et Vlan!

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Petite plume et nouvelle page... "Jours de Semaine", mon premier roman "feelgood" est publié aux éditions France Loisirs (Fév 2021). J’anime "Bulle de Plumes", l’atelier d'écriture créative  [+]

Image de 2018
Les deux enfants se faisaient face. Pierre, bien calé sur sa couche, était assis à même le sol. Il bavait, son pouce enfoncé dans la bouche. Habillé d’une salopette mouillée de salive laiteuse, il jouait tranquillement dans son coin. Dans sa main libre, un petit bonhomme en plastique. Elle, Inès, était installée jambes ouvertes et tendues sous une robe légère masquant sa couche pleine, et fredonnait en caressant une peluche à la forme féline.
Tout à coup, Pierre leva les yeux et regarda Inès. La frimousse de sa soeur, yeux lavande et cheveux retenus par une barrette, l’observa fixement.
- Miaou, miaou, entonna la fillette en agitant la boule de faux poils devant son frère.
Ce dernier se pencha vers le sol et lâcha son bonhomme désarticulé pour attraper maladroitement un gros camion à la couleur criarde.
- Pin pon, pin pon, pin pon... gloussa Pierre, gêné par son doigt humide toujours en bouche et fit glisser le jouet sur le lino. « Froutch, froutch ».
- Argh ! répondit aussitôt Inès en prenant un air de petite peste. La fillette balança son chat derrière elle sans se retourner, et saisit à la place un chien à la pelure bleue abîmée.
- Wouaf wouaf, s’exclama-t-elle en forçant sa voix et en brandissant la gueule râpée de l’animal sous le nez de Pierre.
Mécontent, il fit roulé loin devant lui le véhicule au girophare cassé qui vint heurté une boite de legos. Bong ! Par terre entre les deux bambins jonchait, dans un joyeux désordre, l’intégralité de leur malle à jouets. La grosse caisse en bois renversée laissait voir des bouts de tissus, des morceaux de plastiques, des feutres de couleurs ou encore des éléments de puzzles orphelins dans un fouillis indescriptible.
Parmi ces joujoux pêle-mêle, Pierre jeta son dévolu sur un hélicoptère éventré de ses piles d’origine. « Titititi...» A peine le temps d’imiter le bruit des pales qu’il projeta l’objet à la tête d’Inès. « Bang » fit l’hélico en retombant lourdement sur le lino.
- Grrrrrr, fit la petite énervée par le projectile qui avait frôlé ses boucles blondes. Dans un regard noir, elle hurla :
- Tchou tchou ! enserrant de ses doigts encore potelés un wagon métallique, vestige du dernier anniversaire de son frère. En réponse, Pierre enleva son pouce de la bouche, empoigna et écrasa un klaxon à la poire élastique dont le bruit parvint à couvrir la voix de sa soeur.
- Pouet Pouet !!! firent-ils en chœur.
- Berk ! Inès, d’une moue dégoutée, lui signifia qu’elle n’envisagerait plus de toucher le jouet plein d’écume de sa bave.
De rage, Pierre poussa du pied le klaxon vers Inès qui s’accroupit, les fesses au-dessus d’un monticule de joujoux. La fillette, ainsi postée sur ses petits petons, entreprit une fouille désordonnée en faisant semblant de faire pipi : « Pssssssssiiiii » siffla-t-elle en narguant son frère, yeux dans les yeux.
- Pouah! répliqua immédiatement Pierre avec dégoût.
D’un geste brusque, il extirpa une petite boîte cylindrique parmi les cadavres de jeux disséminés de-ci de-là. « Mhhh meuh ! ». Catastrophe ! sacrilège ! La boite à meuh d’Inès ! Pierre sait qu’il ne faut pas y toucher. C’est LE jouet préféré de sa sœur !
Face à lui, Inès ne bouge plus, dans une posture proche du Haka. Elle est prête à bondir sur lui pour reprendre son jeu favori. Mais Pierre continue, il la nargue, la toise d’un « Na na nère ! », « Mhhh Meuh ».
Patatras, c’en est trop ! Elle fonce sur lui, arrache l’objet convoité, explose quelques jouets au passage, plong, crack, boum, un ballon se dégonfle, pschiiit. La petite main érafle la peau encore douce du garçonnet qui reste interdit. Les yeux ourlés de cils noirs de Pierre s’embuent, « Sniff,... sniff... ». Mais soudain d’un geste nerveux, en pleurs, il tend son bras dodu et envoie une gifle à Inès : « Paf », qui chute lourdement sur sa couche, « Badaboum ». Pas le temps de dire « Ouille » que débute un concert de pleurs « Areu, areu, ouin, ouin, areu... » à deux. « Clac », la porte s’ouvre.
- Mes enfants, mais que se passe-t-il ? Pierre, Inès ? La mère se précipite auprès des deux chérubins aux joues rouges et trempées.
- Quel désordre ! dit-elle en enjambant une poupée sans bras et une grosse toupie multicolore. La jeune femme évite de justesse la chute sur une caisse enregistreuse.
- A chaque fois que je vous laisse seuls vous ne pouvez pas vous empêcher de vous asticoter ! Pfffffff ! râle-t-elle. On se croirait en état de guerre quand on rentre dans votre chambre !
- Môman ! s’écrie Inès en tendant les bras vers elle.
- Môman ! ajoute Pierre en remettant son pouce dans la bouche. Ensemble, les deux enfants se précipitent au creux des bras cajoleurs et s’arrêtent aussitôt de pleurnicher.
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