Errances.

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Nouvelles, poésies, chansons : textes et musiques... tels sont mes loisirs :) VOUS POUVEZ RETROUVER MES CHANSONS ICI : YouTube : https://youtube.com/user/Conan25036890 J'en ai posté ici aussi  [+]

Rien n’avait vraiment changé. En tout cas, pas de façon concrète. En fait, c’était lui qui avait changé, mais tout lui semblait du coup un peu diffé- rent.
Il en avait assez ! Plus qu’assez même. Son nez lui faisait horriblement mal, il avait l’impression qu’il avait doublé de volume. Et puis ça l’élançait sans arrêt, comme s’il clignotait ; un phare au beau milieu de la nuit. Ce n’était pourtant pas le moment de se faire remarquer ! Faudrait pas que les autres rappliquent maintenant. Pas dans l’état où il était. Il n’était plus bon à rien, il ne pourrait pas se défendre. Il en était encore à numéroter ses aba- tis.
Et dire que c’était comme ça deux à trois fois par semaine ! Il se faisait vieux, il avait de plus en plus de mal à récupérer entre deux bastons. Son corps se rebellait. Il en avait marre des bagarres pour défendre son quartier, pour les gonzesses. Pour le plaisir de se dérouiller les muscles. De dé- rouiller tout court des fois. Souvent même !
Trop, ces derniers temps !
Non, rien n’avait vraiment changé, mais c’était arrivé, comme ça. Diffi- cile de rester le leader.
Il rentrait en boitant aujourd’hui. Ah ! Elle était loin la démarche souple et coulée, montée sur velours. Il rasait les murs pour ne pas être remarqué. Il était épuisé. Il se traînait, la tête basse, penaud. C’était la raclé de trop. Demain, il abandonnerait son titre. De toute, il l’avait perdu depuis un petit moment. Même s’il se disait que tout n’était pas terminé, il n’y croyait plus. Il se refusait à le voir, faisant le fier dans la défaite pour masquer la réalité. Mais à qui, sinon à lui ?
Le plus dure était de l’accepter finalement. Demain, la liberté, la retraite, il rentrait dans le rang. Ces derniers temps, il lui arrivait même de rêver du temps où il s’appelait encore Alcide.
Il se sentait las pourtant ; les regrets sans doute. Il ne savait pas s’il
devait retrouver son quartier ce soir. Un recoin ferait l’affaire pour cette nuit.
Il traversa la rue, sans se retourner, pour aller trouver l’abri rassurant d’une
arrière-cour jonchée de détritus. En particulier, la chaleur plus que précaire d’une valise couverte d’étiquettes de voyage.
Il avait le poil tout gluant et visqueux. Ce n’était peut-être pas que les regrets en définitif. Ca aussi c’était difficile à admettre ; la vieillesse, la fuite de la vitalité.
Bon, il n’allait pas jouer les rabat-joie non plus, il pouvait pas dire qu’il était malheureux ; des repas servis à heures fixes, des caresses quand il en avait eu envie... Puis plus tard, quand il en avait eu assez, comme une se- conde vie, la liberté, des fiancées et une descendance en-veux-tu-en-voilà.
Et puis il en avait vu plus d’un, rival ou ami, finir aussi plat que les couvercles des poubelles dans lesquels il fouillait souvent, les tripes à l’air, bouffées par des corbeaux de passage. Non, il avait pas à se plaindre !
Voilà, ici il serait tranquille. Les nuits étaient froides ces derniers jours. Le vent glaçait ses os endoloris à travers son pelage humide. Il avait du mal à garder les yeux ouverts. Il avait faim. Il avait bien repéré un mulot qui le narguait là-bas, derrière cette caisse, mais il préférait lui faire croire qu’il n’avait rien remarqué. C’était vraiment la déchéance. De toutes façons, le temps qu’il sorte une griffe, le petit animal serait déjà loin. Inutile de se ridi- culiser d’avantage. Même plus la force de miauler pour lui faire peur.
Ses idées se brouillaient. Un malaise ? Il se concentra sur la respiration de son colocataire, ce petit bruit ténu, s’y accrocha pour ne pas sombrer.
Ça y est, ça marchait, le malaise refluait.
Quelle chance ! Voilà que la neige s’en mêlait maintenant ! Il frissonna. Il s’engourdissait. Ça avait du bon : au moins, il ne sentait plus son nez meur- tri. Il ne sentait plus ses pattes non plus d’ailleurs !! Plus les minutes pas- saient, plus son corps lui échappait. La neige commençait à le recouvrir.
Et puis ce silence ! Le mulot était parti ?
Dormir ! Il devait absolument dormir. Il ne parvenait plus à lutter... ‘vait froid... dormir... trop besoin... ‘ormir... dor...
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Utilisateur désactivé · il y a
La vie est dur pour certains...