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Errance reptilienne

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Mouchette louvet

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Elle s’installe dans nos vies sans bruit.
Juste un léger glissement sur la dalle de pierre chaude comme une chute insoupçonnée vers le néant.
Elle cherche un trou au cœur, une faille à l’âme et s’y love, s’y engouffre, se l’approprie sans se soucier jamais de l’avis du propriétaire des lieux.
Elle est si froide que même la chaleur des rires des autres, de ceux qui ne l’ont pas rencontrée en chair et en sang glacé, que même les lueurs piquantes du soleil de la foule, ne peuvent réchauffer ses écailles.
Elle s’est faite sourde aux appels des bonheurs du monde, aux notes qui naissent et s’envolent du violon d’en haut, du djembé d’en bas. Sourde aux jeux des enfants dans la cours de l’école, aux piaillements des oisillons qui sont nés dans la gouttière.
Elle s’est faite aveugle aux brumes matinales qui enveloppent de leur coton duveteux la plaine. Aveugle aux ombres fraîches des sous bois et à la clarté de l’eau sur les galets ronds.
Rien ne parvient plus à illuminer son regard, à lui rendre vie. Même pas les couleurs des étales du marché fruitées et fleuries où les épices inventent une mosaïque d’été.
Elle ne touche l’existence qu’avec parcimonie, plat du ventre tendre effleurant sans remous la misère de la terre annoncée à la télé sur un ton badin. Elle tend sa langue fine pour en trouver le goût, la saveur oubliée et n’obtient de la diversité du globe qu’une simple entrevue... Juste un aperçu sans relief.
Elle se fait monstre à deux têtes dépourvues de leurs sens. Un monstre qui change de visages selon l’heure du jour, parfois bouffée sournoise de tabac blond, parfois robe rubis enjôleuse au fond du verre.
Elle se tapi là dans le noir, dans l’obscurité choisie des persiennes closes à l’abri des regards et des pas sur le trottoir.
Quel âge a-t-elle ? Depuis quand est elle devenue négrière de son esclave ?
D’abord frêle aspic plein de venin elle a pris vite la taille de l’anaconda à la présence masquée par la boue visqueuse des heures sans paroles, sans rencontres, sans partages.
Les myriades d’éphémères ont beau danser autour d’elle, attirées par ses mots comme au néon de la cuisine, elle reste caducée d’Hermès, bâton de désolation planté dans les entrailles.
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Sophie Louvet · il y a
Encore un texte. Cette fois un court-court à découvrir sur ShortEdition.
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