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" Je doute de tout, de moi-même le premier. Il est des journées où je me crois sans intelligence, où je me demande ce que je vaux pour avoir fait des rêves si orgueilleux. Je n'ai même pas  [+]

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Une nappe épaisse recouvrait le village. Elle avait un caractère mystérieux, elle semblait vouloir l’étouffer, le faire disparaître afin que personne ne le vit perché dans le creux de la montagne. Cette vision ne faisait pas partie de mes habitudes citadines et je pris peur. Le bruit d’une cascade calma mes angoisses et je continuais à épouser le chemin de montagne escarpé.

Agathe m’avait prévenu mais je ne voulais pas la décevoir. Bientôt, le clocher se montra, beau, grand et fort, il me rassura. J’approchais mon but, il était temps. Cela faisait quelques années que je cherchais l’amour. La quarantaine, j’en avais assez des midinettes avec des conversations de midinettes. Après m’être inscrit dans une association de rencontres sérieuses, sans succès, je décidais, sur les conseils de mon père, de répondre à une petite annonce dans le journal :

« Agathe 38 pour le 63, cherche homme pour vivre avec elle. Dans la solitude. Pour une relation. »

En descendant les sentiers en lacet, je pensais à sa douce voix que j’avais si souvent entendue au téléphone, à cette tendre complicité naissante et j’étais persuadé que nous étions faits l’un pour l’autre. Elle dégageait une chaleur et de grandes qualités humaines. Elle s’inquiétait beaucoup de notre première rencontre craignant pour son apparence physique. Évidemment, elle avait toute son importance mais je la rassurais... Je sentais qu’elle recherchait mon bonheur et qu’elle craignait de me blesser. Non pas que ses courbes féminines ne soient sans intérêt, je rêvais d’elle avec des hanches et une poitrine. En attendant, je m’étais crée mon Agathe. Femme agricultrice de l’Isère, trentenaire, la vie ne devait pas être facile pour elle. Lors de nos discussions, elle me parlait de son travail ardu dans l’exploitation et le gîte rural, de son regret de ne pas avoir le permis de conduire. Je compatissais, j’étais prêt à tout quitter par amour. Mon père me reprochait cet élan et me traitait de naïf, il me disait :

« Pauvre niais, ne va pas trop vite, tu vas encore te faire rouler ! » .

Mais dans ma tête, c’était limpide, j’étais sûr d’être tombé sur la perle rare. Mon cœur se mit subitement à battre à tout rompre au fur et à mesure que j’approchais le lavoir. Elle habitait tout à côté. L’extérieur de la maison était en pierre, très coquet avec un balcon fleuri au premier étage. La porte d’entrée avait un joli rideau en dentelle blanche et près de celle-ci une cloche murale en fonte. Le dos meurtri par mon sac à dos , je déposais celui-ci délicatement à terre parce qu’il contenait des petits présents, qui je l’espérais, allaient lui plaire. Impatient, les mains moites, j’agitais la cloche et j’entendis sa douce voix qui disait gaiement :

« J’arrive, j’arrive ! ».

La porte s’ouvrit et mon sang ne fit qu’un tour. Devant moi, se dressait un bloc, bâti comme un roc. J’essayais de parler mais impossible, aucun son ne sortait de ma bouche, j’étais tétanisé. « Était-ce Agathe ? », me demandais-je à plusieurs reprises. La grande stature, une sexagénaire dynamique, me souriait béatement et lorsqu’elle s’avança, effrayé, je reculais et bredouillais :

« Bon... bonjour, je... je cherche Agathe, savez-vous où je peux...peux la trouver ? ».

Au fond de moi, j’espérais qu’elle fut sa mère et j’imaginais, pour me consoler, que son père fut petit et maigrichon. Immédiatement, elle prononça les mots que je reçus comme un véritable coup de massue sur la tête :
« C’est moi Agathe et toi, tu es Paul, je suppose, le monsieur de l’annonce ! ».

Aussitôt, je ne sais ce qui me prit de répondre :

« Euh, non , je suis son fils ! ».

Elle ouvrit les bras et me broya les côtes en s’exclamant :

« Bienvenu dans le 38 ! ».
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Françoise Desvigne  Commentaire de l'auteur · il y a
Nouvelle auteure chez Short Edition, je remercie tous les lecteurs et toutes les lectrices ! Vos commentaires émouvants, attentionnés me touchent énormément ! Je vous adresse mes sincères remerciements. Françoise.
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Gina Bernier · il y a
J'avais voté et je vous accorde de nouveau mes voix.
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Françoise Desvigne · il y a
Un immense MERCI Gina ! Vous lisez à la fraîche comme moi ! :-) Belle journée !
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Serge Galibardy · il y a
- Fâcheuse rencontre pour un si beau rêve ... Mais un homme averti, etc...
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Ahahah · il y a
Très amusant. Mais d'après ce que vous dites, ce n'est pas un 38 plutôt un 5O, 52 et je vote pour ce court qui n'a pas peur d'être large.
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Françoise Desvigne · il y a
Merci Ahahah !
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Albane Charieau · il y a
Mauvais film, il aurait dû vérifier la pellicule.
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Alban le Piaf · il y a
i 'imagination est parfois trompeuse!....
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Françoise Desvigne · il y a
Merci Alban !
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Bennaceur Limouri · il y a
Bon périple.
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Patrick Liaudet · il y a
Un peu d'humour ne fait pas de mal en ces temps difficiles...
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Françoise Desvigne · il y a
Oui , merci Patrick :o)
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Joëlle Diehl-Lagae · il y a
Bonjour Françoise et bienvenue.
J'aime cette courte nouvelle mais ne sais pas encore si je dois en rire ou en pleurer, peut-être les deux! Votre écriture me plait !

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Françoise Desvigne · il y a
Pleurer de joie Joelle !
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Marguerite A · il y a
Courageux mais pas téméraire !
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Gabriel Meunier · il y a
dur amer (très)
alors je revote
(bien que je n'apprécie pas trop les demandes appuyées...Pour moi SE encourage (le mot est faible) une compétition tellement systématique que les plus belles valeurs humaines, littéraires et poétiques en sont bafouées