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Essai sur le cordon ombilical

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Anne

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A quoi pense l’obstétricien quand il coupe le cordon ombilical du nouveau-né ?

La pince crocodile posée, le cordon ombilical va sécher et être le seul point du corps non abouti de ce chérubin attendu par ses parents. Ce point du corps qui reste le seul non revendiqué dans la beauté parfaite, au travers des yeux de ses parents, de tout nouveau né.
En une première simple action d’amour, la mère a pour instruction avec un coton tige de passer délicatement avec le plus de douceur possible un désinfectant ayant pour objectif, non prescrit par le médecin de se débarrasser au plus vite de cette « chose ». Cette chose porteuse de tous les symboles de la transmission de la vie, n’est pas vénérée comme elle a dû l’être dans quelle que civilisation lointaine. La nouvelle mère ne la vendra pas pourqu’elle soit pilée et incorporée à un talisman, elle hésitera à la garder en trésor pour des souvenirs et elle fera semblant de ne pas s’apercevoir que le dernier lien physique qui la relie à cet être va à la poubelle.
Et sur ce petit corps va apparaître une trace du cordon ombilical qui retrouvera de l’intérêt, à la surprise de l’enfant devenu adulte pour le premier amour qui se penchera sur ce corps. Et les amoureux se réjouiront, dans une découverte mutuelle, peut être, d’une forme en marguerite ou d’une forme proche d’un clavier numérique avec des petits carrés verticaux. Ils s’amuseront de la comparaison d’une forme ronde sur un corps face une forme verticale sur l’autre corps. L’obstétricien pense-t-il à l‘instant où il pose la pince crocodile qu’il provoquera jeux, rires et amours. S’amuse-t-il, lui aussi, en donnant son avis par la forme de son geste, à intervenir dans ses moments aux quels il sera absent ? Veut-il faire une jolie paupière sur un œil ? Veut-il faire un trou de serrure ? Veut-il lui donner de la profondeur ? Veut-il le plisser comme une rose ? Veut-il ajouter une rondeur ? Veut-il l’aplanir à le faire disparaître ? L’obstétricien s’inquiète-t-il de l’idée qui passera par la tête de l’être qu’il a sous les doigts quand celui-ci fera intervenir un tatoueur pour modifier ce morceau du corps qu’il est en train de façonner ? Cet être qui voudra un tatouage pour sublimer son corps et qui choisira une marque autour du cordon ombilical comme pour se nourrir un peu de la vie que celui-ci a apporté.
Pense-t-il à la tristesse d’y voir percer un objet définitivement ancré qui cachera ce lieu unique du corps ? Peut-il dire au creux de l’oreille du nouveau-né que l’objet ne doit pas obstruer pour ne pas être déclaré comme un vrai intrus dans cette seule partie du corps où il peut s’amuser avec sa pince crocodile ?

Pense-t-il à ces jeux ou pense-t-il à la forme la plus efficace pour résister aux bourrelets du temps qui passe sur les corps ? Lorsque cela ne sera plus la forme ronde d’un ventre attendant un enfant ou la forme parfaitement posée sur un torse tendu, mais quand il deviendra un triste pli brisé sur un corps vieilli. A-t-il cherché des tableaux, des sculptures de corps nus pour trouver la position de la pince croco qui résistera le mieux au temps ? A-t-il déniché le vieillard du musée de l’ancienne gare d’Orléans d’un peintre bayonnais et ce corps noueux de veines, de tendons, sans muscle, sans chair mais conservant fièrement la marque du cordon ombilical qui lui a donné naissance ?
Ce peut-il que l’obstétricien ne pense ni aux jeux d’un après-midi amoureux, ni aux corps vieillissant, mais à un geste efficace, évitant aux peluches et poussières de s’immiscer dans ce seul endroit où les doigts des jeunes enfants les repèrent et se préoccupent de les extirper ! Peut être que le souci d’hygiène est sa seule préoccupation ? Mais dans ce cas, pourquoi a-t-il laissé un grain de beauté dans le mien ? Cela fait une grosse tache !
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