Et le désert ne sera qu'amour

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Le départ est proche ; il immine. Même, le voyage est commencé déjà. Il y a bien la musique, pour seul et tout renfort. Mes pas ne me porteront nulle part ; simplement, ils m’éloigneront. J’irai où j’irai, et les autres n’y seront pas. Le désert m’attend, et je crois bien que c’est en grande pompe qu’il entend m’accueillir dans son sein chaud et bon. J’aurai enfin toute son attention. Et pour célébrer ma venue, il déploiera d’immenses espaces comme je sais qu’il aime à faire. Les dunes m’offriront un sol joufflu où approfondir le pas. En courant, je multiplierai les chances d’entorse : telle est la règle du mouvant. Mais il n’y aura qu’amour, là où lentement je me précipite. Que ma cheville tourne, que la douleur me tire les pires gémissements, je ne m’en ferai pas. Car le tout sera fait avec amour, rien qu’avec ce matériau précieux et beau. Aimant, le soleil m’enverra ses baisers qui me dessécheront, quand ils ne me brûleront la peau. Et quand sonnera l’heure du soir, un froid sibérien me sera l’ersatz à ces couvertures dont je ne me serai pas embarrassé au moment de partir. Et comme on a du rouge aux lèvres, avant de sortir, ma peau aura du rouge aux plaies, au moment de dormir. Je serai d’une élégance jalousée de tous, drapé d’écarlate, le corps et le cœur souriant de toutes leurs entailles. Mes muscles me trahiront à chaque effort où je les engagerai. Je tomberai, me relèverai pour retomber encore, retomber mieux, toujours avec amour. Prenant prétexte de mes vacillements, je me ferai danser comme à la gloire de ce Dieu dont les pluies ne descendent jamais. La douleur s’entichera de mon corps, et le pressera jusqu’à en faire fuser des cris d’une joie salée de larmes. Plein et entier sera mon bonheur, lorsqu’au souvenir des temps défunts, au cœur j’aurai le remords d’avoir seul enfanté ma perte. Ma tête, dans sa chute, rencontrera un oreiller de sable compact et dur. Je garderai, dans mon sommeil, les yeux ouverts et des becs viendront, mus par la plus grande sollicitude, me les retirer alors que je n’en aurai plus l’usage. Les jours et les nuits passeront sur mon corps, que déshabilleront de sa chair les faims multiples du désert. Et je ne serai plus qu’immaculée blancheur. Une dune se formera d’où sailliront des côtes, à l’abri desquelles joueront comme des enfants un scorpion et une vipère. La dune, avec le temps, recouvrira le squelette intégralement, avec la même tendresse qu’une mère couchant ses petits. Un dromadaire, un jour, sentira que sous son poids se craquelle un crâne dur mais fragile : alors seulement, j’aurai perdu la tête pour de bon.
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