Esperanza

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Voici quelques nouvelles qui ont toutes été primées à des concours... Je vis dans l'Ouest de la France, en pleine campagne. J'étais enseignante spécialisée jusqu'à un passé récent. Et  [+]

ESPERANZA



On était le 2 août 1492, c’était à Palos, à la veille du départ de la Santa Maria. Fernando devait partir le lendemain, il était à la taverne avec ses amis, heureux à l’idée de l’aventure et du voyage, des chimères plein les yeux. Moi, j’étais triste à la pensée de notre séparation, inquiète car la mer est d’une cruauté terrible et j’étais venue errer sur le port. C’est là que je les avais vus. Christophe Colomb et son fils. Le garçon s’appelait Diego, il n’avait qu’une douzaine d’années. Lui aussi redoutait ce départ. Il craignait de ne jamais revoir son père. Mais Christophe Colomb accomplissait le rêve de sa vie et il ne voulait pas y renoncer malgré l’insistance du petit garçon. Pauvre Diégo, comme je comprenais son tourment...
Les bateaux sont partis au matin du jour suivant dans une atmosphère de liesse. Ils partaient pour les Indes, découvrir un nouveau monde, trouver des trésors, des merveilles. Tout l’espoir, toute la folie des hommes était dans cette quête sans fin d’un improbable El Dorado.
Ce n’est que quelques jours plus tard que j’ai compris que Fernando m’avait laissé un cadeau inestimable. Une vie nouvelle palpitait dans mon ventre. Désormais, j’allais doublement attendre. Le retour de la Santa Maria et la naissance de l’enfant. Peu importe, je sais attendre, mes parents m’ont baptisée Espéranza et ce nom m’aide à traverser toutes les sortes de tempêtes...
Le 15 mars de l’année suivante, un bruit a couru soudain dans toute la ville de Palos que les bateaux étaient de retour. Tout le monde s’est précipité au port. C’était vrai, ils arrivaient, magnifiques voiliers sur la mer au loin. Mon cœur battait à tout rompre. Mais, quand on a commencé à mieux voir, on a compris qu’il en manquait un. Et plus ils approchaient, plus il me semblait que celui qui manquait, c’était le mien, la Santa Maria. Ils ont accosté et on nous a dit qu’à Noël, un des bateaux s’était échoué sur un banc de sable, qu’il avait fallu laisser 39 hommes là-bas, dans les Indes, dans un petit fortin qu’ils avaient construit et qu’ils avaient appelé « La Navidad ». J’étais grosse de 8 mois et mon mari était à l’autre bout du monde, vivant sans doute, mais si loin, si exposé à mille dangers que je craignais pour mon enfant qu’il ne connaisse jamais son père.
Lorsqu’il vint au monde à peine un mois plus tard, je le baptisai Diégo, comme le fils de Colomb, parce que cet enfant m’avait touché naguère, au jour de leur départ, et parce que je pensais que ce prénom lui porterait bonheur, puisque Diégo Colomb, lui, avait eu la chance de voir revenir son père.
Mais mon Fernando ne revint pas. Je le sus plus tard, tous les hommes de la Navidad furent tués par les Indiens.
Ainsi j’ai élevé mon fils toute seule. Nous nous installâmes à Cadix, qui est une ville de grande activité, où je trouvai à travailler comme cuisinière dans une grande maison. Diégo avait grandi dans la vénération des marins, comme il arrive lorsque l’on est privé de père et que l’on fait de lui un être idéal. Or, en mai 1502, Christophe Colomb organisa un quatrième voyage. Lorsqu’il l’apprit, Diégo, fou de joie, s’engagea comme mousse sur le « Santiago » qui devait partir le 11. Il était grand et fort pour son âge, il prétendit qu’il avait treize ans.
Alors, je suis allée voir la vieille Victoria qui habitait dans les bas quartiers et qui était un peu guérisseuse, un peu sorcière, je la priai de me préparer une de ces potions qui vous endorme et qui ne vous tue pas. Diégo en a bu une pleine chope tout à l’heure, sans se méfier. Quand il se réveillera demain, il sera trop tard, le bateau sera parti et il me haïra. Qu’importe, Dieu ne peut pas permettre que je perde aussi un fils.
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