Escapade sur les toits

il y a
2 min
103
lectures
23
Finaliste
Jury

Bonjour tout le monde ! J'aime écrire depuis de nombreuses années. Vous trouverez ici quelques uns de mes écrits  [+]

Image de 2016
J'avance rapidement. Plus je suis loin de mon habitat et mieux je me sens.
Il fait encore froid. Il est tôt. Au-dessus de ma tête, le ciel est bleu fantôme.
Mon escapade s'étend en deux dimensions, en longueur et en hauteur.
Si je m'éloigne de mon lieu de vie habituel, c'est qu'il est imprégné de routine sombre. Des événements tristes s'y sont déroulés.
Si je suis sur les toits de Paris, c'est que je souhaite échapper à la masse des humains.
Quand j'ai commencé à monter sur le zinc, j'avais six ans. Ma mère venait de faire une tentative de suicide en sautant d'un toit, dévastée par le départ de mon père. Dans le but de comprendre le geste de ma mère, j'ai voulu affronter le haut des immeubles. Je les ai au fil du temps apprivoisés.
Grâce à un escabeau, je me hissais hors du vasistas. Mon toit était alors le seul que je fréquentais.
Puis, l'envie d'aller plus loin, de découvrir les toits de ma ville m'a prise.
Alors, je me suis exercé. J'ai appris à marcher sur l'arrête du toit, à sauter, à escalader les murets. Je suis tombé trois fois la première année, atterris deux fois à l'hôpital. Ma mère devenait folle. J'ai bravé ses interdictions et j'ai continué.
J'ai pris mes marques. J'ai rencontré deux chats, dont un qui semble avoir toujours vécu là. Je pense qu'il a été abandonné petit. Il partage souvent avec moi un bout de chemin. C'est mon compagnon de route, je lui ai même décerné un nom, Roberto.
J'ai choisi les toits idéals pour méditer et contempler le monde d'en bas, où s'agitaient les hommes. Leurs vies, leurs destins de mortels qui se nouaient, tout cela était lointain, et c'était bien mon but.
Je n'ai pas changé aujourd'hui. La tristesse de ma mère a provoqué une fissure si profonde en moi que j'évite les hommes pour me protéger.

L'horizon s'allume. Soudain, la lumière s'étend à tout le ciel en un flash lumineux rose.

Je m'appuie plus sur mon pieds en aval. Je décale mon centre de gravité vers l'amont. J'adopte une nouvelle façon de me déplacer dès que je passe sur le zinc ou l'ardoise.
Mon second monde.
L'appréhension m'a quitté depuis longtemps. Étant sur les toits depuis une dizaine d'années, c'est comme une seconde langue maternelle. J'y passe sans y penser.
Je me nomme Calisse. J'ai un physique ordinaire. Je suis mince, la peau claire, les cheveux bruns.
Je suis misanthrope, solitaire. Les autres m'angoissent.

Je marche, ma sacoche sur la hanche. Le soleil commence à chauffer ma nuque quand je décide de m'arrêter. Je m'assois sur au bord d'un toit assez plat, et ouvre ma sacoche.
Je mange, puis m'accorde un moment de repos. Je contemple le ciel, au loin. Je pense avoir fait environ trois kilomètres.
Soudain, j'entends un bruit. Des sanglots. Je regarde autour de moi.Devant moi, le vide. Sur ma droite, cheminées, sur ma gauche, plaques de zinc. Derrière, un vasistas.
Je n'ai jamais fouiné dans la vie des gens. Je suis bien élevée, et puis, me préoccuper des autres n'est pas pas dans mes habitudes.
J'hésite.
Les pleurs s'accroissent. Une longue plainte surgit. Un concentré de douleur pure.
Mon cœur s'effondre. Je dois aller voir.
23

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,