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Jipeb Blanc

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Il fait nuit depuis plus de quinze jours.
La température a baissé de 50°C.
Les climatisations n'ont cessé de tourner.
Le directoire a pris les mesures les mieux adaptées aux circonstances.
Le plan Oméga fonctionnera pendant vingt-huit jours, le temps nécessaire aux poussières volcaniques pour échapper à l'attraction terrestre. Ensuite, elles poursuivront leur voyage cosmique.
La puissance de l'explosion du mont Lachat a été extrêmement violente. La projection des laves dans l'espace s'est effectuée avec suffisamment d'énergie pour les mettre en orbite terrestre. Peu de temps après, l'écran de ces scories s'est installé dans la stratosphère. Après plusieurs rotations dans le sillage de la terre, il quittera sa trajectoire elliptique, par la tangente et continuera sa course dans l'espace.
Tout avait été minutieusement prévu par les différentes régions continentales. Le plan Oméga, résultat de leur concertation, avait été appliqué à la lettre.
Les prévisions de la commission scientifique n'envisageaient pas d'autres explosions. Pourtant, par mesure de prudence, le premier volet du plan préconisait la mise en veilleuse de toutes les sources d'énergie. En tout premier lieu l'énergie solaire, bien sûr. Les capteurs solaires étaient tous rendus inefficaces à cause de l'énorme nuage qui plongeait la planète dans l'obscurité. En second lieu, les réacteurs nucléaires et ioniques avaient été stoppés par mesure conservatoire. Seule l'énergie éolienne était utilisée à plein régime. Le refroidissement subit de la Terre avait provoqué un vent violent et régulier. Le réseau de ces immenses moulins à vent s'étant considérablement développé, il leur était possible de suppléer à tous les besoins du moment.
Cette première partie du plan Oméga n'avait soulevé aucun problème de concertation.
Par contre, la commission scientifique avait eu plus de difficultés pour faire admettre le deuxième volet de ses propositions.
Comme cette éruption était attendue à date prévue, avec une intensité énergétique bien calibrée, les membres de la commission avaient proposé qu'une part importante des déchets nucléaires de la planète soit stockée dans l'entonnoir du bouchon volcanique. Ainsi, le jour venu, ils seraient propulsés dans l'espace.
Leurs prévisions étaient suffisamment précises pour montrer que la trajectoire de ce véhicule radioactif ne rencontrerait aucune des planètes du système solaire. De plus, pendant leur séjour en orbite terrestre, l'éloignement progressif serait suffisant pour éviter toute contamination.
Au sein du directoire, le continent asiatique, dont la préséance avait été régulièrement grandissante, avait mis son veto durant toute une journée. Puis les arguments de la commission scientifique avaient été suffisamment convaincants pour faire l'unanimité.
Aujourd'hui, quinze jours après l'explosion, tout se déroule normalement. La commission scientifique et la commission psychologique présentent un additif au plan de gestion de l'événement.
Depuis le début, la terre est plongée dans une obscurité fonctionnelle, cela pour pallier à toute dépense inutile d'énergie. Les moments d'éclairages intenses de la journée sont programmés. L'inconvénient du programme réside dans l'inactivité trop fréquente des terriens.
Les membres des deux commissions citées proposent d'utiliser les treize jours restants pour une rééducation sexuelle provisoire et sous contrôle scientifique des populations des cinq continents.
En effet, l'éradication du SIDA, durant les siècles précédents, avait été progressivement obtenue grâce à la suppression de toute activité sexuelle, imposée puis acceptée par les populations.
La juste reproduction nécessaire au maintien de l'activité économique avait été réalisée par une reproduction en éprouvette de la race humaine.
Ce programme de grande envergure avait prévu, après deux siècles de fonctionnement, une réinjection ponctuelle de fœtus conçus par les vieux principes archaïques. Elle devait permettre de redonner un caractère terrien à la race et juguler les dérives génétiques perfectionnistes de la reproduction en éprouvette.
Le temps était donc venu de respecter les consignes initiales. Il semblait opportun de profiter de cette période.
En effet, les paléontolo-sociologues de la commission scientifique, après avoir consulté les archives sur les copulations erratiques et ancestrales, avaient conclu la nécessité d'une période d'ombre pour favoriser l'expérience.
Ils proposaient donc de harceler les populations. Pendant une semaine, les films adéquats, anciennement appelés "érotiques", seraient projetés sur grand écran et tenteraient de réveiller chez chacun une sexualité enfouie par plusieurs générations d'inactivité.
Puis, les gens seraient consignés chez eux, soumis à un régime diététique.
Au bout du temps requis, ils devraient tous apporter la preuve de leurs actes. Une auto-analyse biologique serait réalisée à domicile par leurs propres soins. Un laboratoire en avait mis au point le protocole.
Les prévisions prévoyaient un taux d'échec élevé, de l'ordre de 70%.
Les 30% de réussite escomptée seraient suffisants pour relancer, sur de bonnes bases, la reproduction générale de la race.
La seule incertitude des membres de la commission scientifique était relative au déconditionnement des terriens, pour un retour à la norme.

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