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Épuisée, elle se laissa couler

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Ils avaient embarqués sur la côte libyenne. Il y avait maintenant deux jours et deux nuits. Au cours de cette dernière nuit, un autre bateau les avait rejoints et les passeurs, qui jusqu'alors avaient tenu la barre, les abandonnèrent à leur sort, sans eau, sans nourriture et sans essence. Ils étaient en vue de la côte sicilienne, elle ne leur semblait pas si loin, mais désormais ils n'avaient plus aucun moyen de la rejoindre, faute de pouvoir gouverner la bateau qui était devenu la proie des vagues et des vents. En ce mois de Juillet, il faisait chaud et la soif se faisait terrible. Nour nourrissait encore sa petite fille âgée de deux mois, mais, sous le coup de toutes ses épreuves, elle n'avait plus de lait. L'enfant gémissait plus qu'elle ne pleurait et c'était pitié que de l'entendre. A côté d'elle, son fils aîné, le petit Ibrahim, âgé d'à peine sept ans, restait prostré. Au moment du départ, son mari et elle avaient été séparés. Il avait dû monter sur un autre bateau et elle se demandait comment ils pourraient se retrouver si toutefois ils arrivaient un jour à bon port.
Après un grand moment de désarroi, parmi ceux qui se trouvaient sur le bateau, un homme pris la direction des opérations. Il proposa d'essayer de se rapprocher le plus possible des côtes pour pouvoir avoir quelque chance d'être secouru. Il demanda d'abord quels étaient ceux des passagers qui savaient nager. Il y en avait, heureusement quelques-uns. Ceux-là eurent pour mission de se mettre à l'eau par groupes de quatre pour pousser le bateau en nageant. Parmi ceux qui restaient à bord, il désigna quelqu'un pour tenir fermement la barre. Avec quelques chemises il tenta même de constituer des voiles qui auraient pu prendre le vent, mais ce qui manquait c'était la possibilité de faire des mâts efficaces pour ces voiles improvisées.

Petit à petit, ils se rapprochèrent de la terre, mais ils échouèrent sur un haut fond et le bateau lourdement chargé ne résista pas au choc. Il prenait l'eau et il fallait maintenant rejoindre la côte à la nage. Un des hommes prit soin d'Ibrahim et Nour se lança à l'eau en tenant dans ses bras son bébé. Elle était embarrassée par ses vêtements qui imbibés d'eau étaient devenus très lourds et l'entraînaient vers le fond. Elle s'accrocha à une planche, ce qui lui permit au moins un temps de rester à flot. Son bébé pleurait car il commençait à avoir froid. Epuisée, elle allait se laisser couler quand soudain une main robuste la rattrapa et une voix amicale la réconforta. C'est ainsi que pour la première fois, elle entendit celle qui deviendrait sa nouvelle langue, la langue de sa nouvelle vie, l'italien.
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