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Entretien et Cie

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Jackedit

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Le réveil sonna mais elle avait déjà les yeux ouverts depuis un moment, tout à la journée qui s’annonçait. Une poignée insuffisante d’heures de sommeil à tourner et retourner dans son sommeil, les façons d'aborder « LE » rendez- vous. Parce qu’elle l’avait cet entretien d’embauche, pas si fréquent qu’il fallait en tirer le meilleur parti. Et puis ce train à sept heures, avant même l’aube qu’elle punition !. Elle se rappelait sa joie de recevoir enfin une réponse positive, même si elle avait été obligée de regarder sur la carte où se situait la ville. Une ville jamais traversée ni même effleurée.
Le vent s’engouffre entre les automates des billetteries, un vent terrible qui lui fait regretter d’avoir opter pour un tailleur et un chemisier classique mais si peu chaud.
Elle se met à l’abri comme enrubannée dans sa grande écharpe pendant que les cafés ouvrent mollement. Prendre le premier train c’est déranger une gare, noir monstre encore assoupi. Peu de monde et le panneau d’affichage est encore muet.
Gare d’Austerlitz, elle reste plantée devant une grande affiche qui montre une plage sans fin qui appartient à une île qui lui parait si lointaine en ce mois de janvier. Enfin assise, elle ferme les yeux et repasse les termes de l’annonce d’assistante commerciale. Un texte à la fois précis et si vaste, est-ce que cela vaut toutes ces heures de train dans une même journée ?. Car hors des lignes TGV le temps s’écoule différent.
Elle s’assoupit les paupières alourdies par le doux roulis. "Billet svp" : son esprit se déchire, elle était si bien et si loin. Elle renonce à dormir pour « réviser » sa vie, la mettre en scène comme un scénario de cinéma.
A l'arrivée, pas de taxi, un groupe a confisqué les derniers en attente : stress des aiguilles qui tournent. On lui explique qu’il y en a peu...enfin en voilà un. Le taxi s’enfonce dans une petite zone d’activité. Elle règle la course en lorgnant du regard le bâtiment.
L’accueil est simple, froid, calme. Elle décline son nom et tandis que ces yeux parcourent de grands posters. Elle s’efforce de bien respirer, de calmer le stress qui pointe du nez. Mais au fond, elle se sent bien, à la gare, elle a pris le temps de se recoiffer et de vérifier l’état de ses collants.

Il vient la chercher et il correspond à sa voix douce, il est grand, à l’aise avec ses superbes bretelles qui peinent à cacher un penchant affirmé pour les bonnes choses. Il est en charge des recrutements et elle sent confusément ses yeux la détailler mais sans insistance.

La petite salle de réunion est sans âge... le formica n’est pas loin. A peine assise arrive une autre personne le directeur sous qui, si tout va bien, elle travaillera.
Petit gaillard rondouillard au menton volontaire et dont les yeux trahissent une intelligence vive.
Une fois les présentations faites et la première gêne effacée par la cérémonie du café Ils sortent de leur chemise respective la quintessence de sa vie en format A4.
Le directeur tente de la rassurer en lui proposant avec un grand sourire :
« On va essayer de ne pas être trop formaliste, alors si vous voulez, je vous propose de vous laisser nous "raconter" votre parcours.

Elle s’exécute, elle a conscience qu’ils mettent à profit ce temps pour jauger la mise, les ongles, l’alliance qu’elle a retirée mais qui se voit encore un peu. Elle a évité les bijoux mais a quand même garder un collier. Elle parle tandis que son coach intérieur lui souffle n’oublies pas de sourire... ne baisses pas le ton en fin de phrase... n’oublies pas de les regarder tous les deux à tour de rôle...
Elle tape dans les réserves pressent le surrégime. Ses défauts ? : Elle s’y attendait mais quoi dire...qu’elle pinaille parfois parce qu’il n’y a souvent qu’une façon de bien faire les choses.
Pour les qualités... C’est très simple une vraie mine d’or il n’y a qu’à choisir ! Elle a un flash sur la facture d’électricité coincée sous l’aimant du frigo. Elle pense à Philippe dont elle ne partage plus un avenir qui ne menait pas bien loin.
Mais il faut tenir le rythme....
Comment expliquer sans trembler qu’elle a toujours eu envie de venir s’enterrer dans leur merveilleuse petite ville. Et que son rêve le plus fou : c’était de travailler dans leur société même pas fichu d’avoir un chauffage correct... car elle a froid aux jambes.
Elle n’aime pas trop le directeur qui détaille le « produit » pas de façon déplacer mais il jauge, il évalue. Elle essaie de rester concentré sur la professionnelle et mettre la femme de côté mais ce n’est pas facile.
Travailler en équipe ? Pas de problème... A-t-elle le choix de toute façon.
Elle a déjà calculé avec les coûts de la région que le salaire suffira à peine une fois payé le super loft de 25 M² qu’elle aura trouvé. Des jours pour repérer les commerces, des semaines pour se faire à la ville et peut être des mois pour nouer des contacts amicaux. Mais c’est le prix d’une vie nouvelle. , oui elle est prête à parier sur l’avenir et à supporter l’hiver qui ici, traÏne les pieds jusqu’en mars.
Deux fois oui, tout plutôt que revivre les mois passés. Reconstruire c’est ça...repartir d’un grand tableau blanc et vierge.
Si elle supporte le stress ?
Elle a envie d’éclater de rire : oui plutôt je suis en train de divorcer et j’ai explosé mon plan d’épargne. Et mon banquier en voyant mon compte s’étioler est maintenant très intéressé par le résultat des entretiens que je passe.
Elle essaie de ne pas s’écouter pour garder le ton motiver qu’elle avait au début.
Sourire toujours sourire.
Maintenant ils parlent d’eux, ils se font plaisir et il s’avère qu’après Eads et Edf ils travaillent dans la troisième société la plus importante d’Europe de l’Ouest et le tout avec moins de 400 personnes. Respect !
Ils ne l’ont pas trop malmenée, de bons bougres finalement. Même si un peu maladroits quand ils abordent la question des enfants : en fait la question n’est pas si elle en veut mais avec qui ? Et elle aimerait bien avoir la réponse maintenant que l’horizon est dégagé.

Elle a juste le temps de se jeter sur un sandwich avant de reprendre le train. Finalement elle ne sait pas si elle leurs a plu ni si, ils lui plaisent mais elle est satisfaite d’avoir assuré. Bien calée dans son siège, elle s’emmitoufle dans sa grande écharpe et songe à l’île Maurice qu’elle ne connaît pas..... Encore.

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