Envie d'hurler

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Je donnerais tout pour y retourner.

Tu sais, sur une photo en « paysage », les gens ne s’arrêtent pas. Ils voient des formes, ils s’en contentent. Si les couleurs sont jolies, ils mettront une réaction furtive, basique. S’ils s’étonnent, ils mettront la réaction « Waouh », demanderont d’où provient ledit paysage, et oublieront dans la foulée. Qui verra l’homme en fond ? Qui ira chercher qui il est, ce qu’il signifie, ce qu’il représente ? Personne.

Toi-même, en postant la photographie, tu n’auras pas identifié les détails. Et puis, parce que tu la trouveras jolie, parce que tu te diras qu’elle a du potentiel, parce que tu trouveras qu’elle fait « bien », qu’elle « rend bien », tu la regarderas, encore et encore, et des détails te frapperont.
Mais oui, ce n’est qu’après avoir regardé cette photographie pendant des heures que tu verras les courbes, cachées, masquées par l’intense couleur. Des courbes que tu n’avais pas vues en prenant la photographie, tant tu étais toi-même aveuglé. Une prise à l’aveugle et cela fait des mois que tu l’observes, que tu la retournes, pour la connaître : plus aucun secret.
Alors imagine, imagine si sur une simple photographie, il y a tant à découvrir, tant à analyser, tant à rapprocher des vies qui passent à une vitesse folle, des conversations qui s’empilent et qui déraisonnent... Imagine tout ce à côté de quoi tu passes, pourtant les deux pieds sautant dedans. Imagine à côté de quelles perles tu vis, sans en prendre la mesure. Imagine quels projets te nourrissent, sans en comprendre la richesse. Imagine quelles émotions te ternissent, sans en percevoir ni le sens, ni le but.

Moi, je donnerais tout pour retourner là-bas. L’endroit où a été prise cette photographie n’est peut-être pas le paradis, tu sais, mais c’est mon paradis. Mon paradis, mon endroit de quiétude, mon endroit de sérénité. J’y arrive avec l’envie de crier, d’hurler les mille émotions qui me traversent ; mais dès lors que mon pied est posé à terre, cette envie-là disparaît. Oui, elle disparaît, comme par magie : c’est qu’il y règne un vent qu’on n’oserait pas déranger. Même hors de ma solitude, je n’ose parler qu’à demi-mot avant d’avoir pénétré le restaurant. Une autre atmosphère y règne, c’est bien moins charmant.
Non, dans la solitude, il vaut mieux marcher sur ces sentiers aux faux airs abandonnés. Marcher, marcher longtemps, jusqu’à ce que le sourire ne s’évapore pas. Alors on repart, sans avoir crié tout à fait : ta voix n’a peut-être pas percé mais ton cœur a hurlé, lui. Dans le silence du vent, on a pu entendre le fracas de pieds sur la pierre et la terre, on a pu entendre le vacarme d’un cœur qui reprenait son air.

Cette solitude, cela fait bien longtemps qu’on n’a pas pu l’expérimenter. L’année est un peu particulière, tu le sais. Alors je suis comme toi, je prends mon mal en patience, j’attends indéfiniment. Mais je donnerais tout pour y retourner, j’attendrais que les hommes sortent puis rentrent à nouveau, je me lèverais aux aurores s’il le faut.
J’y retournerai, seule tu sais bien, avec mon envie d’hurler, mes idées à temporiser et mon mal de cœur à sauver ; j’y retournerai, plus tard. J’y retournerai et qui sait, peut-être que dans un coin, aveuglée par les couleurs intenses, je verrai se dessiner ta présence.
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