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Et surtout la santé !

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Louise Calvi

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FINALISTE
Sélection Public

Marcel, il est temps ! Tu ne peux plus attendre. Ça se complique. C’est déjà difficile de passer. Toi seul peux nous sauver.

Marcel ouvrit la porte du chalet Josserand. Le brouillard était dense sur Emparis. Le vent et la neige soufflaient en rafales. Des congères avaient commencé à se former. Vêtu comme pour une sortie dans l’espace, il se demandait si tout cela était très raisonnable. Sa vision était limitée, sa cagoule renvoyait son souffle sur son masque, menaçant d'en givrer en un instant la surface. De toute façon, il n’y avait rien à voir. Son salut et celui des autres résidait dans sa connaissance du terrain. Rejoindre le refuge des Mouterres ! Une balade digestive en temps normal.

Il ne pouvait plus différer, il le savait. Il s’engagea sur le chemin. Ne pas se tromper, ne pas quitter la trace. Celle-ci disparaissait rapidement. Bientôt il ne saurait plus s’il avait pris la bonne direction. Il ne pourrait plus compter que sur son sens de l’orientation. Il se mit à compter ses pas. A l’estime, il lui en fallait 5 000 pour atteindre son but et rapporter le Graal, les sauvant de la catastrophe annoncée. Avec sa condition physique, en temps normal, cela lui prenait soixante minutes aller-retour. Mais là avec de telles conditions... Deux heures tiendraient du miracle.

Il pensait à la chaleur du chalet qui l’attendait et à tous ceux qui comptaient sur lui. Il ne pouvait pas flancher.

Il sentit son pied glisser. Se rattrapa tant bien que mal à une roche et s’aperçut qu’il était au niveau de la bergerie en ruine près de la zone humide. Un pas de plus et il était dans la soupe neigeuse. Avec ce froid, c’était mortel. Son cœur battait sur un rythme effréné en songeant à l’étendue glacée à laquelle il venait d’échapper.

Reprenant son souffle, il chercha à se réorienter. Les ruines étaient sur la droite dans ce sens-là. Il lui fallait donc repartir légèrement sur la gauche pour retrouver peu ou prou le chemin. Puis tout droit pendant 2 000 pas à l’estime. Le problème était de garder la ligne droite. Par cette nuit sombre, embrumée, sans étoile, rien n’était moins facile.

1 000 pas plus loin, il rencontra le poteau d’orientation pour randonneurs. Parfois, cela avait du bon cette gestion des espaces de randonnée. Même si la plupart du temps il pestait contre.

Son cerveau pendant ce temps, lui délivrait des messages remontant à l’enfance. Quand sa grand-mère lui contait les histoires des loups qui, affamés, descendaient vers les villages ou dévoraient des moutons. Fables ou réalité, il n’était plus certain que le canis lupus ne s’attaquait pas aux hommes. Par contre, il était bien certain de savoir qu’une meute s’était installée là deux ans auparavant et que régulièrement, les grands canidés étaient signalés. Les alpagistes râlaient assez à ce sujet.
Raisonne toi Marcel se dit-il, tu ne vas pas commencer à perdre la tête. La peur est mauvaise conseillère tu sais bien ! Allez, avance !

3 500 pas se dit-il ! Enfin, je crois ! Plus que 1 500. Faut pas que je dépasse mon objectif. Avec ce brouillard, vais-je apercevoir la lumière ?
4 400....je n’en peux plus se dit-il ? J’ai les pieds qui gèlent. Ça brule c’est terrible ! 4 750 pas. Tiens, quelque chose tremblote là devant. J’entends une cloche. Allez, j’y vais au son.
4 800 pas. Une porte. Marcel ouvre. La chaleur des Mouterres lui saute à la gorge. Il ne peut prendre le temps de se réchauffer.
- Geneviève, tu as ce que je t’ai demandé au téléphone ? Faut que je me dépêche il y a urgence. Ils vont devenir comme fous sans ça.
- Mon pauvre Marcel, c’est quand même pas juste que tu t’y colles tout seul. Pi, vous auriez pu faire autrement. T’es vraiment trop bon comme gars.
- Bah, ça ne servait à rien qu’on prenne des risques à deux. C’était mon idée après tout ! Allez, j’embarque ça et j’y retourne. La tempête est encore plus forte. J’ai plus beaucoup de temps. Après il sera trop tard et cela ne servira plus à rien.
- Prends soin de toi Marcel. C’est pas un temps pour les humains.

