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Hallward

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FINALISTE
Sélection Jury

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Pourquoi on a aimé ?

L'imagination est le point fort de ce texte qui établit, un peu comme un conte merveilleux, une belle morale en faisant l'éloge de la différence et...

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Depuis l'annonce de sa construction au milieu de la mer en 2020, la station de recherche Méliès n'avait cessé de hanter le nuits des jeunes enfants qui se rêvaient déjà ingénieurs de l'imaginaire de demain. Alors forcément, le jour où le chercheur Bachir Elliott reçut la lettre d'affectation à la station qu'il avait mainte fois dessinée étant jeune, il eut la confirmation de ce qu'il savait depuis toujours : sa vocation était de devenir le plus grand faiseur de rêves.
Ainsi, c'est plein d'espoir qu'il prit le bateau en direction de l'endroit magique auquel il allait dédier sa vie, un matin de mai. Bachir arriva à destination sur le coup de midi. Il fut accueilli par un homme d'un certain âge à la moustache hongroise, qui se présenta comme le responsable de la station et l'invita à le suivre pour une visite.
C'est donc ici que l'on fabrique les rêves... pensait-il, impressionné.
Le vieil homme le guida dans un couloir entièrement vitré. Les fenêtres donnaient sur de grandes salles où les employés s'affairaient. Il lui montra en premier lieu celle qui s'appelait le « bureau des scénaristes ».
— Mais ce sont des enfants ! remarqua l'ingénieur.
— Bien sûr. Qui de mieux qualifié qu'un enfant pour élaborer un rêve ?
Ils entrèrent tous deux dans le bureau rectangulaire et coloré. Une petite fille étrange dessinait sur une feuille de papier scolaire une forme qui rappelait celle d'un dinosaure.
— Celui-ci est terrifiant ! s'exclama le responsable. Chantal ? (Chantal était la dame en charge des jeunes scénaristes) Aidez cette petite à dessiner quelque chose de plus féerique, je vous pris.
Il guida le nouvel ingénieur à une autre table où deux petits garçons dictaient un scénario à une dame âgée de façon énergique. L'histoire semblait parler de vaisseaux pirates et de sirènes. La petite fille au dinosaure accourut.
— Je veux dessiner la sirène !
Le responsable trouvait l'idée sage.
— Bien, dit-il en lui ébouriffant les cheveux, dessine une belle sirène afin que je puisse montrer à monsieur Elliott comment nous les fabriquons.
— Vous fabriquez des sirènes ? demanda Bachir tandis que l'enfant se saisissait de crayons.
— Nous possédons ici à Méliès le plus grand aquarium de sirènes au monde !
L'enfant, très appliquée, commençait à dessiner une femme à corps de poisson. Bachir regardait avec attention, tandis que la dame âgée continuait d'écrire l'histoire dictée. Un pirate, accusé d'avoir volé un trésor, y était jeté à la mer et secouru par une belle sirène aux cheveux dorées et aux yeux brillants. La petite fille s'appliqua à colorier les nageoires en rouge et vert puis, soudain, avec des gestes saccadés, elle se mit à tracer des cheveux noirs ébouriffés et un sourire très, trop grand.
— Bah, dit le vieil homme, ce n'est pas exactement la sirène que nous imaginions. Je prends quand même ce dessin, mais c'est pour montrer... Suivez-moi, monsieur Elliott.
Ils continuèrent dans le couloir vitré. L'homme roula la feuille de papier pour la faire entrer dans un tuyau qui débouchait dans l'une des salles. Bachir vit à travers la fenêtre une femme réceptionner le croquis, grimacer, puis se mettre à découper du tissu blanc.
— Les couturières battissent les personnages du rêves. Tous les tissus que vous voyez sont très doux et très légers. Les meilleurs du pays ! Nous nous servons des chutes pour fabriquer des oreillers.
Ils allèrent ensuite voir la salle où les ouvrières assemblaient les membres de la poupée, puis celle où un jeune homme lui cousit des cheveux et des yeux en bouton. La sirène ayant enfin un visage, Bachir s'étonna de le voir lancer la poupée dans ce qui ressemblait à un four.
— Voici la machine à vie, dit le guide. Descendons voir l'aquarium !
Bachir le suivit dans un tout petit escalier qui donnait dans une très grande salle. Le mur devant eux était en réalité une vitre, l'eau derrière était étincelante, et une dizaine de femmes poissons y nageaient. Elles étaient toutes plus petites et plus belles les unes que les autres, leurs yeux plus bleus et clairs que l'eau elle-même. L'une d'elle avait des écailles argentées et une chevelure rousse comme une fourrure de renard filée.
— Celle-ci est ma préférée, dit le vieil homme.
Bachir remarqua alors qu'elles avaient toutes un numéro de série calligraphié sur le bras... C'est alors qu'ils entendirent un bruit dans les tuyaux au dessus d'eux, l'eau déborda d'un coup de l'aquarium et ils furent tout éclaboussés comme si quelqu'un venait de balancer un tonneau parmi les jolies sirènes.
— Je crois que notre test vient d'arriver.
La sirène que l'enfant avait dessinée arriva la tête en bas. Elle était beaucoup plus grande que les autres, elle avait un bras plus long que l'autre et ses cheveux, courts et indomptables, lui cachaient plus ou moins les yeux. Elle remit ses nageoires bariolées en place et, comme elle remarqua que Bachir la regardait, elle lui adressa un grand sourire qui fit frissonner le responsable de la station Méliès.
— Oui, dit-il comme pour confirmer ce que Bachir pensait, cette petite fille nage régulièrement à contre-courant. La plupart de nos rêveurs demandent à être remboursés.
Il fit sortir cette étrange sirène de l'aquarium et, d'un coup de stylo bille, écrivit grossièrement « erreur d'usine » sur son bras.
— Qu'allez vous en faire ? demanda Bachir.
Le responsable haussa les épaules.
— J'aimerais l'avoir... dit-il de façon hésitante. J'aimerais aussi travailler avec cette enfant, à l'avenir.
Le vieux ouvrit des yeux ronds comme des billes.
— Vous voulez fabriquer des cauchemars ?
Bachir fit non de la tête.
— Je voudrais fabriquer des rêves pour chacun. Enfant, j'ai rêvé maintes fois d'une sirène qui ne serait qu'à moi. Heureusement qu'un rêve peut me l'apporter. Qu'est-ce qu'un rêve, sinon une erreur d'usine ?
Ayant prononcé ces mots, il remonta l'escalier en portant sa sirène comme une vignette Panini collector et l'installa dans l'aquarium de son nouveau bureau. Il savait désormais que sa vocation serait d'imaginer les rêves des vrais gens.

