EPISODE ONE La genèse des Marlou 4

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Après avoir beaucoup voyagé voilà qu'il m'arrive d'écrire quelques lignes,toujours pour moi,comme un chanteur sous la douche. c'est la première fois que je me dévoile à un éventuel public  [+]

Demain, je vais tout raconter à Suzy, c'est ma copine, Suzy Kiou qu'elle s’appelle, son père il fait du rock à la télé. Mais sa mère elle reste à la maison, parce qu'elle travaille pas à la télé, elle s'occupe des enfants. Vingt.
Denis, il est bête, des fois, il dit que Suzy et moi on est lourdes toutes les deux, qu'est-ce qu'il en sait, il ne nous a jamais porté ensembles ? mais qu'il est bête.
Papa ne dit toujours rien, il pourrait m'aider à compter les voitures vertes, au lieu de penser à des trucs qui le font pleurer à gros bouillon. Si il va au bureau demain il va être tout seul ou quoi ? Si les autres sont tous morts.

Vingt et une, vingt deux, si ça compte, dans l'autre sens, monsieur Denis.
La dame du poste elle Fipe que le périphérique intérieur est bouché, comme dimanche dernier et dimanche prochain, nous on doit être à l'intérieur car c'est bouché. C'est bien quand c'est bouché pour compter les voitures vertes car ça roule doucement, et on en voit plus. Denis des fois pour énerver maman, il fait semblant d'ouvrir la porte pour rentrer à pied, il est bête.
Maman elle s'énerve aussi après la dame qui Fipe, parce qu'elle lui dit de sourire sur le périphérique intérieur, car les radars sont impuissants devant ce concours de lenteur...
C'est encore loin l'Amérique ? Nous on dit toujours ça qu'elle que soit la destination, et maman répond tais toi et nage, encore 15 ou 20 km, ou 30 mn, ça c'est quand on en a marre.
Et là pour ce soir, et ben, j'en ai marre.

Cela fait huit jours, depuis les événements, que comme mon père était en photo dans les journaux, au lycée, je suis l'attraction, hé Denis par ci, hé Denis par là. Même la prof de Français y va de son « alors mon petit Denis, ça va à la maison ? »Si elle me croise trois fois, elle demande la même chose à chaque fois, elle imprime pas la réponse ou quoi ?.
Moi, je dis que ça va à la maison mais c'est moyen. Faut dire, ma mère s'occupe plus de nous, elle s'occupe que de mon père, lui il a pas l'air d'avoir besoin de quelque chose, vu qu'il reste assis toute la journée à rien faire, il est lourd. D'accord c'est pas de sa faute, mais à nous non plus, on a pas demandé à être abandonnés, par une famille un peu dingue, nous. Ma mère, elle ne veut pas que j'aille chez mon copain Jérémy Danlmil, c'est comme mon frère et sa mère est d'accord, elle est normale sa mère à lui au moins. Et pis sa mère elle sait qui c'est Oxmo Puccino, elle.
Le seul problème avec la mère de Jérémy c'est que quand elle me regarde, je deviens tout rouge, une fois elle m'a serré contre elle en me caressant la tête, et ben j 'ai failli tomber dans les pommes. Je pense que ma mère est jalouse. De toute façon elle veut pas que j'y aille. Un jour j'irai sans le dire à personne, et on me cherchera partout, et je resterai avec Jérémy et sa mère. Chez eux il n'y a pas de père, c'est déjà ça, si c'est pour avoir un père déprimé ou un tonton 'pas d'peau', il est tranquille comme ça, Jérémy.
Si ça continue comme ça, je vais aux Jeunesses Chrétiennes pour emmerder mes parents, on va voir si ça le réveille, le petit père du peuple, et la mère... Babouchka, Babouchka, ah ah ah a...

Au moins personne ne s'est jeté du viaduc à Morlaix pendant que j'étais là-bas, j'attire les catastrophes, moi c'est pas vrai ! Bien sûr il y a eu l'accident de Thierry, avec son spaghetti Bolognaise, moi j'ai rien vu. Comme pour les autres, j'ai rien vu non plus, pourtant c'est toujours à moi qu'on demande pourquoi. J'en sais, moi pourquoi ?
Maillard, Marshell, Mauricette, c'est pas une bonne année pour les 'M'. Les 'M' les maudits, il y avait aussi Michaud, celui qu' a des chevaux, Martin, des ânes, etc. quatorze 'M' sur trente huit morts, heureusement que la Faucheuse ne connait pas mon surnom...Avant j'aimais les 'M', le Mauve, Marx, les Mésanges, les Mélanges vanille-chocolat, la Mimolette, l’Ami chicorée, la Mitarde de Dijon, l’aMicale des boulistes de Neuilly, le Métro, la Musique, la Métaphysique, la Métamorphose des cloportes, la Mer Méditerranée et sa sœur Égée, les Moindres Mouvements de la Mer, le Méridien de Greenwich, la Movida, les Mouchoirs à carreaux, les Mac-do, les Méharis.
Mais pas la Mort, ni les Méchants Médecins qui vous emmaillotent dans des camisoles, Maculées de vomi et qui vous Mettent dans des camionnettes Médicalisées, Menant au Mouroir asiléen.
Bref, les 'M' me font peur, maintenant je préfère qu'on me surnomme 'le grand pur' , d'ailleurs dans ma tête il y a du vent, de l'air pur, justement. Il m'est très difficile de réfléchir à des trucs utiles, ma langue colle au plafond de ma bouche, mes yeux font du David Hamilton, des flous fondus fabuleux qui flamboient dans la forêt froide de la Flandre. Où des représentations mentales de ma propre révolution Copernicienne, agacent la nouvelle disposition de mon univers.
Je suis ficelé, j'ai soif, ma famille fuit le fou.
La perf. me farcit le foie de fameux médicaments qui finiront par faire refonctionner le dessous de la crête frontale, l'occiput et le cortex de mon crâne affolé.

C'est moche de jouer dans la caboche des gens, sous prétexte qu'ils ont un peu lâché la rampe, raté une marche, glissé sur une peau de banane, perdu la boule, pété un câble, fondu un plomb, perdu la boussole.
Elle est où d'ailleurs, la boussole ? Hein ? Elle a perdu le Niort elle est à Poitiers paumée ? Cap au 180, paré à virer, larguez le foc, barre au vent arrière, lof pour lof, bordez à tribord au non du dieu de l'amer, sans rancune aucune. Bordez, bordez !
Gare aux étocs à tribord, Marshell est mort et ne peut plus rien pour nos œuvres vives. Ah bon dieu que c'est bon l'air de la mer, la houle par le travers, le gros clapot, les embruns. Là pourtant on dirait plus que des embruns, c'est puissant, c'est froid, c'est une douche glacée ma parole. On me retiens, on m'arrose comme pour un baptême de Cap-Hornier, moi un loup de mer...Je me calme, oui docteur, je me calme. L'eau est froide comme la Baltique, le carrelage comme la banquise, je grelote ils vont me tuer ici.
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