Été

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Des soleils pétillaient dans ses yeux verts.

Je lui tendis la main, une dernière fois, pour sentir son parfum salé et rieur, celui des coquillages échoués sur les plages désertes de Méditerranée, à l'émail étincelant et à l'aiguillon fuselé. Ce parfum primitif, qui rappelait ce que la nature avait d’indompté, ce qu’elle contenait en elle de cette spontanéité fruste, de cette rudesse tendre qu’ont les peuples premiers, avant que le masque policé de la civilisation n’ait altéré la fougueuse enfance de leurs traits, tout comme le reflux incessant des vagues, lorsqu’il entraîne inexorablement les galets humides, leur ôte toute aspérité et, les limant à la chaux ardente du soleil blanc, les plonge dans la grise et stérile uniformité du conformisme.

J’humai son parfum une dernière fois, tandis que les images de cet été brûlant à l’ombre de la silhouette décharnée des pins me revenaient à l’esprit. Je revoyais la chaleur languissante de ce mois de juillet, les nuages, comme autant de fleurs de coton, flottant oisivement à l’horizon, le ciel couleur outre-mer se déversant lascivement sur nous, dégoulinant au compte-gouttes sur nos épaules chauffées à blanc, nous enveloppant de sa couverture sirupeuse. Je voyais le brasier crépitant du soleil qui fendait la terre et la lézardait de son dard impitoyable. Je sentais la fraîcheur du tissu mouillé qui adhérait à ma peau. Et puis j’avais la vague sensation de quelque chose de plus amer, qui me procurait un plaisir moins immédiat, moins évident, comme un arrière-goût de chagrin. Un rayon de soleil dans l’eau glacée, comme un doucereux vertige de mélancolie, une étreinte au goût de regret.
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