"Est-ce grave, docteur ?"

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écrire pour se vivre encore et encore, pour jouer avec ses miroirs et ses mémoires. Ecrire pour se voir dans l'autre, pour voir l'autre en soi  [+]

"Est-ce grave, docteur, de penser à elle tout le temps ? Est-ce même dangereux ? Ou contagieux ? N'est-ce pas risqué pour la terre elle-même, qui risque de ne plus tourner dans le bon sens ? N'est-ce pas d'un grand désagrément pour le soleil lui-même qui ne serait plus la source première de lumière ? Cela ne risque t-il pas de fâcher les dieux qui, soudain, par la magie d'un amour bassement humain et honteusement terrestre, se retrouveraient bannis de toute sollicitation, renvoyés donc, comble de l'histoire, aux calendes grecques ?
Vous me croyez, docteur, bien sûr, si je vous dis que je n'y suis pour rien, que je n'ai même pas voulu ça, que je me suis égaré, donc, un jour, en moto, sur une route de montagne... et que c'était de sa faute, à elle, cette scélérate apparition, fatale comme un ruisseau qui coule, évidente comme un jour qui se lève... oui, fatale et scélérate... mais elle sourit si bien ! Et puis ces yeux qui s'ouvrent d'un seul coup, comme pour vous voir et vous éviter en même temps, et puis ces mains qui bougent tout le temps et que vous voudriez attraper pour les embrasser, pour les emmener avec vous, les mettre dans votre poche, les mettre dans votre cœur!... pour de bon, pour longtemps, peut-être même pour toujours...
Voyez docteur, je n'y suis pour rien, cette histoire je ne l'ai pas voulue, mais, vous comprenez, elle est écrite pour moi, je palpite avec elle, je revis, je savoure jusqu'aux minutes, aux secondes, de ces fractions de temps qui glissent sur moi et me la rappellent indéfiniment... comme cette musique de Jacques Bertin qui me ramène à tout, à l'essentiel, à mes 18 ans... J'arrête là, docteur, je vais vous soûler avec mes histoires de cœur, je vais vous endormir... mais avant de vous quitter pour goûter le somnifère que vous me prescrivez, laissez-moi encore vous dire, vous épeler, vous susurrer son nom..."
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