Et si je me présentais...

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Pour faire court, l'écriture court dans mes veines, les mots accourent ou me laissent tout court, tomber à cours de mots quoi de pire pour une courtisane  [+]

Chaque lettre, chaque mot, chaque hésitation, chaque affirmation, chaque image, chaque description, chaque intention, révèle un peu de l'âme de celui qui veut bien l'écrire.
L'écriture est une révélation d'abord de soi à soi, car chaque mot écrit fait découvrir à son auteur une bribe de lui même, celle qu'il pensait connaître sans le savoir, ensuite une révélation de soi aux autres, donc l'écriture est un risque, pas toujours mesuré, qui expose son auteur au triturage de son âme puis aux lances et diverses armes de mal intentionnés ou simplement de gueux ou de simples d'esprits, et la terre ploie sous leur lourdeur.
Donc l'écriture est un acte de courage, que dis-je de bravoure, qui nécessite beaucoup de générosité, de témérité et même parfois d'inconscience.
Je salue donc les téméraires écriteurs persévérants et pugnaces dont j'aime à faire partie de temps en temps juste pour le plaisir d'appartenir de près ou de loin à cette famille de l'écriture qui triture.
Peut-être devrai je commencer par me présenter, par me faire connaitre un peu, dieu qu'il est dur de se présenter en quelques mots, non pas que je considère ma vie très riche en histoires ,quoique la plus plate et la plus simple des vies recèle de richesses infinies, mais je pense que se présenter brièvement relève de l'exercice périlleux, du triple salto arrière ou du plongeon sur le dos de la plus haute des falaises, alors je me suis dis intimement, si tu dois te présenter dis quelle est la phrase qui te résumerais le mieux, quels sont les deux, trois mots qui peuvent te représenter en toute sincérité, sans la jouer j'avance masquée, sans détour pour faire court, sans voiles, si tu devais sortir nue,( je sais qu'il fait un peu froid dehors et que c'est imprudent, je sais que je risque gros, le politiquement incorrect me guette), mais si je devais être téméraire et vraie, quelle est la seule phrase qui peut résumer ma vie, ma personnalité, mon âme, j'ai donc réfléchis un peu, pas trop car à trop réfléchir, on ne fait rien, et j'ai décidé d'écrire ceci.
Je me présente:
je suis une fille d'Alger.
Je suis et je serai pour toujours une fille d'Alger, un cœur en exil sur la terre.
Alger dont il ne reste de la blancheur que le nom, une fille qui s'accroche comme sa ville à un rai de lumière aussi frileux soit-il, un fille qui n'attend rien du vent, qui écoute les silences et les traduit en chansons tristes ou joyeuses, qui danse au cœur de la nuit quand les murs gris psalmodient la blancheur.
Je suis comment dire, comme on dit, une algéroise, je n'en retire aucune gloire, la gloire se morfond dans les pavés usés par tant de pieds.
Je suis une fille d'Alger, je ris aux inconscients, je pleure aux estropiés, j'aime aux invalides et je souris aux hommes libres.
De mon propre prisme, Alger n'est ni blanche, ni noire, juste une ville qui m'a vu pousser comme une plante et grandir dans son jardin, comme une mère tantôt blessante mais de ces blessures qui forgent l'âme, tantôt aimante mais de cet amour méditerranéen qui te donne une tape sur la tête à te faire vriller le cerveau puis dans la foulée un baiser chaud et mouillé à te faire tournebouler le cœur, tantôt bienveillante à t'étouffer de son amour brulant, tantôt négligente à t'abandonner sur des chemins boueux et non balisés.
A t'aimer d'un amour schizophrène de sorte que la bicéphalie soit congénitale à te faire dire une chose et faire son contraire, à te faire prendre des risques inutiles, à te faire aimer les brulures, le feu et l'anéantissement, à te faire aimer la vie aussi, intensément , à te faire rire de tout et surtout de toi-même, arrosés comme nous l'avons été au sentimentalisme et à l'eau de rose, aux feuilletons chamallow tout droit venus du cinéma égyptien dans toute sa gloire dans les années lumière, à Bollywood et toutes ses palettes de couleurs, de telle sorte que j'ai vu ma mère et les autres femmes qui m'entouraient laisser bruler leur sempiternel repas sur les fourneaux au risque de se prendre les foudres de maris trop zélés, afin de ne pas rater le nième épisode du millième feuilleton égyptien qui les aura desséchées jusqu'à la moelle et essoré leurs glandes lacrymales, ceci dit, avec le recul, je comprends mieux les vertus thérapeutiques, sédatives et anesthésiantes ce cette thérapie de groupe, l'occasion pour elles de vider les sacs qui pesaient lourds sur leurs frêles épaules .
Alors ces feuilletons où les personnages vivaient des drames, les uns plus malheureux que les autres ,arrivaient à leur faire oublier, le temps d'un épisode, leur propre tragédies, dans une société où femme et mère de famille étaient des synonymes, sans vraiment le droit de se plaindre, elles avaient le droit d'ouvrir leurs fontaines sans avoir à le justifier et cela faisait office d'un véritable exutoire.
C'est drôle , aujourd'hui encore lorsque je regarde un film, lorsque je suis au cinéma, je pleure et je ris comme à l'époque sans aucune retenue, sans doute que j'ai appris aussi qu'il n'y avait aucune honte à laisser déborder ses sentiments et me manquent ces séances où l'on se retrouvait à plusieurs agglutinées autour du petit écran , loin du regard dédaigneux des hommes, pour voyager librement dans nos têtes et laisser exprimer nos joies et nos peines .
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