bien construite, captivante et pleine de mystère ! Une invitation à
venir découvrir “Sombraville” qui est également en lice pour le Prix Imaginarius
2018. Merci d’avance et bonne soirée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/sombraville

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Sandra Malarme · il y a
Merci !
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Keith Simmonds · il y a
A bientôt, Sandra !
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Alain Savouret · il y a
C'est excellent, ça ferait un très bon court métrage , félicitations
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Sandra Malarme · il y a
Merci beaucoup. :)
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pruneautine · il y a
j'ai beaucoup aimé, très bien écrit le mystère reste entier et nous laisse tout imaginer
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Sandra Malarme · il y a
Merci ça fait plaisir.
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Liliane Mahon-Malarme · il y a
J'aime quand l'imagination peut divaguer . Un peu hard surtout pour Louis !
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Sandra Malarme · il y a
Ah ça oui... elle divague. Merci !
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