Et si c'était ça ?

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Kyste ? Tumeur ? C'est ce que le médecin écrivit sur le bon qu'il me transmis, au terme de ma consultation, ce mardi 8 octobre 2019, pour passer un examen, une imagerie. De ces deux mots écrits en bleu, seul le dernier me terrorisa. Et si c'était ça ? Une tumeur.

C'est parce j'avais détecté une grosseur inhabituelle de la taille d'un ovule, sous mon aisselle, sur le haut de mon sein droit, que je contactais mon médecin généraliste sans plus attendre, le lendemain de cette découverte. Le cancer du sein, ma grand-mère paternelle en fût victime. Cette maladie rongea d'abord l'un de ses seins, avant de se propager dans son corps tout entier. Le cancer aura eu raison d'elle, quelques années plus tard. Avec ça, j'avais conscience, depuis le début de ma vie de femme que, dormant probablement dans mes gênes, cette maladie pouvait s'éveiller dans mon organise, alors même que je ne suis âgée que de 41 ans. Car lui, le cancer, se moque de savoir si vous êtes un nourrisson, un enfant, un adulte ou un vieillard avant de s'inviter chez vous, sans prévenir.

Lorsque le médecin me fit part que l'agenda du centre d'imagerie était complet pour deux semaines, il m'était inimaginable de demeurer ainsi, aussi longtemps dans l'incertitude. J'avais besoin de connaître la réponse aux interrogations écrites sur ce papier : Kyste ? Tumeur ? Un peu perdue dans mes pensées, envahie par la peur et le stress, à peine sortie du cabinet du médecin, je téléphonai au secrétariat de mon gynécologue, pour avoir un deuxième avis. Après avoir expliqué mon problème à l'assistante, j'obtins un rendez-vous le vendredi suivant mon appel. L'attente fût longue. Dans l'intervalle, et comme toujours lorsque je vis des mauvaises passes, mon compagnon de vie Vincent sût me rassurer par son amour, sa présence, et m'apporta son soutien jusqu'à ce que, finalement, mes interrogations furent dissipées.

La date du rendez-vous chez le Dr D.S, gynécologue, arriva. Je lui confiai mon problème. Dans mon dossier, l'antécédent familial de cancer était déjà inscrit. Après plusieurs contrôles, puis une échographie, il ne put me rendre un diagnostic établi. Il me déclara, toutefois, ne pas penser que cette grosseur soit cancéreuse mais que, pour en être certain, il fallait passer un examen plus complet : une mammographie. Grâce à ce médecin, et à la providence, mon rendez-vous fut agendé peu de temps après.

Ce jour vint, avec la lenteur d'un événement dont on n'a qu'une seule hâte qu'il ait lieu, comme Noël, lorsque l'on est enfant. Pourtant, j'avais peur. J'ignorais comment se déroulerait cet examen appelé mammographie, et quel en serait l'issue. Sur le chemin me conduisant au centre d'imagerie, alors que je patientais pour traverser un passage piéton, mon attention se détourna sur cet homme que je vis surgir au loin, sur sa trottinette électrique, roulant au milieu d'une route vierge de voitures. Je le connais, c'est lui : l'élégant et hors du commun Monsieur K. Sa tête était ornée d'un casque blanc avec, au centre, une ligne rouge. Il était vêtu d'un pantalon en jeans clair, d'une chemise blanche et d'une parka bleue flottant dans le vent. Il tenait fièrement le guidon de sa trottinette électrique, le regard déterminé et assuré d'un Jack Sparrow aux commandes de son Black Pearl, fixant l'horizon. Je ne pus que sourire devant cette amusante scène qui me fit oublier, le temps d'un instant, ce qui m'attendait.


J'arrivais à destination. Après quelques minutes passées à patienter, une femme vint me chercher. Elle me conduisit dans une salle noire avec, au milieu, un grand et mystérieux engin. Elle me demanda d'ôter mes vêtements, seulement ceux portés sur le haut. Elle plaça ensuite, entre deux plaques de l'appareil, mon sein droit. La machine débuta son travail. Les deux plaques, froides, écrasèrent mon sein. Ce fût douloureux, angoissant. Les paroles de la technicienne en radiologie furent sèchent, directes, sans empathie ni compassion : "Ne bougez pas ! Restez droite ! Restez centrée ! Ne bougez plus ! Encore plus à droite ! Vous pouvez vous rhabiller ! Attendez ici, le médecin va venir !"

J'attendis, seule, dans cette salle sombre et froide. Le médecin, celui pouvant poser un diagnostic, fini par ouvrir la porte de la salle. Lorsqu'il s'adressa à moi, avec un accent italien, cela réchauffa la pièce. Il consulta les images provenant de l'examen sur des écrans. Je pus les voir, moi aussi, découvrant pour la première fois la structure interne et fibreuse de cette partie si fragile de mon corps de femme. Puis, il me dit : "Ne vous inquiétez pas ce n'est pas cancéreux, c'est un nodule, il a gonflé à cause des hormones. Continuez à le surveiller, si vous voyez qu'il devient trop gros et qu'il vous dérange, on pourra vous l'enlever". Je fus si soulagée, si émue, que des larmes me vinrent aux yeux. J'avais si peur que le diagnostic d'un cancer soit établi, si peur de la maladie et de toutes les souffrances des traitements l'accompagnant, si peur d'être privée des bonheurs de la vie, si peur de... la mort.

En sortant du centre d'imagerie, je pus remercier la vie de m'avoir offert ce cadeau, celui d'être en bonne santé, de pouvoir contempler ce ciel automnal éclairé par un timide soleil, et des paysages aux couleurs se déclinant dans des teinte orangées s'offrant devant moi. Puis, j'eu une pensée pour les autres femmes, les hommes, les enfants, ceux dont le diagnostic d'un cancer est confirmé. Je fermis les yeux, concentra mon attention sur mon cœur, ma poitrine, et je leur envoyai une lumière rose, puissante, remplie d'amour et de courage pour qu'ils puissent, femmes, hommes, enfants, garder la foi dans l'espérance d'une prompte et totale guérison.

Aujourd'hui, une année après ma première mammographie, lorsque je sens le nodule, toujours présent dans mon sein, parfois gros, parfois petit, je sais qui il est, je n'en ai plus peur : il n'est plus cette grosseur ayant pu avoir comme nom tumeur.
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