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Eux

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ULM

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« La lueur du jour commence doucement à filtrer dans la chambre, à travers les persiennes. L'aube, déjà ? Je n'arrive, pas très bien à y croire. J'ai toujours le souffle court après la folle nuit partagée avec elle. Le résultat de l'association de l'effort physique et de l'émotion ? Ou, ouais. Une simple pensée suscite encore chez moi une vague de frissons comme si elle continuait à plonger ses yeux dans les miens. Elle est juste à côté de moi. Je crois qu'elle s'est assoupie. Non, non, elle, elle cligne des yeux. »

« Le matin est là ? Mais, quelle heure est-il ? Je ne sais même plus où peut bien être mon téléphone. Je le vois pas, j'ai du le balancer sans m'en rendre compte au moment de s'abandonner au désir. Hé, je dois avouer qu'il cachait bien son jeu. J'étais loin de m'attendre à ça lorsque je l'ai rencontré, l'autre jour. Il était si, si réservé, si hésitant. Il cherchait ses mots, c'était touchant. Après, à en croire l'état dans lequel il est, je ne suis pas la seule chez qui la surprise a frappé. Il a l'air encore tout penaud. Il n'y avait pas de quoi se faire un sang d'encre, finalement. C'était, brûlant. »

« Hey, toi, la petite voix dans ma tête, arrête un peu de jubiler comme une idiote insouciante ! Aides-moi plutôt à choisir la meilleure des phrases pour entamer vocalement cette journée à ses côtés, sans passer pour un crétin. Elle ne s'est pas éclipsée comme d'autres, ça veut dire qu'elle se sent bien avec moi. Yes. Ou alors c'est le lit qui est ultra confortable. C'est vrai qu'il l'est... Non, je raconte n'importe quoi. Rester focus, je dois. On dirait qu'elle cherche quelque chose...ses affaires ? Tch, je le savais. Je me suis fourvoyé. »

« Téléphone aux abonnés absents. Définitivement. Tant pis, au moins je sais que je l'avais en entrant ici. Je vais m'en passer. Faut savoir décrocher, sans jeu de mots. Après tout ce qui compte c'est, c'est d'être bien ? Attends, c'est vrai que je suis bien là. Totalement épuisée, nue, la poitrine apparente, les cheveux ébouriffés. On se croirait dans l'idéal que les adolescentes espèrent dès le premier flirt au collège. La situation ne me semble pourtant pas si ridicule que ça. Je suis bête. Bon, je devrai peut-être faire quelque chose, bouger un peu. Donner un signe de vie. Si mes pieds ne sont pas trop froids, je vais essayer de lui caresser la jambe. »

« Aller, je vais tout simplement sortir des draps. Avec élégance. M'étirer, lentement, et lui adresser le plus beau et sincère des sourires en me retournant. Ou bien je me contente de lui prendre la main. La sienne est juste là. Sa paume est si proche. Si j'arrive à me détacher du tracé de ses lignes, je vais la saisir. Après avoir visité la pièce comme on l'a fait hier soir, ce genre de détail ne devrait pas autant m'intimider. Elle n'est plus une, inconnue, plus une fille parmi d'autres. C'est incohérent. Ah, elle porte sa main à ses cheveux. Une chance de passée. Je vais changer mes plans. »

« Mes pieds sont évidemment glacés. Mon corps est bouillant, fiévreux, mais mes pieds non. C'est quoi cette foutue spécificité ? Le toucher du pied c'est le pétrifier dans l'instant ! Si je demeure aussi empotée une minute de plus je vais m'en vouloir. C'était si fusionnel tout à l'heure, pourquoi j'ai autant de mal à embrayer, maintenant ? Aller, juste un petit mot doux, une question légère...pourquoi pas débuter en parlant de ce rayon de soleil ? Tout le monde aborde le temps pour lancer une conversation... »

« J'ai une langue, bordel. Je savais quoi en faire cette nuit pour la satisfaire. Si j'avais une petite blague de dispo... »

- Je crois qu'...
- Déjà le s...

« Ah, en même temps ! »

« Transmission de pensée... ! »

Les deux amants roulèrent des yeux hagards avant de céder mutuellement à leur désir ardant, s'enlaçant maladroitement mais chaudement pour mieux s'embrasser à pleine bouche. Poussés par leur élan commun, ils finirent inexorablement par basculer au pied du lit, enroulant les draps froissés, manquant de renverser la table de chevet où reposait une lampe à la tige tourbillonnante. Le fracas des corps leur arracha une grimace fugace, puis un rire à la fougue communicative.

« Ouch, j'ai faillit perdre un testicule ! C'était limite limite ! »

« Tch, mon précieux cul vient de me sauver le dos ! »

- Ça va, tu ne t'es pas fais mal ?
- Mes fesses sont suffisamment rebondies. Puis on s'est réparti le choc, je crois.

« Tiens, elle a un grain de beauté sur la tempe. Ça monte le chiffre à sept, pour le moment. C'est terrible, pourquoi j'encombre ma mémoire avec ce genre d'infos moi... »

« Je suis bien, entre ses bras. J'aime son parfum. Et ses rictus. Ses tâches de rousseur éparpillées. Raah, je suis incorrigible. »

Lui déposant un autre tendre baiser sur les lèvres, il se releva en l’emmenant fermement avec lui. Bien que de taille différente, ils ne purent échapper aux rais de lumière qui partaient se jeter sur le mur opposé. Peau contre peau, tous deux restèrent immobiles, zébrés par le soleil, écoutant sensiblement le souffle de l'autre. Ils se détaillèrent à nouveau, sans oser prendre la parole. Assumant pleinement le plaisir qu'il ressentait, il ne chercha pas à combattre un début d'érection. Ses joues se colorèrent toutefois légèrement, ce qui n'échappa pas à sa complice. Elle s'avança davantage pour bloquer son sexe entre ses cuisses. La nuit passionnée leur revint en tête par images désordonnées et rocambolesques. Malgré leurs ébats fusionnels coupables, aucun des deux protagonistes ne souffrait de regrets, même vis-à-vis de leur concubin respectif. Une demi-heure plus tard, ils se firent même la promesse de se revoir sous peu. Amour ou pas, ils avaient baisé ensemble, aussi rudement que délicatement, avec plus d'entrain et d'émotions que la plupart des couples.

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Jean Calbrix · il y a
Dix voix pour cette histoire torride, c'est peu ! Bon je mets 5 boules de plus dans le jackpot, et bravo pour cette histoire sympa, ULM !
J'ai un sonnet en compète printemps sur le triste sort d'un migrant : http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/mumba si le cœur vous en dit !

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