Et si nous n'étions plus un nous ?

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Un texte c'est comme une vie, il naît, il grandit mot après maux, il vit à travers ses lecteurs et il s'achève brutalement par un point final. Mais un bon texte c'est comme une bonne personne, il  [+]

« Marcus, je t'aime » lui ai-je dit ce matin là.


Je n'ai réalisé que bien plus tard que ces mots étaient vides de sens. Devenus banales, nous nous les balancions au visage plus par politesse, par habitude que par un réel élan de tendresse. Je lui disais « je t'aime » comme on dit « j'ai faim ». Au début Marcus et moi étions comme les acteurs principaux d'une comédie romantique. Deux amants que rien ne pouvaient séparer. Nous étions un tout. Amis, amants, aimants, il était ma vie et j'étais la sienne. Nous n'étions plus deux « je » mais un « nous ». C'est peut-être ce qui nous a séparé, étouffé dans cet amour exclusif, exigent. Un jour j'ai réalisé que je n'en pouvais plus. Je ne voulais plus qu'on soit un mais deux, cinq, un million. Je voulais être seule, être moi. Je ne voulais plus de ce nous. Je voulais crier « je suis » à la face du monde, je voulais qu'on me voit pour ce que j'étais et qu'on arrête de ne voir que ce nous. Alors je lui ai dit « je t'aime » comme on dit « Adieu ». J'aurais voulu avoir des larmes pleins les yeux, demeurer cette actrice, avoir une fin digne d'un film hollywoodien. Mais j'avais laissé le masque avec Marcus et ne restait désormais plus que moi. Entière, à nu. J'ai appris plus tard que Marcus avait compris. Même loin de lui notre complicité nous liait. Au fond, je crois qu'il avait cessé de m'aimer lui aussi. Il n'a pourtant jamais refait sa vie. Moi non plus. J'avais été un avec lui et ça personne ne nous l'enlèverait. C'était notre truc à nous. Aujourd'hui devant cette pierre les larmes affluent. Même si, lentement, inexorablement, j'avais cessé d'aimer Marcus comme on doit aimer l'homme de sa vie. Restait une marque indélébile, une empreinte de cet amour fugace. Et cette marque je la ressentait plus forte que jamais maintenant qu'il m'avait vraiment quitté. C'était comme une brûlure, comme si j'étais marquée au fer rouge. C'était facile de vivre loin de lui quand je savais qu'il était quelque part, ça l'était beaucoup moins maintenant qu'il était parti loin de moi, loin de tout.


« Marcus, je t'aime » lui ai-je dit ce matin là, près de huit ans plus tard.


Ces mots prononcés tant de fois n'avaient jamais été si vrais. Seule face à l'immensité de la vie, je réalisais que je l'aimais. Vraiment. Pas par habitude, pas comme une actrice de comédie romantique. Moi, Sacha, j'aimais Marcus. Seule face à l'immensité de la mort, il me tardait d'aller le retrouver pour le lui dire. Et les yeux emperlés de larmes, je compris alors qu'il avait été l'homme de ma vie.

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