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Lorraine Cambier · il y a
Bonjour, ton texte est sublime. Je compte d'ailleurs l'utiliser dans le cadre de mon stage de français afin d'aborder le conte moderne. Pourrais-tu m'éclairer sur un des termes utilisés? Qu'entends-tu par "Il savait désormais que sa vocation serait d'imaginer les rêves des VRAIS gens"? Est-ce parce que lui-même est une personne singulière et non pas un "mouton" et qu'il considère les personnes aux rêves "tordus" comme "vrais"?
Merci d'avance.

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Hallward · il y a
Bonjour, oui c'est bien ça l'idée. Disons que la singularité est ce qui fait tout l'intérêt que l'on peut porter à une personne ou à une chose. Malheureusement, alors que tout le monde possède sa singularité (quelle qu'elle soit), j'ai l'impression que notre société nous oblige à gommer un maximum ce qui nous rendrait extraordinaire. C'était ça, l'idée du conte : et si toute notre personnalité devait paraître lisse et belle, à tel point que même nos rêves seraient pensés de la sorte ? Je ne sais pas si je m'exprime bien.
Personnellement, j'ai tendance à penser que le mot "normal" ne devrait pas exister, tout simplement parce que rien ni personne ne l'est. Il n'y a rien de plus effrayant pour moi qu'une personne dite normale, parce que je n'arrive pas à me figurer les efforts acharnés pour sembler l'être, ni les motivations de s'infliger autant de restrictions. C'est même très triste de ne pas pouvoir / vouloir être singulier. Donc, sans parler de "moutons" (même si je vois très bien l'idée), le rêve est forcément une chose vraie puisque c'est encore une chose qu'on ne contrôle pas. Alors certes, le personnage se retrouve avec une sirène qui est tout sauf un standard, un rêve imparfait mais authentique. Un "vrai".
J'espère que ma réponse t'aura aidée, quand bien même j'ai conscience de ne pas m'expliquer clairement en général. En tout cas, ça me fait très plaisir de savoir que mon texte t'a intéressée. D'ailleurs, qu'est-ce que c'est ton stage de français ? (simple curiosité !)

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Lorraine Cambier · il y a
Merci de m'avoir répondu aussi rapidement!
J'adore le message transmis dans ton conte. Je suis tout à fait d'accord avec toi, la normalité n'existe pas. Chaque être humain est différent. C'est notre singularité qui crée notre identité et on devrait pouvoir l'affirmer sans crainte et non vouloir entrer à tout prix dans un moule!
Sinon, pour répondre à ta question, je réalise un A.E.S.I en français dans le but de devenir prof dans le degré inférieur (de la 1e à la 3e). J'effectue mon stage dans une école secondaire et on m'a demandé de découvrir le conte moderne. J'ai trouvé que ton texte était, en plus d'être très joli, intéressant à exploiter avec des adolescents qui cherchent leur identité.

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Hallward · il y a
Haha pourquoi pas ! Je te souhaite bon courage pour ce stage, et si jamais tu veux me dire ce que ton auditoire a pensé du conte, ce serait avec plaisir !
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Fred Panassac · il y a
Ayant particulièrement apprécié l'originalité de ton texte, je te félicite Hallward, pour ta nomination très méritée pour la masterclass qui viendra confirmer ton talent !
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Hallward · il y a
Merci beaucoup ! Mon talent je n'en sais rien, mais en tout cas j'ai hâte de rencontrer l'écrivain :)
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Marine Piot · il y a
Très belle histoire douce et onirique
Mon TTC latraversée vous plaira peut être

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Anne Marie Colin · il y a
Bravo Hallward... Superbe recit.. Oys avons tous besoin de reves.. A tous les âges... C est doux féerique... J adore
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Keith Simmonds · il y a
Un grand bravo d’être parmi les Nominés, Hallward !
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Chantal Noel · il y a
Texte original et bien écrit. Mes voix avec plaisir.
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Keith Simmonds · il y a
Félicitations pour cette finale du jury ! Mes votes et une invitation à soutenir “Ses lèvres rougissent” qui est en Finale. Merci d’avance !
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Pascal Depresle · il y a
Mon soutien renouvelé pour cette finale. Mes voix. Peut-être aimerez vous "Il dit toujours oui", "l'héroïne" ou "Tata Marcelle".
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Jean-Baptiste van Dyck · il y a
Bravo Hallward voici mes 5 voix, bonne chance pour la finale ! Je vous invite à soutenir mon texte «  You Hanoï Me Part 2 » en lice pour la finale poésie printemps 2018 ! Bon dimanche. JB
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/you-hanoi-me-part-2

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Fred Panassac · il y a
Bravo pour ton accession en finale, je te renouvelle mes voix avec plaisir.
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