Le revoilà dehors, avec son pied qui gèle et son fardeau à transporter. Même avec les gants le froid le transperce. Dans ce sens-là, le chemin est plus difficile à trouver. Ça monte. La nuit noire est à son comble, doublée du brouillard épais, glaçant, qui le poignarde de part en part.

Son cerveau s’engourdit. Rester en mouvement, bouger, bouger, bouger ! 6 000 pas sont comptés désormais. Bien plus qu’à l’aller. S’est-il égaré ? A-t-il dépassé le chalet sans le voir. Cette obscurité lui pèse, il se sent aveugle. Son bonnet le rend sourd. Ses mains peinent à tenir son fardeau.
Pourquoi a-t-il cédé ? Ils auraient pu changer les plans. C’était pas si grave quand même. Mais non, la Denise faut toujours qu’elle la ramène. Au moins, eux, ils sont au chaud. Lui n’est pas certain de se repérer désormais.

Soudain, il croit entendre un appel. «...El....El... » Est-ce son esprit qui lui joue des tours. Il aperçoit une lueur. Pousse un cri. «...Ci.... ». S’effondre, privé de connaissance.
On le soulève. « Son sac, ne l’oubliez pas ! » C’est la voix de la Denise. Elle ne perd pas le nord. On le transporte à l’intérieur. La chaleur le prend à la gorge, il a du mal à respirer. Ses mains gelées, ses pieds, tous le brulent à hurler en se réchauffant.

Il a réussi, entend-il ? Quand même, il a mis 4h00 ! Est-ce que ça valait la peine ? Regarde dans quel état il est. Il va peut-être perdre un doigt. Il y en a un qui ne se réchauffe pas. Impossible de faire venir un médecin avant demain au mieux.
Allez mettez-le au lit sous une grosse couette, dit Denise. Il nous rejoindra plus tard.

C’est pas tout ça. On a assez attendu. Minuit est passé. Maintenant qu’on les a les patates, on va pouvoir la faire cette raclette.
Tu imagines, une raclette du jour de l’an sans pommes de terre ? On est vraiment passé à côté du désastre.

Du fond de son lit, Marcel entend les « Pop » du Champagne, les rires et la clameur qui lui arrive :
Bonne année et surtout bonne santé Marcel !

PRIX

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Marie-Françoise · il y a
Quel parcours ! Brrrr risqué pr Marcel. Je vs découvre trop tard ms je vote qd mm puisque j’aime. Je vs invite à venir déguster mon Lapin
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Adlyne Bonhomme · il y a
Très bon moment de lecture dans votre texte, merci.
Je vous invite https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/je-tresse-lodeur

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Utilisateur désactivé · il y a
Arrivée depuis peu sur Sh E, je découvre par hasard votre texte et vous remercie pour ce bon petit moment de lecture, j'ai beaucoup aimé. Il est trop tard pour vous soutenir mais pas trop tard pour aimer !
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Louise Calvi · il y a
l'essentiel c'est d'aimer...comme ds la vie. Le reste c'est un jeu. Merci à vous. N'hésitez pas à me signaler vos publications.
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Hortense Remington · il y a
Bonne chance Louise !
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Gerard du Vingt-quatre · il y a
J'ai adoré, Louise.
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Thara · il y a
Je vous souhaite une belle finale...
+ 4 voix !

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Louise Calvi · il y a
Merci à vous. Aujourd'hui ligne d'arrivée.
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J.B. Pélissier · il y a
Merci pour ce moment, et même si je me doutait de quelque chose, c'était bon, comme une raclette ! Je vous file mes 4 voix !
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Louise Calvi · il y a
Merci à vous d'avoir conserver le doute jusqu'au refuge
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Cleio Phane · il y a
Bonne chance!
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Louise Calvi · il y a
Merci
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Eric Chomienne · il y a
Drôle de nuit pour ce passeur ou porteur de tubercule. Marcel fait partie des gens bons
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Louise Calvi · il y a
:):):)
Oui, un début de l'an difficile

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Francis Hop · il y a
Hé ! Réveille_toi Marcel. On a pas assez de patates.
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Louise Calvi · il y a
Pas sur qu'il s'y fasse reprendre. Merci
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