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Et elle se déraube...

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Stéphane Damois

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Mon petit pavillon acheté à crédit était inondé de magie.
Même les traites mensuelles ponctionnées systématiquement sur mon compte bancaire me semblaient comme un printemps sur une pente douce en direction de l’été.

Un parfum délicat, aux essences d’une rose rare, me tirait de mon sommeil.
Ma peau, en proie à un souffle chaud, se détendait sous le sceau d’un aveu déposé sur mes lèvres.
Le café s’écoulait sereinement en offrant au temps une parenthèse enchantée.
De la magie matinale qui m’attendrait à mon retour.

En passant le pas de la porte, les sols respiraient la lavande méridionale.
Le frigo n’avait pas à se plaindre d’un manque de considération.
La télévision se surprenait à ronronner devant des comédies romantiques.
Avec cette magie je pouvais, de nouveau, entendre la musique.

Quand des potes passaient à l’improviste histoire de refaire le monde, la magie savait être discrète pour me laisser emporter par mes illusions de révolution.
Lors des repas familiaux interminables, un clin d’œil complice me permettait de rester à quai sans évoquer mes propres convictions face aux dérapages alcoolisés.

La magie opérait également lorsque je conduisais.
Comme une main soudainement délicatement posée sur la mienne et je ne m’offusquais pas d’être la victime d’une queue de poisson, de me faire piquer ma place de parking.
Je relativisais, j’étais en paix.
Faire les courses était un jeu d’enfants, une marelle dont le ciel bleu m’irradiait.

La magie était une magicienne.
A coup sûr une sorcière bien aimée qui, d’un sourire, d’un regard, rendait mon quotidien moins ordinaire.
Une déesse attendrie par mes démons intérieurs, une fée conciliante avec les tempêtes qui me faisaient tanguer de bâbord à tribord, des comptoirs au lit.

Mais les sorcières, les déesses, les fées n’existent pas.
Elle m’a quitté, elle est partie.
Et la magie avec.

Quand l’aube enfile ses bas nylons pour aller illuminer un autre endroit c’est le crépuscule qui habille mes murs et mes journées.

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Virgo34 · il y a
C'est magique... et poétique.
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Stéphane Damois · il y a
C'est juste un texte que j'avais en magasin auquel j'ai ajouté deux-trois phrases et modifiant le titre.
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Françoise Grand'Homme · il y a
La magicienne drapée d'aube en s'éclipsant s'ombre de crépuscule.
Une écriture qui danse légère jusqu'à ce que la note s'effondre à la fin.
La dernière phrase est très belle.

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Stéphane Damois · il y a
Je vous remercie, phrase donc rajoutée ultérieurement à ce texte que j'avais déjà.
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Jean Calbrix · il y a
Un joli texte poétique à souhait pour des réflexions désabusées sur un désamour. Quand l'aube enfile ses bas nylon..., c'est superbe ! Bravo, Stéphane. +5
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Stéphane Damois · il y a
Merci. J'avoue que c'est un texte que j'avais déjà, j'ai changé le titre, rajouté deux ou trois phrases dont la dernière.
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Jean Calbrix · il y a
Ce rajout est vraiment superbe, Stéphane !
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Maour · il y a
Je vous soutiens pour le prix ;)
J'espère que vous aimerez aussi mon poème :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-retour-du-soleil
Amitiés

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Fofi · il y a
Belle écriture, à la fois détachée et triste...
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Keith Simmonds · il y a
De belles images bien choisies ! Mes votes ! Bonsoir, vous avez voté une première fois pour “Croisière” qui est en FINALE pour le Prix Imaginarius 2017. Je vous invite à le soutenir de nouveau si vous l’aimez toujours. Merci d’avance et bonne soirée!
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/croisiere-2

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Christopher Olivier · il y a
Très beau texte belle écriture, l'histoire est simple mais en quelques lignes beaucoup est dit
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